LETTRE DE M. DE CHAVIGNY
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
Quand vous partîtes d'ici pour aUer en l'armée navale , l'on mit entre vos mains tous les mémoires concernant l'affaire dont le roi vous écrit présentement, afin que vous prissiez le temps d'y servir sa majesté.
si l'occasion s'y rencontrait propre ; elle croit que Ton pourrait maintenant faire venir messieurs d'Alger à la raison, ce qui la fait résoudre à dépêcher par-delà le sieur Sanson-le^Page, qui avait autrefois été destiné pour être employé en cette affaire. Si vous nojwez les^mémoires susdits sous votre main lorsqu'il arrivera , il vous fera voir ceux qui lui ont été donnés long-temps y a , afin que vous jugiez de quelle sorte il aura à agir en cette affaire, selon la connaissance que vous pouvez avoir sur les lieux de l'état de celles de là , et l'apparence qu'il y a que ceux d'Alger se rendront plus faciles à ce que l'on désirera d'eux , voyant l'armée navale de sa majesté si proche de leurs cotes. Sur quoi ledit sieur Sanson recevra vos ordres et s'y conduira conformément; et en tout cas f sa majesté se contente que le ti^ité soit passé selon le projet que vous avez. Quant à l'affaire de Salé , qui est presque de même nature que celle-ci, et dont vous eûtes aussi mémoire lors de votre partement , monseigneur le cardinal trouve à propos de la différer jusqu'à votre retour en l'Océan avec les vaisseaux du roi. Sur ce, je vous supplie très-humblement de croire que je suis véritablement,
Monsieur, votre très-humble et très-aflfiectionné serviteur,
Chavigny.
A Paris , ce 6 août i637'
M. le duc d'Haluin demande à M. de Bordeaux quelques pièces d'artillerie et lui donne de nouveaux détails sur ses projets de défense.
LETTRE DE M. D'HALUIN
A M. L'ARGHEV&QUE DE BORDEAUX
Monsieur ,
Je vous rends mille très-humbles grâces des surchages de civilités dont il vous plaît me combler : la différence qu'il y a des vôtres à celles des autres , c'est qu'elles sont effectives et que vos compliments sont bientôt suivis des effets, qui surpassent encore ce que vous promettez.
Pour les six bâtardes , vous ne pouvez trop tôt me faire cette gràoe de me les envoyer avec leur équipage. Envoyezr-moi, s'il vous plaît, les carabinées, d'autant plus qu'elles sont plus légères. J'ai répondu votre mémoire article par article au côté, et garde l'autre pour faire travailler dessus et épargner toujours autant de temps et de besogne, parce que vous avez déjà de rouages et d'affûts.
Je vous ai déjà protesté que, pour ce dessein, je n'en avais point de curiosité, mais il faut que je sois employé à quelque chose ; si faudrart^ il ou que vous me donniez les ordres s'il faut tenir des troupes sous prétexte de l'entrée des Espagnols, ou s'il se faut pourvoir d'autre chose. En un mot , un homme qui ne sait point ce qu'il a à faire se peut trouver dépourvu. Au reste, je serais ravi, je vous l'avoue, d'avoir à servir le roi avec vous ; car je pense que avec vous l'on ne .peut mal faire.
Il est bien à propos que les vaisseaux soient en état, sur cette conjoncture que les ennemis attendent leurs forces de mer ; et je crois qu'avec vos petits vaisseaux et quelques galères vous leur empêcherez bien de rien entreprendre qu'à leur confusion. [Dès que je saurai des nouvelles certaines de l'arrivée de l'armée navale ennemie dans leurs ports de Catalogne , je ne manquerai à vous écrire à fond. Je ne puis que répondre aux compliments qu'il vous plait me faire , sinon que vous ne pouvez rendre personne votre redevable qui soit si passionnément que je serai toute ma vie ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-afiectionné serviteur,
ScHOMBBRG.
A Saint-Paul de Fenouill,e, sur la frontière, ce 9 août 1637.