LETTRE DE M. D'HALUIN. — SEPT
Les dépèches suivantes , de M. de Sabran à M. de Bordeaux , exposent toutes les négociations entamées par M. de Sabran. avec le concours de M. le duc de Savoie, pour parvenir à s emparer par surprise de Final, ville et port très-importants et trèsbien défendus, situés à l'est de Gènes et au nord de File de Corse. Il s'agissait aussi d'enlever quelques autres places situées sur la côte d'Italie , mais d'une bien moindre importance. Les menées de M. de Sabran ayant été pénétrées par l'Espagne , l'ennemi jeta un renfort de cinq mille hommes dans l<*inal , et l'expédition projetéene put avoir lieu.
/ a m. l*arghevëque de bordeaux.
Monsieur ,
J'ai déjà réponda à la faveur de la vôtre du 22 que m'envoya le frère de celui qui est près de vous , n'osant s'approcher d'ici , auquel j'envoyai mon secrétaire à vingt^cinq milles avec felouque exprès , qui l'entretint, avec peine de le trouver, un jour et revint le lendemain. J'ai tant fait que le capitaine Semin, qui a toujours traité Taffaire de Final pour Savoie, et avait avec lui celui qui est près de M. de Bordeaux avec celui d'Alexandrie, est venu trouver Savoie; et pour le faire court, ne trouve pas fecilité sans faire de nouvelles pratiques incertaines. Pour ce qui touche Saravalle , aussi , comme je l'ai écrit à la cour et chez le duc de Savoie, l'occasion s'en est perdue, et de Tortone, il y a longtemps. Et toutes les surprises , quand elles pourraient être , veulent la présence de forces pour ccmserver, et ceux qui s'y emploient veulent être assurés de tout. Quant à la Rocca Spinola, fief impérial, il n'en faut faire aucun semblant ; mais si on la désire, comme ledit Semin l'estime importante et qu'elle se peut garder avec moins de dix hommes , Semin promet de la surprendre quand on voudra, n'y ayant que deux hommes qu'il connaisse et une vieille dedans. Et sur mes répliques tou-
chant les hommes et 9u moins les munitions^ provisions pom* les nourrir, il a dit à Sabran qu'il y peut envoyer argent, farine et munitions parmi, sans que ceux de la place l'en gênent. U sut s'informer si bien qu'il n'y a qu'à considérer entre M. de Bordeaux et Bertolotto à quoi on s'en peut servir pour plus grand dessein, mais sans émouvoir que bien à propos. Cette facilité qu'il donne m'est suspecte, néanmoins elle est à désirer si on veut réussir.
Quant au dessein sur Final , que le duc de Savoie a long-temps fait pratiquer par ledit Semin , comme de fait l'homme de Savoie m'en tenait ave^^ti de sa part, et duquel depuis trois mois je n'ai ouï parler, et du jour qu'un nommé Constance Grane, qui est l'homme de Savoie, devait aller porter la dernière résolution au duc de Savoie et lui faire avoir des otages, il m'a dit que depuis ce même temps il n'a plus vu ledit homme et croyait la pratique interrompue s^ns savoir par où; et il y a plus de deux mois que le duc de Savoie m'écrivit qu'il l'attendait; si bien que j'ai reconnu que ledit homme alors cheminait de conserve avec Semin et Sabran et le duc de Savoie aussi , de qui Sabran (entre nous, s'il vous plait) doutait, parce que Ognate et tous les ministres d'Espagne étant alors a Gènes , Sabran soupçonnait qu'il ne se traitât d'autres choses. Semin a avoué qu'il avait intelligence avec le munitionnaire et le bombardier de Final , et m'a dit les moyens qu'il avait lors pour exécuter un moyen dont il ne pouvait répondre depuis le temps; mais qu'il se résoudi^it d'aller à Noli près de Final, et là y ferait dans moins d'une couple de jours venir les susnommés ses amis, pourvu que l'on n'usât pas après des délais accoutumés qui ont ruiné cette affaire d'Alexandrie, et savoir tout ce qui s'en peut espérer; procurerait les otages pour leur faire toucher de l'argent, et quant à lui se contentait de la moindre satisiaction et d'une compagnie de gens de pied chez le duc de Savoie. Sur quoi m'ayant dit que de toutes allées et venues il n'avait jamais été reconnu ni dégrevé, et qu'il ne voulait rien faire à ses dépens, après lui avoir fait beaucoup espérer et me semblant habile homme et d'exécution et de bien , fort ami de Bertoletto , qu'il estime fort, je lui ai témoigné que j'aurais bientôt les ordres et moyens de fournir du mien. Je ne pouvais pas mais que, pour témoigner l'es-
time qae je faisais de lui , qu'il regardât ce qu'il fallait pour s'aller éclaircii* entièrement de ce qui se peut espérer et faire sur Final et que je le fournirais ; et enfin je lui donnai l'argent il y a trois jours, mercredi 9 de ce mois, il me semble. Je n'agissais ainsi que parce que Sabran a reçu une lettre du 1 8 du roi pour lui et pour la république , Fayertissant que le roi et le duc de Savoie désirent attaquer Final par mer et par terre , et que lors Sabran aura, avec ladite lettre pour Gènes, à faire les offices convenables pour la rassurer selon que M. d'Émery avertira; tellement que je n'ai pas cru, pour peu de chose, devoir manquer d'essayer si l'on pourrait abréger le temps et la dépense par ce moyen, et reconnaître mieux Semin ; car je n'ai pas grande fiance à toutes ses proposi* tions. Mais pour l'avenir, quoiqu'il faille fournir , je vous supplie, monsieur, que ceux qui voudront que l'on s'emploie à chose où il faut fouriiir en envoient les moyens, et j'empêcherai bien que rien n'ira mal à propos et rendrai bon compte ; car je me trouve trop mal de fournir, et suis si mal payé que je n'ai un sou depuis un an , quoiqu'à la cour je sois fort satisfait de letti^es et belles paroles et y aie des amis aussi.
J'ai écrit bien plus au long en chiffre tout ce que dessus à M. d'Ê- ^^i^y 9 y mettant tout ce qui s'est passé ci-devant en tout ses traités, et l'ai prié de le faire voir au duc de Savoie et l'envoyer déchiffré en France; et par la galère de Gènes qui va porter des soies en Provence, Sabran enverra à M. de Bordeaux la même relation en chiffre qu'il n'a pas voulu donner à cette occasion, parce que cette lettre succinctement comprend tout, et peut-être Semin lui aura rendu compte de ce qui se peut faire, auquel Sabran n'a pas témoigné que l'on eût aucun dessein de l'attaquer, si ce n'est par son moyen; et que cependant il l'informât au moins de l'état des gens et munitions de Final , et puis il pourra , comme je le lui ai proposé, s'en aller vers M. de Bordeaux, et là mieux résoudre tout ; mais en ce cas il ne faudra pas le laisser revenir que bien à propos, que après on parlerait de deux autres desseins.
Quant à M. Bertoletto , je le crois honnête homme et brave homme, mais il semble que ceux qui l'ont envoyé à M. de Boixleaux avaient mieux de quoi écouter ses propositions et en faciliter l'exécution; et je I. 6i
m'étonne que celui qui a été envoyé à Sabran lui ak tant écrit son impuissance de venir à lui pv la crainte , se dit-il , des Corses, qui le cherchent, et qu'il soit si incommodé qu'il ait écrit à Sabran de lui envoyer escorte pour s'en retourner ; de quoi il s'est excusé , se con* tentant de ce qu'il a (ait. Us devraient mieux prendre leurs mesures , et pour le moins être en état de pouvoir faire ce qu'ils entreprennent. Je vous ai écrit que les galères d*£spagne , si mal armées , étaient passées il y a quatre jours près d'ici en hâte. J'ai eu avia de Tenvoi que vous savez , lequel a demandé permission au Sarde de demeurer k Li» vourne pour venir vers Gènes, afin de voir Sabran, sous prétexte d'affaire ici, que ça a éfeéj que le prince de Monaco envoya ici ii l'ambassadeur et lui aux généraux des galères que notre armée était à la vmIc et avait avis assuré qu'elle venait débarquer à Monaco on Final , et m'écrit qu'elles sont en très^manvais état de toutes choses , qu'elles craignaient notre rencontre et attendaient nouvd ordre , pour savoir si le Sarde ira vers Barcelone avec les soldats qu'il a sur les galères, qui ne sont pas cinq cents, s'ik n'eni ont repris ; aussi n'en ont-ils point débarqué à Final, où l'on décharge force ici. J'attends commodité pour envoyer vos belles statues , et vos commandements sur le sujet ci-dessus , et suis sans réserve ,
Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
De Sabran.
De GéiMS, et 5 Mpttmbre iSS^.
MONSIBUR ,
Je me réjouirai , s'il vous plaît , de ce que le roi a soumis à votre autorité et gouvernement tout ce qui est de la côte marine de Provence deux lieues dans la terre , à ce que l'on m'écrit. Il y a longtemps que cela devrait avoir été. Celui qui m'écrit de Livourne , que vous connaissez, me mande que M. de Monaco a deux personnes dans l'armée navale qui l'avertissent de tout ici et à Naples, et je vous envoie sa lettre avec le mémoire en chiffre. Ce même qui m'écrit des espions du prince de Monaco , me mande qu'il souhaite des nouvelles de M. de Bordeaux. Je lui ai écrit que s'il ne lui a' pas écrit plus
d'une fois, ne sachant ni moi de ses nouTelIes^ est qae la lettre de M. de Bordeaux est toujours es mains de M. Raby, qui attendait que quelqu'un de sa pai*t la demandât en disant Vamigo, comme nous avions concerté. Il a dessein de se rendre près de M. de Bordeaux ; mais il sera à {»*opos de lui témoigner qu'en ces occasions il est mieux ail-* leurs, et qu'il faut qu'elles lui fassent mériter après ce que M. de Bor* deaux pourra obtenir du roi , et M. de Bordeaux pourra envoyer à Sabran une lettre de créance qu'il accommodera comme il faut.
Je TOUS donne avis qu'un patron de Gènes , nommé Jean-Baptiste Gabella , à ce que l'on m'a dit^ doit aller sur une felouque en EspagnCi et porter des lettres importantes, et, pour passer sûrement et faire route à terre, prendre passeport 'de Sabran, et s'il le refuse, il le veut du marqm's de Bagnasoo ; mais Sabran le lui accordera ; en sorte que s'il n'en porte point de lui , c'est signe qu'il a fiii, et s'il en porte, il n'y fentpas avoir ^ard s'il y a le nom que dessus, ni aux autres, s'il n'y a en quelque coin séparément : cest de tout mon cœur que je vous en supplie, ou quelque chose semblable.
Je crois m'étre trompé du nom du patron en mon billet : il s'appelle Tomaso Gabello; il ira jusqu'à Marseille, et attendra une lettre de Milan.
I3n nommé Constance Grane, vers les mois d'avril et de mai et pendant que tous les ministres d'Espagne étaient ici assemblés , y a été envoyé par le duc de Savoie pour quelques traités secrets sur Final, dont, par ordre du duc de Savoie, il m'en fît part en me rendant ses lettres de créance. J'écrivis au roi et au duc de Savoie ce que ledit Grane m'avait fait entendre, et mes sentiments sur ce dessein , auquel je ne voyais pas clair.
Le capitaine Nicolas Semin en était le principal instrument , lequel avait déjà tramé intelligence à Alexandrie, et, à ce que ledit Grane me disait , ne voulait écrire ni s'aboucher avec moi , ms)is seulement avec ledit Grane , se remettant puis de ce qu'il en ferait entendre au duc de Savoie et à moi ; ce qui m'ôta le moyen d'être informé que par ledit Grane, à qui je fis écrire tout ce qu'il me disait, en ayant néanmoins envoyé la substance à la cour et au duc de Savoie en l'absence de
M. d'Émery. Ledit Grane nommait pour ses confidents un Mortora, Génois^ qui a ëtë secrétaire du sieur Bèrtolucci; les deux secrétaires du prince Doria promettaient^ moyennant quelque reconnaissance , donner les avis de toutes les résolutions d'Espagne; et dès lors leurs inten* tions sur Ast ou Verceil , pa(r intelligence ou surprise , furent découvertes et les moyens que l'on voulait tenir^ dont je donnai avis à la cour le 27 mai et à Savoie le 28^ laquelle m'avait pressé de m'éclaircir bien des moyens de parvenir à des moyens qu'elle désirait. Je tenais fort suspectes les intelligences de Grane y qui m'avait prié de donner six pistoles pour Mortora ^ pour, se disait-il , aller à Lucques de l'ordre de Ricard, instrument principal dudit prince, faire venir Bernanlin Gholi, son neveu. Je lui donnai lesdites pistoles, et depuis ne vis aucun effet de la venue dudit Choli , qui devait donner des lettres par où le duc de Savoie vérifierait le dessein d'un nommé Tagliaferro pour faire surprendre par les Espagnols ledit Cena , sous prétexte de négocier quelque dessein à son avantage sur Final.
Ledit Grane vint depuis dire en ce même temps qu'il fallait qu'il s'en allât lui-même porter au duc de Savoie l'état des choses , et du jour que l'on consignerait les otages de la part de ses ministres , des munitionnaire et canonnier de Final , et qu'ensuite le duc de Savoie envoyât ici de l'argent pour les dépenses et certaines pistoles que le duc de Savoie m^'avait écrit qu'il enverrait; et qu'afin que ledit Semin, qui ne voulait plus faire des fl^is inutilement, prit courage et tint les choses en haleine , ledit Grane me pria de lui prêter encore vingt-cinq pistoles pour lui donner, à quoi je consentis pour l'affection que le duc de Savoie m'a témoignée avoir en cette affaire. Depuis, il me commanda de n'en donner plus sans son ordre.
Ledit Grane devait partir le lendemain avec un nommé Croche, qui promettait d'éclaircir le duc de Savoie de toutes les menées de Bonfiglio : ledit Croche était banni de cette ville ; il ne laissa de me venir voir la nuit pour me dire qu'il était prêt de partir le lendemain avec ledit Grane, pourvu qu'il fût défrayé et reconnu du duc de Savoie : ce qui lui fut promis- Mais depuis ce jour-lk n'ayant eu aucun avis dudit Grane, et par
quelqu'un du duc de Savoie ayant ];«connu qu'il l'attendait toujours , j'ai cru qu'il fallait qu'il eût été surpris, tué ou mis prisonnier; et ne Toyant aussi plus de Mortora , qui est marié ici , je lui fis dire il y a plus d'un mois de me venir voir, ce qu'il fit ; et ne sut que me dire sur le sujet dudit Grane, se défiant, disait-il , qu'il n'eut été empoisonné, et depuis il a dit à mon secrétaire qu'il savait qu'il était prisonnier dans la tour de Gènes , et qu'un petit garçon qui était avec lui et fut mis prisonnier s'était sauvé, et qu'il avait appris ceci de sa bouche et l'avait fait fuir de Gènes ; ce qui convainc indubitablement ledit Mortora de trahison, que je dissimule. Et comme il ne veut, se dit-il , point s'en mêler, fei* gnant de croire qu'il est prisonnier pour la biliette , ce qui n'eût été qu'une affaire de trois jours, aussi ne sais^je où logeait ledit Grane, qui était, à ce qu'il me dit, hors la ville, et ne sais à qui m'adresser quand j'en voudrai apprendre des nouvelles, étant peut-être mieux d'ignorer tout, car je sais qu'il n'avait aucunes écritures*
Depuis , M. de Bordeaux: m'ayant écrit le 22 d'août que le colonel Bertoletto, de l'ordre de M. d'Émery, s'est rendu vers lui pour l'éclaircissement de quelque dessein, et tous deux m'ayant envoyé le frère dudit sieur Bertoletto pour reconnaître si ledit Semip avait toujours les mêmes intelligences dans Final , si elles pouvaient être exécutées et une surprise sur la Rocca-Spinola , j'ai tant fait que ledit Semin m'est venu voir secrètement. Je lui ai dit que c'était pour savoir des nouvelles d'un nommé Grane , qui traitait avec lui , il y a quelque temps , une affaire pour le duc de Savoie, qu'il doit savoir et croire que je sais. Il me dit que depuis trois mois et tant, qu'il lui devait rapporter les réponses du duc de Savoie sur le sujet de son traité , il ne l'avait point vu, dont il avait été étonné; et l'ayant prié de s'informer de Mortora, en discours commun, de ce qu'il en savait, il me dit qu'il ne désirait pas s'ouvrir audit Mortora , qu'il essaierait néanmoins de le rencontrer et de le porter sur ce sujet. Il me vint trouver hier et me dit de n'avoir pu tirer aucune assurance de lui de ce qu'était devenu ledit Gj^aue , qu'il ne l'en avait pas voulu presser davantage, que la longueur avait ruiné cette affaire de Final , et de n'avoir été satisfait d'aucune dépense par le duc de Savoie , envers lequel il avait une affection tout entière
de le servir. Je lui ai demandé camme cette pratique se pouvait renouer : il la croit facile en s'en allant lui près de Final , où il se promet de faire venir ledit munitionnaiM et canonnier, et conclure Taf^ faire avec eux , ou me raqpporter les obstacles ; mais qu'il fallait qu'il les assurât des diligences et de la récompense promise en donnant les otages. Qu'il ne désirait du duc de Savoie que ce qu'il lui plairait , moyennant une compagnie dans ses régiments.
Que de là il irait à la Rocca-Spinola ^ où il n'y a que deux ou trois hommes et une vieille , n'y ayant qu'un petit guichet ouvert , parce qu'il n'y a point de crainte ; qu'il y peut introduire sans soupçon blé ou farines et vin, et qu'avec dix honmres on la peut garder contre tous irivants; et que, pour Saravalle, il y trouvait des difficultés, à cause que le château est gardé des Espagnols. Laissant donc à part cette dernière comme n'étant plus à temps, et dont j'avais fait la proposition ces deux années dernières , et de la surprise de Boscoet-Castellayo , je me suis arrêté au dessein de Final , puisque , par les lettres que j'ai reçues de la cour , j'apprends que les intentions du roi et du duc de Savoie sont d'aller attaquer Final par mer et terre , sous le prétexte, qu'il faudra faire valoir en son temps, de délivrer Gènes des incommodités qu'elle reçoit en cette conjoncture. Et nous sommes demeurés d'accord qu'il partirait aujom d'hui pour s'en aller à Noli , où il attendrait quelques jours la commodité de ses confidents, et m'apporterait toute résolution et moyens d'exécution s'il y en avait. Je l'ai ayerti qu'en cas qu'il y eût des difficultés, il s'informât au moins d'eux de l'état et nombre des chefs, soldats, munitions, provisions de la garnison, et s'il est vrai que si Final eût été attaqué par mer, ceux de la ville eussent retiré leurs personnes dans le château } et qu'après cela il pourra introduire dans la Rocca-Spinola , selon qu'il en sera averti de moi , ce qui sera nécessaire pour entretenir le peu de garnison qu'il dit falloir pour la garder. Mais il s'est excusé de faire aucun voyage à ses dépens , en sorte que lui ayant fait espérer que j'aurais bientôt les ordres nécessaires , je lui ai témoigné que volontiers je lui donnerais du mien huit pistoles pour faire ce voyage et m'apporter les résolutions du fait ou du Caiilli dans mercredi prochain. Je puis être trompé de lui ,
mais il sera malaisé que je .ne le connaisse , lui ayant dit qu'il faudra qu'aussitôt après il s'en aille à l'armée nayale trouTer M* de Bordeaux; pour quoi laire je lui donnerai le moyen ;par (elouque expresse, et le frère du sieur Bertoletto, à qui je dépêche de venir îoi, entre cy et mardi ou que je lui enseignerai. Mon secrétaire powra s'en retourner avec lui vers M. de Bordeaux t ayant estimé nécessaire d'essayer de retirer le deroier mot de ce qu'on peut lesipérer pour la aurprise de Final à peu de irais ; et si Jtddit Semin se dispose prêt, eonuoe il promet, d'aller à l'armée navale, on aura foisir de reconnaître s'il agit franchement , s'il peut réussir, ou d'en tirer raison. Mais je supplie M. de Bordeaux ou M. d'Émery d'envoyer ici quelqu'un pour fournir aux frais ou envoyer ordre pour toucher ici de quoi subvenir à toutes ces allées et venues, dont je rendrai compte , afin que l'affaire ne demeure accrochée faute d'argent, qui en a déjà été la ruine; après quoi l'on recevra . les otages avant que passer à plus graiides dépenses ni s'engager à aucune exécution, sans cela étant nécessaire de donner grandes espérances pour en faciliter la réussite. J'att^idrai donc ce qu'il me sera ordonné pour cela , ne pouvant avancer rien davantage du mien.
A H. l'archevêque DE BORI^AU^.
Je vous écrivis hier an long et en chiffres par un homme que celui que vous m'av6z envoyé dépéoha id , loi se trouvant en état de ne s'oser faire v<9ir , ce qui n'est pas pour faire réussir une grande affaire. Je crois que celle-ci sera plus tAt à vous que celle qu'il a , avec laquelle vous recevrez un mémoire bien ample de tcmt ce qui ,se pe^; eegpérer et que j'ai pu faire sur le sujjst de la vôtre du 22* J'y aypulerai que .l(9s ennemis, environ quatre ou cinq mille hiommes , et moins de deui^ mille misérables chevaux s'en sont retourné? en grande bât^ pQHr^ i^ œ que l'on dit, assiéger Gentio, forteresse dépendant de jMliiUeffimO;^ ârf impérial de M. le comte de Millesimo, que son altesse possède, et aussi
pour être en état:de secourir Final ^ que le prince de Monaco avait écrit que notre armée navale allait assiéger , ou Monaco ; mais un gentilhomme génois , qui se fait bien savant de l'état de notre armée et forces par mer et terre , a dit que nos galères tiennent toujoiu*^ à Marseille faute d'argent^ et que nous manquons d'hommes^ mais non pas de mariniers, que Ton fait servir de soldats. Le sieur Morel vous dira les nouvelles de Rome. Et attendant vos commandements , je demeure éternellement, monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur ,
Sabran.
De Gènes ce 6 septembre 1637.
P, S. Monsieur, je vous écrivis hier en chiffre qu'il fallait veiller un patron nommé Thomas Gabella , qui , pour aller plus sûrement en Espagne avec dépêches importantes , s'est promis un passeport de moi ou du marquis de Bagnasco. Une fe* louque de députés d'Espagne est venue seule de Barcelone ici sans périL
Je vous envoie celle que m'a écrit l'ami que vous savez , auquel vous pourrez écrire et mettre à Vamigo; mais il désirerait être près de vous \ îl vaut mieux qu'il demeure ailleurs et serve pour mériter; si bien qu'il serait à propos de l'entretenir d'espérances à l'avenir.
M. le duc d'Haluin, sentant tout le secours qu'il pourrait tirer d'une division de l'armée navale , qui , débarquant les troupes de la marine , opérerait une utile diversion sûr la côte , envoya un courrier à M. de Bordeaux pour lui demander son concours.
LETTRE DE M. D'HALUIN
A M. L'àRCHEVÊQUB DB BORDEAUX.
A Béziers, ce 8 septembre 1637-
Monsieur^
Puisque vous avez pris possession de chasser les ennemis des îles , maintenant que Ton en a fait une de Leucate , je vous demande doublement secours^ et par cette raison-là , par celle du service du roi; et par l'honneur que vous m'avez fait de me promettre part en votre amitié , il semble que vous êtes obligé à me le donner. J'ai envoyé un