‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 132 sur 160 · SCHOMBERG · texte numérisé non relu

SCHOMBERG

Cette dépêche de M. de Sabran est relative aux affaires politiques d'Italie.

- A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Monsieur ^

Je vous ai écrit par une barque de Cette qui allait à Toulon , dont le sieur Daniel me donna l'avis, il y a deux jours; je vous y ai donné avis de la fuite du prince de M odène , le long des frontières de cet État et du Piémont, qu'il ravageait. Les troupes françaises et de son altesse y qu'elle y avait envoyées, l'ayant bien étrillé et pris les dépendances et le dehors des ville et château de Final, dont l'Espagnol effrayé a débarqué plus de mille hommes en la marine de Final , et que les galères ennemies n'ont en aucun lieu de la cote pouvoir de débarquer ni recevoir rafraîchissements, eau ni aucune communication, ce qui ne sera pas ainsi des nôtres. A cette heure, je vous dirai que j'attends aujourd'hui les particularités d'un grand combat près de Yerceil , où Fennemi ayant voulu faire une attaque en un lieu détaché de la ville , de quoi nous étions avertis, ils ont trouvé une embuscade préparée qui leur a défait grand nombre de gens et pris force prisonniers, entre autres, Spadin, capitaine de cavalerie, qui est celui qui, après avoir servi vingt ans de sergent-major à Casai les ducs précédents de M. le duc de Mantoue, y étant confirmé par son altesse, avait promis de remettre la ville à don Gonzalès ou la citadelle, et fut cause du premier si^e : on le devrait donner pour curée aux Casalasques. Don Francisco de Sylva y a été tué. La cavalerie ennemie est toute ruinée et l'infanterie

italienne y et le Milanais craint fort. Celui qui est nommé en mon passeport avait été refusé de Sabran laute de déclarer ce qu'il allait faire, et enfin il y va pour les affaires de Carlo Servago, qui est à présent sénateur, mais est celui qui procura de Gènes les poudres pour les lies quand vous y eûtes descendu. Il va en cette felouque et ne reviendra pas avec elle, et a dit à Sabran qu'il attendra à Toulon le retour de la galère qui portera l'ambassadeur de Gènes vers Cette. Sabran croit qu'il veut devancer la galère de celui qui part demiain pour aller vers le roi d'Espagne. Sabran a fait dire à Carlo Servago qu'il lui a bien voulu accorder passepoii; pour son homme, à présent qu'il est sénateur, mais que premièrement Sabran ne l'envoie , parce que les ministres du roi en Provence savent qu'il procura poudre pour les lies ; mais en ^et il a des affaires et intérêt à Toulon, car il y a long-temps qu'il en a parlé à mon secrétaire, teUement qu'il n'en faut pas, à mon avis, avoir scrupule; mais il sera fort à propos, comme Sabran l'écrit à M. de Yitry, que si M. de Bordeaux voit le passeport, il'lui dise que n'eût été que Sabran nomme Carlo Servago sénateur et que l'on croit que le corps souverain de Gènes n'est pas ennemi du roi , l'on tiendrait fort suspect celui qui viendrait de sa part , à cause de l'action si partiale susdite et si visiblement contre le roi, afin que Gênes connaisse que l'on a remarqué les partisans et que l'on distingue, de la personne privée , un sénateur d'une république que le roi croit amie et respectueuse envers le roi : ce qui, su par deçà, sera utile.

J'attends impatiemment de vos nouvelles et reste sans fin ,

Monsieur , Votre très-humble et très-obéissant et obligé serviteur,

Sabran.

De GréneB, le 4 août , au soir, 1637.

Ces lettres du roi et de M. de Chavigny à M. de Bordeaux sont relatives aux Barbaresques. On trouvera plus loin tous les

développements de cette importante expédition , qui eut lieu plus tard.

A M. L'ARCHEVâQUE DE BORDEAUX.

Mons. l'archevêque de Bordeaux , lorsque vous partîtes de deçà pour aller en mon armée navale , vous f&tes informé de mon intention touchant la paix, que je désire être faite s'il se peut entre mes sujets et ceux d'Alger, afin de rendre la navigation et le commerce sur là mer Méditerranée d'autant plus libres à mesdits sujets , comme aussi touchant la délivrance des Français qu'ils détiennent esclaves, moyennant celle des Tm*cs et Maures dudit Alger qui sont dans mes galères. A quoi jugeant que la conjoncture est propre, maintenant que mon armée navale est par-delà, et dans la réputation que la réduction des iles lui a donnée, j'y dépiéche le capitaine Sanson-le-Page , qui vous rendra la présente avec un mémoire par lequel vous apprendrez ce que je croîs qu'il est à propos de faire pour ce regard. Vous donnerez ordre en ce qui dépendra de vous à ce que le contenu audit mémoire puisse être exécuté, y apportant tout le soin , affection et diligence que TafTaire pourra requérir. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait , mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.

LOUIS

BoiTTHILLIER.

Écrit au château du bois de Botilognc-lès-PaK» , le 5* jour d'août 1637.

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