AOUT
Ces différentes dépêches, du roi, de M. de Noyers et de M. de Bordeaux sont relatives à l'entreprise sur la place forte de Final, que M. de Savoie se proposait d'enlever.
A H. L'ABGHEVâQUE DE BORDEAUX.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , m'ayant été proposé par mon frère le duc de Savoie d'jemployer les forces de mon armée navale à un dessein dont l'exécution peut apporter de grands avantages à mon service et à la réputation de mes armées , et auquel mondit frère emploiera les siennes et prendra soin de la conduite de l'entreprise, je vous fais cette dépêche pour vous dire que vous ayez à vous mettre en mer avec mon armée navale aussitôt que mondit frère vous mandera que vous le devrez faire, pour vous rendre ensuite ponctuellement au lieu et au temps qu'il vous prescrira , désirant que vous receviez ses ordres en cette occasion , et lui obéissiez comme aux miens propres.
Or, comme l'affaire presse et qu'il y faut aller avec quelque infanterie, vous choisirez et ferez embarquer^ sur mes vaisseaux jusques à 1,500 bons hommes, tant des troupes qui sont en Provence que des régiments que j'y envoie à cette fin. Ayant égard néanmoins à ne point dégarnir les places des iles et de la côte de Provence des gens nécessaires pour leur garde , si vous ne les pouvez remplir de milice ou autrement, en sorte qu'elles ne demeurent exposées à aucun péril pendant votre voyage.
Mon intention est aussi que vous lui fassiez fournir le nombre de canons de batterie dont il pourra avoir besoin , employant le nombre de matelots , charpentiers et officiers qu'il faudra pour les débarquer et servir, et que , pour les exploiter, vous fassiez tirer de chacun des grands vaisseaux trois ou quatre quintaux de poudre; et s'il n'y a assez de boulets, vous en tiriez deMarseille,Toulon et Ântibes, où j'apprends qu'il y en a en quantité d'inutiles, à cause que l'on a tiré de ces lieuxlà les canons du calibre dont ils sont, pour armer le galion de Guise, I. 59
Pour la nourriture de ces hommes et poiur la muaition 4a lieu sur lequel je fais l'entreprise^ en cas qu'il plaise à Dieu la faire réussir, je fais envoyer au sieur Luquet un passeport pour deux mille cliarges de blé qu'il embarquera dans lesdits vaisseaux de madite armée navale I moitié en farine , moitié en blé et biscuit , dont le prix lui sera remboursé par les ordres du sieur d^mery, mon ambassadeur en Piémont, qui s'est chargé d'en faii^ convenir avec lui ; cependant vous donnerez ordre que ledit Luquet ne diffère aucunement la provision de ce blé , farine et biscuit , et à les faire embarquer.
J'écris à mon cousin le maréchal de Vitry ain qii il vous assiste non seulement d'hommes , mais aussi de toutes les choses dont vous pourrez avoir besoin en votre embarquements et voyage , etje fais le semblable à mon cousin le duc dUaluin pour l'envoi desdites troupes , qui font leurs levées en l'étendue de son gouvernement , m'assurant qu'après cela chacun d'eux apportera ce qu'il doit. *
Pour fin de cette lettre, je vous exhorterai de ne pas manquer de vous trouver aux temps et endroits qui vous seront désignés par mondit frère , auxquels vous saurez par ses lettres ou par les personnes de confiance qu'il vous enverra ce que vous aurez à faire, et d'apporter au surplus tout ce qui dépendra de vos soins et de votre affection pour faire que, de ma part, il ne manque aucune chose de ce qui pourra être désiré de vous pour le succès de l'entreprise , laquelle j'ai voufai remettre à mondit frère , pour les considérations que vous pourrez assez juger, et vous faire particulièrement entendre comme vous aurez à vous y conduire. Et me promettant que cela ne diminuera en rien vos soins et votre affection en une occasion si importante, je vous assure que je vous saurai beaucoup de gré de ce que vous y contribuerez pour mon contentement et pour l'avantage de mon service. C'est ce que je vous dirai par cette dépêche, priant Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Boi^leaux , en sa sainte et digne garde.
LGUIS.
Ecrit au chAteaa de Madrid, le lo aoftt 1037.
Mom. l'archevêque de Bardeaui: y cnoore ijae jt rou» maïKle par cette dépèche d'emba(iii|iier avec voob ^inze oenls faoïames de pied sur mes Taisseaiut , pour les pouToir mettre à teire «t être d'autant mieux en état de me servir au dessein dont il s'agit^ néanmoins, voyant que mon frère le duc de Savoie «Joigne xpe si vous rencontrcK de la dvKcuIlé ou de là longueur à aaiseiobler des hommes potn* oek, îl se contente que vous vous rendiez avec mon artoée navale bien arinëe , équipée et munie au lieu qu'il vous i&arquera. Je trouve bon aussi et désire que vous ne différiez pas de partir à point nommé , encore que vous n^ayez point lesdites gens de guerre avec vous , m'assurant au surplus que mon armée navale sera en état de paraître dignement où elle
sera employée.
LOUIS
SUBLBT.
De par le Roi.
Il est très-expressément ordonné au garde-magasin des munitions de guerre à Toulon , de fournir au sieur archevêque de Bordea^ux ou à celui qui aura charge de lui , la quantité de boulets qu'il lui demandera du calibre des canons qui ont été tiré^ dudit Toulon pour embarquer sur les vaisseaux de l'armée navale de sa majesté^ sans y apporter aucun délai ni difficulté , et moyennant la présente, avec récépissé des boulets qui seront ainsi* fournis , ledit gatde ert sera bien et vakbtement
déchargé.
LOUIS
SuBLBT.
Fait au ehAteau de Madrid, le lo août i637.
(Le nAme pour Mai^ille ; le même pour Aatibes. )
A M. l'archevêque DE BORDEAUX.
MOBfSIfiUR y
Vous verrez, par la dépêche du roi , les intentions de sa majesté sur l'entreprise que M, de Savoie a sur Final , et sans que je vous en re-
commande le secret ^ jugerez mieux que moi combien il est nécessaire, aussi bien que la bonne intelligence qui a commencé entre M. le comte d'Harcourt et vous^ sans laquelle je tiens impossible que le roi soit servi.
Vous ayant écrit la sîitisfaction que le roi a de votre sage et généreuse conduite au fait du maréchal , je n'ai pour le présent qu'à vous supplier de me croire entièrement ,
Monsieur, votre très-humble et très-aflfectionné serviteur ,
De Noyers.
A Ghaillot, le i) août 163;.
P. S, Je n'en découvre le nom qu'à vous.
Dans cette dépêche, le. roi engage M. le duc d'Haluin à tout mettre en état dans sa province du Languedoc pour repousser toute tentative des Espagnols.
A H. LE 0nc D'HALUUf.
Mon cousin , le mémoire qui était joint à votre dépêche du 3 de ce mois me fait voir que te comte de Cerbelinj^. général des Espagnols, avait commencéde visiter leur frontière et celle de ma province de Languedoc; ce qui témoigne en quelque sorte ledessein qu'ils ont d'y tenter quelque entreprise. Néanmoins, comme ils laissent écouler la saison qui leur est la plus propre pour les favoriser , et que leurs troupes ne sont pas en si grand nombre qu'elles puissent faire progrès ni même donner de l'appréhension, cela fait croire qu'ils ont quelque autre visée; ce que vous pourrez bientôt reconnaître, et à quoi aboutiront leurs entreprises. Cependant j'approuve fort, pour leur faire voir que vous êtes en état de les bien recevoir, que vous ayez fait un tour sur ladite frontière , et pourvu , ainsi que je suis assuré que vous aurez fait, à la garde et défense des passages et lieux les plus importants , voulant croire au sur-
plus que ceux de ma noblesse et les communes, avec les autres troupes dont vous serez assisté, feront tous bon d'y témoigner , si Foccasion s'en offre , leur affection et leur fidélité à mon service , et que chacun contribuera à son égard ce qui sera nécessaire pour repousser les ennemis. A quoi vous les exhorterez toujours, apportant sur toutes occurrences les soins que je me Idois promettre de votre bonne conduite, sur laquelle me confiant entièrement, je prierai Dieu vous avoir , mon cousin, en sa sainte garde.
LOUIS
Phelippeaux.
Écrite Chantilly, le 1 4 août 1637.
( Ce fut dans le courant du mois suivant que les Espagnols essayèrent de surprendre Leucate.)
Cette lettre de M. le duc d'Haluin est relative aux préparatifs du siège de Leucate.