‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 135 sur 160 · LETTRE DE M. LE DUC D'HALUIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE DUC D'HALUIN

a m. l'archevêque de bordeaux.

Monsieur ,

Nos ennemis se vantent d'être enfin venus à bout de leurs apprêts ; ils sont maintenant ensemble et ont leurs places d'armes aux environs de Glairac, qui, étant au milieu du Roussi] Ion proche de notre frontière, ne peut être choisi que pour partir pour nous attaquer. Ils prétendent aussi faire quelque chose par mer; c'est pourquoi , puisque vous avez ordre de me secourir si l'on m'attaque , je vous supplie très-humblement , en cas tjue cet ordre ne soit point changé , de vous vouloir tenir prêt à mettre à la voile avec les vaisseaux qui peuvent servir dans ces côtes. Les ennemis en ont quantité d*écartés à Roses et Cîollioure qui ne sont pas gardés, parce qu'ils ont mis toute Tinfanterie à terre; j'estime que vous pourriez faire quelque entreprise là-dessus avec quelques galères qui vous aidassent. Ils ont dans les ports des millions

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de fascines 4iout embarquées ^m feraient faeiÉi feu; mais coMme je suis un très-mauTais komme de aer, je ne sais si oela eat iaisable^r Eo cas que hkiiis jugeassiez la chose ^ ou iiMftile ou peu Ênaable, je vwêb supplie de tous tenir toujoon prêt an premier ayis q«e je tous don-' nerai , pnisque vous êtes toute notre espérance €t que je sois , MofisieuT, votre très»*liambie et trèsNaflRoctioniaé aer^iteor ,

SoaoifBBafi.

De Bexiers, ce 34 août 1637.

Les lettres suivantes , du cardinal et de M. de Sabran à M. de Bordeaux , sont relatives aux affaires d'Italie.

LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHEUEU

a m. de bordeaux , concernant les affaires d'itaue.

Monsieur ,

J'ai grand'peur que les remises de M, de Savoie et les- diverses nouvelles que vous recevrez de M. d'Émery n'eng^igent notre armée navale à être en mer dans les mauvais «temps de septembre , que je ne puis que je vous prie d'y prendre garde, et de consulter si bien avec • les gens entendus à la mer, que, pour une fin certaine , nous ne r^rdions pas certainement toutes nos forces de mer. M. de Noyers vous écrit plus particulièrement sur ce sujet , auquel je me remets.

Après avoir vu votre dessein de Sardaigne , il m'est impossible die ne croire pas certainement que c^est une tromperie. Cependant, si c'était chose qui pût réussir, ce serait une bonne affaire pour le printemps.

Quant au minime, j'en ai 'fort mauvaise opinion, Payant déjà vu accuser faussement son provincial : cependant, on examinera ce qu'il veut dire.

Le régiment de Vitry a tel ordre de sortir de la Provence, que le roi a défendu bien expressément aux procureurs du pays de lui donner plus aucune subsistance.

M . de Noyers envoie tous les ordres que vous demandez , tant pour faire venir en cour ceux des procureurs du pays qui sont dénommés

LETTRE DU CARD. I»: lUCHEIiEV. — AOUT 1637. 47<

dans lotre dernière dépécke, que pour donner snbsistence aux tarcwqpes qn sont dams la pitmnoe*

Au nom de Dieu, aoconuiMdez-vote si bien aTeo M. le comte d*Hai^ court, pour le Map» qu'il tous reste à être ensemUe, qn'il n'y paraisse a«onie division* Je tous en ooi^sve autant <|a'il m'est possible, et de <Toire que je suis et serai. toujours;

Monsieur, Votre très-affectionné comme frère à vous rendre service ,

Le Cardinal de Richelieu.

De Conflaf», ce a8 août 1637.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Monsieur ,

Il y a long-temps que je ne sois honoré de vos nouvelles, ce qui , joint à celles xpie j'ai reçues de Livoume hier par une dépêche que j'y avais faite, qui me sont confirmées par ce Mayo que vous savez qui a promis sortant des lies à M. de Bordeaux, et depuis à Sabran, de les avertir, je me suis résolu de vous dépécher ce piéton, lequel, s'il vous trouve vers les îles, vous rendra toutes les lettres pour en disposer comme vous aviserez, et si vous en êtes éloigné, les donnera à leur adresse» Don Melchior Borgia a nouvel ordre d'alkr pn Espagne, la perte des îles étant fort sensible par delà et s' imputant toute à la laute de ne les avoir seoourues , ceux de la cour et de Naples se déchar^ géant sur lui* Le Sarde qû était aux Ues a eu commandement d'aller avec toute l'infanterie qui esft sortie des iles en Catalogne, mais le marquis de L^nez et tes généraux des escadres de galères ont écrit que la personne dudit Sarde et cette infanterie est nécessaire au moins tout ce mois de septembre dans les galères et pour descendre en ten^, autrement il faudrait faire retirer les galères désarmées à Naples, et qu'au moins il faut que le tout s'arrête deçà ce mois de septembre. Cependant les soldats, encore qu'on ne les débarque guère, s'enfuient et

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meui^enty en soite qu'il y en a moins de cinq cents, en 80i*te que si leurs vingt galères assez mal équipées étaient rencontrées de douze des nôtres, elles n'auraient recours qu'à la foite. Et le roi d'Espagne offrait audit Sarde le gouvernement de Perpignan avec titre de comte et 2,000 ducats d'appointements. Que de l'armée de Milan il s'est sauvé plus de deux mille Espagnols, et que la Sardaigne est tellement en nécessité de blé qu'on y appréhende fort , ce que je n'estime pas à craindre, le retour de l'armée.

Don Antonio d'Oquedo est malade à Naples , et la falute de contributions et de moyens fait qu'il ne se parle plus de ses vaisseaux. J'ai vu néanmoins une lettre de Cadix qui assure que le duc de Mâchera prépare quinze vaisseaux et espère être secondé de dix de ceux de Naples, et venir au mois de septembre en cette mer; mais je crois que cela n'est pas si prêt. Don Melchior fait ses efforts pour n'aller point en Espagne , estimant y rhabiller ses affaires par le moyen du cardinal Borgia, que l'on a fait en Espagne chef du conseil d'Aragon et, le croit-on, de celui d'Italie. Enfin , six galères sont espalmées et les autres s'y préparaient et devaient partir le 1 " de septembre et aller vers Monaco après avoir conduit au delà Borgia, qui doit aller vers l'Espagne seulement avec sa capitane et une des siennes; mais, à mon avis, les six sont pour lui et tireront en pleine mer une gronde crainte.

Les galères ont toujours été vers le grand môle et cinq vaisseaux en la plage à deux milles de là, vers lesquels cinq galères allaient coucher tous les soins. Ces vaisseaux sont chargés de munitions et provisions, mal armés, l'un desquels, chargé de 1 ,800 quintaux de poudre, renversa d'un coup de vent ses arbres ' en mer, et tout s'y est perdu. Il n'y a jamais rien eu de si aisé que de faire courre la mer à douze de nos galères et autant de vaisseaux, si le tout était prêt et passant en haute mer, ce qui ne serait pas sans butin ; et si une diane ' ou surprenait les susdites galères et vaisseaux , la perte ou défaite serait très-assurée sans risque. C'est un commandeur qui plaide une commanderie qui est d'âge, et m'a dit avoir l'honneur d'être votre parent, s'en retournant

' (iesmâts. * Si un matin.

en France ^ qui m'a prié de tous l'écrire y et que quand ses galères se trouveraient hors de Livourne^ toujours ne feraient-elles ni mal ni bien. Ce qui est plus assuré , c'est que le régent de la -vicairie de Naples^ avec sa famille et tout ce qu'il y a gagné chez Naples en plusieurs années^ a été porté par six galères de Naples depuis Naples jusqu'à Livourne, dont il a été vers le grand-duc en réjouir de la part de l'Espagne. Son marinier arriva hier ici sur une galère du grand-duc qui s'en retourne, et le susdit prétend avoir une galère de Gènes pour aller à Barcelone, afin d'assurer la personne delà seigneurie; et comme par ce moyen il iie serait pas en défiance, la galère ne s'écarterait pas tant, et crois que la prise sera aussi juste que bonne , sans que Gènes puisse se plaindre en lui rendant sa galère, puisque les galères d'Espagne nous prennent partout sans égard à la côte et jm^idiction de Gènes. La galère qui est venue de Barcelone qui est à Gènes a porté 600,000 écus, lesquels, encore qu'ils viennent à ceux de Gènes, néanmoins c'est un denier que l'Espagne rembourse.

Dans cette lettre, M. de Noyers donne à M. de Bordeaux les instructions sur les divers plans de campagne proposes par M. de Savoie.

A M. L'AHCHEVËQUE DE BORDEAUX.

Monsieur,

Bien que je ne doute pa^ que vous n'ayez à présent reçu la réponse à la plupart de ce que vous désirez de nous par votre dépèche du 1 6 aussi bien que par les précédentes, je ne laisserai pas de réj)éter ici ce qui est des intentions du roi et de son éminence sur ce sujet; et comme .^presque tout aboutit aux inconvénients que vous prévoyez très-prudemment par le manque de subsistance des troupes, je commencerai par cet article , et vous dirai , monsieur, que le roi. a résolu de suivre entièrement le remède que vous avez proposé, sa ma- I. 6o

jesté ayant commandé l'éxecution de l'arrêt dont tous a^ez envoyé le pi'ojety jugeant bien que c'est le seul moyen d'en venir k bout et peutêtre d'éviter une seconde cause du désordre. Le régiment de Vitry n'étant plus nécessaire en Languedoc , ainsi que M. d'Haluin le mande , je lui envoie un nouvel ordre pour aller servir en Bresse sous M. le duc de Longueville ^ afin que la cause cessant , Ton n'en voie plus les effets. Par ces deux moyens , l'on estime que vous pourrez remédier à tant de confusions, et qu'ayant le fonds assuré de votre subsistance , vous donnerez ordre que les iles de Sainte-Marguerite, Brigançon et autres seront mises en liberté.

Pour ce qui est du choix des gouverneurs dont il vous a plu m'envoyer les mémoires , et des commissions et clauses que vous estimez y devoir être insérées, je vous en enverrai au plus tôt la résolution.

La subsistance de votre armée navale ne va pas mieux que celle de vos places, et ce, en vérité, faute de soins des trésoriers; car si ces messieurs se mettaient davantage en devoir de faire leurs recouvrements et faisaient de la dépense à avoir de bons et fidèles commis dans les . provinces , la chose irait mieux sans comparaison; mais ces messieurs se contentent de prendre de grosses taxations et faire bonne chère , retirant tous les soins de la charge et sur vou$ et sur nous ; ce que vous jugerez bien être très-injuste. Je ne dis ceci pour me décharger, car je n'y perds pas un moment, et je pense que M. le marquis de Sourdis vous aura mandé ce qu'ils ont fait pour le paiement des 1,100,000 livres qui restent à recouvrer de vos fonds, ce qui est un peu lent ; mais si vous joignez à toutes les raisons de retardement ci-dessus , la stérilité du temps et la mauvaise volonté des paiements, vous jugerez bien qu'il faut s'aider comme vous faites. J'ai proposé un expédient à messieurs de la marine pour au moins s'assurei" des paiements , qui est d^établir un commis dans les bureaux , principalement des fermes sur lesquelles la marine est assignée, afin que s'il se reçoit quelque chose, vous le touchiez, et que messieurs les fermiers sachent que l'on ne les veut pas laisser- piper à leurs enchantements ordinaires de non-valeurs, tandis qu'ils reçoivent et

convertissent la substance des peuples à leur profit particulier : vous nous en manderez vos avis»

Son éminence vous donne avis de ne pas trop hasarder son armée navale dans la saison des tempêtes^ et qu'en contribuant votre possible à l'exécution des desseins de M. de Savoie , vous ne mettiez en péril manifeste les vaisseaux du roi. M. Guérapin est par-delà, qui vous donnera part de tout le détail de. ces affaires , et nous ferons par-deçà tout notre possible pour satisfaire à ce que M. d'Êmery a désiré de nous pour l'exécution du dessein proposé* Vous aurez avis de tout œ que nous y avancerons , et me ferez la faveur de me croire ,

Monsieur,

Votre très-humble et très-afiectionné serviteur ,

De Noyers.

A Ruel , m 3o août 1S37.

Messieurs de Piémont ne demandent plus que Ton charge leur infanterie sur vos vaisseaux y et la font aller par terre.

L'on vous envoie la patente en placard pour faille voir seulement au

gouverneur de Sassari; et bien que son éminence n'estime pas que cette

bonne volonté qu'il fait paraître soit véritable, néanmoins, comme l'on

ne hasarde rien, le roi trouve bon que vous lui accordiez tout ce

qu'il vous demande, sans toutefois lui bailler aucune pa teinte qu'après

qu'il aura exécuté sa promesse.

De Noyers.

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