‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 139 sur 160 · LETTRE DE M. D'HALUIN. — SEPT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. D'HALUIN. — SEPT

oourrier vous k demander sitôt que j'ai tu que les ennemis s'attachaient à Leucate ; maintenant qu'ils commencent à la serrer et que leurs galères sont prêtes k tirer ^ je tous supplie très-humblement que je sache par le retour de mondit courrier ce que j'en puis espërer. Je prévois qu'il n'y a que tous qui puissiez secourir Leucate , car la circonvallation, c'est-à-dire la tête qu'ils retranchent, qui est la seule qu'ils ont à défendre , le reste étant tout entouré de la pleine mer et des étangs, sera sans doute en état de n'être pas forcée; mais du côté de la mer ils n'ont rien fait, parce qu'ils savent que nous n'avons pas de quoi prendre nos avantages de ce côté-là. Que si avec trois mille ou quatre mille hommes vous débarquiez de ce côté, et que nous donnassions au retranchement de l'autre^ à mesure que vous approcheriez desdits retranchements par le dos , nous donnerions par-devant , et ainsi nous les forcerions ; sans doute leur cavalerie ne vous pourrait incomonoder, car ce pays de rochers et de précipices ne leur est pas avantageux : ainsi ce serait la plus belle action qu'il se puisse faire. Que si vous ne pouviez passer jusqu'à la place , à cause de ladite cavalerie , en vous fortifiant sur le bord du Graner, nous les tenons enfermés dans leurs retranchements : ils seraient i^sserrés dans une demi-lieue d'étendue sans aucun moyen de passer leur appétit ; à cela, il n'est question d'autre chose que de diligence. Ils n'ont nulle barque, ni vaisseau, ni galère en France; quelques tartanes leur portaient dernièrement des fascines. Leur armée navale est à Majorque, mais je ne sais s'ils n'ont point quelque escadre de galères à Roses ou Collioure; de cela, je n'en puis répondre^ car depuis ces derniers temps nuls Français ne vont en Catalogne ni en Espagne, à peine en puis-je faire passer en Roussillon.

Pour les canons qu'il vous a plu m'envoyer , comme nous n'avons point de boulets de ce calibre, nous «ne nous en pouvons servir; et d'ailleurs Roucerme, qui est têtu comme un àne rouge et attaché à sa charge extraordinairement , dit qu'il quittera tout si on lui donne des officiers avec quelle condition que ce soit de lui obéir ou autrement ; si bien que je ne crois pas que jusqu'à ce que vous soyez ici , l'on se puisse servir ni du commissaire ni des pièces. Il faudrait qu'il vous plût faire apporter des boulets du calibre des bâtardes. l'ai mandé au l. 6a

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roi l'aasuranoe qu'il vom avait plu me donner et promettre, et je n'aurai jamais de satisfaction si parfaite que si j'étais assea hemreax pour tous témoigner que vous obligez un homme très-^reconnaissant à être toute sa vie,

Monsieur, votre très-humble et très^^obéîssant serviteur,

d*Haluin.

Je vous envoie un brouillon ,de Leucate afin que vous voyiez la situation du terrain qui l'environne, qui est maintenant tout-à-fait isolé par un petit canal naturel qui était desséché , qu'ils o«it creusé pour y faire enti^er l'étang. Ils travaillent avec quatre mille hommes outre les soldats , de sorte que quelque diligence que je fasse, sans doute que sai^s diversion

M. de Bordeaux n'ayant pu aller secourir M. le duc d'Haluin à la tête d'une division de galères, i^. parce que M. du Pont de Courlay , leur général , refusa de mettre ces bâtiments sous les ordres du prélat ; a^. parce que M. d'Harcourt ne voulut pas lui confier de troupes de débarquement , s'excusant sur le secours qu'il devait porter à M. de Savoie pour l'entreprise de Final, M. de Bordeaux écrivit les deux dépêches suivantes à M, le cardinal de Richelieu et à M. de Noyers , afin d'expliquer au cardinal ces différentes circonstances, et le prévenir qu'il allait partir pour Leucate avec quelques tartanes, et y âiire de son mieux pour le service dU roi.

LETTRE 0E M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

A 11. LE CABDINAl^ DE BIGHBI4BU.

Dn 7 septembre 16)7.

MONSEIANBUE^

N'ayant pas été plus heureux en la] proposition que j'ai faite de secourir M, d'Haluin et Leucate qu'au voyage d'Alger, d'où nous

LETTRE DE M. L'ÂRCH. DE BORD* — SEPT. 1637. 491

serions de retom* il y a longtemps, je m'en Tais troufver ledit M. d'Haluin pour tâcher de suppléer , par tartaaes et bateaux , au défaut des . vaisseaux et galères.

Je rends compte ^ par le méme^ à M. de Noyers de tout, et attendrai les commandements de votre éminence , près M. d'Haluin, jusqu*à la fin du mois , jusqu'à quel temps te sieur Guérapin m'a assuré que M. de Savoie ne pouvait rien entreprendre, ne sachant encore s'il le pourra faire , M. d'Haluin ne lui ayant pu donner les troupes ordonnées et ses lettres de change ayant été protestées; et lors vos vaisseaux seront à la fin de leurs vivres , les fonds qu'on a envoyés ne se pouvant recevoir que de mois en mois, et, par conséquent , obligent les vaisseaux à rentrer tous les mois dans les ports pour faire nouveau pain , qui est non seulement rendre l'armée inutile, mais la perdre, parce que les matelots sont si ennuyés qu'ils se jettent à la nage pour se sauver dès qu'ils approchent des ports. En un HMït, monseigneur, st votne éminence me permet de loi dire la vérité^ je lui dind qu'elle ne doit pas feîre grand état de son armée, après le mois de septembre , et nol de- ses vaisseaux , s'ils hivernent en ce pays, à cause du ver \ Si j'avais* eu l'honneur d'être deux heiures auprès de votre éminence ^ je lui aurais peut--ètre iaîl voir ce qu'on hti déguise. Puisque je ne suis pais assez heureux, et que je n'ai pas le pouvoir de la servir avec ses vaisseaux et galères , je m'en vais tâcher de ma persomie et de ma petite industrie à lui témoigner an passioa à son scarvice jusques vers la fini de ce moi». : dans qudque temps , je me rendra* ici pour avoir l'bonneur d'y recevdir vos commandements, SI je n'eii sois plus tôt honoré.

J'ai (ait voir à M. Guérapin les biés earbarqués par lie sieuF Lugnet aUK iles de MarseiUe , cinquante miUiers de pondre en magasin , des boulets à proportion, et quatorze canon» de batterie ou de 24 montés sur affûts de terre,, et six qui y seront à la fiu de cette semaine, avec tous les chark)ts et engins nécessaii'es pour monter les pièces au sommet des montagnes ; l'amnée hors des ports et ^ande obéissance

' La carène de» vaisieaux n'était pas alors doublée en enivre.

à exécuter tous commandements. Il y a dix-sept jours que j'ai envoyé un courrier à M. d'Émery pom* lui faire savoir ce que je mande à Totre éminence , et il n'est jias encore de retour.

Votre très-humble, très-K>béissant et très-obligé serviteur,

SouRDis^ archevêque de Bordeaux.

De Marseille, ce 7 septembre 1637, à midi.

LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

A M. DE NOYERS , DISANT QUE QUELQUES OFFRES QU'iL AIT FAITES AUX PETTFS VAISSEAUX, IL N'EN A PU AVOIR POUR ALLER SECOURIR LE LANGUEDOC; qu'il y va avec des tartanes et bateaux pour y FAIRE LE MIEUX QU'IL POURRA POUR LE SECOURS DE LEUGATE.

A Marseille, le 7 septembre 1637, à midi.

Monsieur,-

Vous aurez vu^ par la dépêche de votre courrier^ les efforts que j'ai faits près M. le comte d'Harcourt et M. le général des galères , pour qu'ils voulussent mettre aux îles de Marseille les petits vaisseaux et brûlots propres pour secourir M. d'Haluin, s'il était attaqué, et les galères ; offrant , pour lesdites galères , de fournir pain, vin , viande et argent pour les matelots pour en armer six, attendant qu'il lui vienne de l'argent ; mais je n'ai su obtenir ni l'un ni l'autre : M. d'Harootirt s'excusant sur ce qu'il avait à exécuter les desseins de M. de Savoie, et M. le général des galères sur ce qu'il désirait que je misse entre les mains de son trésorier dfe l'argent clair, et que , selon le fonds que j'y mettrais , il ordonnerait des galères ; ce que je ne pus exécuter pour deux raisons : la première, parce que je n'avais pas tout l'argent, et que la maison du sieur Luquet me prétait le biscuit, du vin, chairs et poissons pour faire cet armement de six galères ;

La seconde raison, c'est que je craignais que, mettant l'argent entre les mains du trésorier en la disposition dudit sieur général , il ne fit comme de celui de Marseille, qui est à dire payer d'autres dettes et me donner une galère ou deux.

De sorte que me trouvant sans galères et vaisseaux, et voyant

LETTRE DE M. L^ARCH. DE BORD. — SEPT. 1637. 493

M. Guérapin qui vient de Languedoc^ qui dit ne sayoit*, M. d'Ha--^ luin ayant refusé de donner les troupes que désirait M. de Savoie y à cause de la nécessité^ si on peut espérer (aire quelque chose ou non, et que tout au plus tôt ce ne pourrait être qu'à la fin du mois, n'ayant pas même voulu assurer Luquet du paiement des blés et poudres que j'avais retirés par votre ordre pour leur dessein^ je me suis résolu d'aller faire un tour près M« d'Haluin , pour voir si je ne pourrais point y avec tartanes et bateaux ^ faire partie de «ce que les galères et petits vaisseaux de* vraient avoir déjà fait. Si vous n'approuvez mon dessein , au premier commandement que vous me ferez , je me rendrai où vous m'ordonnerez. Mais vous vous souviendrez qu'il y a long-temps que je vous ai mandé que j'étais fort inutile ici, d'autant que la jalousie ne peut permettre à ceux à qui vous avez donné la disposition des vaisseaux et galères de me laisser agir, et quelque raison inconnue les empêche, eux , de vouloir rien faire.

Je sais bien qu'on vous mandera que la côte de Languedoc est si furieuse qu'on ne sait en approcher sans danger de périr, que jamais les galères de France n'y ont été ; mais je sais bien aussi que les grandes actions ne se font point sans de grands hasards , que les ennemis y vont bien pour entreprendre sur nous, et que nous n'osons y aller poiu* nous défendre; en un mot, quand j'offre d'y aller, et mettre ma petite pei*sonne dans le hasard de leurs galères, je ne pense pas leur faire tort.

Enfin , pour éviter toute jalousie , je dis et mande à ces messieurs qui commandent ce qu'il fallait qu'ils fissent, s'illeur plaisait; que s'il ne leur plaisait faire , qu'ils me laissassent faire. J'ai fait de même pour le voyage d'Alger, et j*ai aussi peu réussi à l'un qu'à l'autre, et crois en ma conscience que plus vous m'y laisserez et plus vous gâterez vos affaires , les esprits étant à un point que je ne puis agir ni parler , que je ne cause jalousie; ce qui me fait tenir ici caché depuis quelque temps que je donne à ma santé , me voyant inutile ailleurs.

Pour ce qui est de l'armée navale , je crains qu'à la fin de ce mois elle ne se dissipe. Il y a long-temps que je le vous ai mandé; car le fonds que l'on a envoyé de 50,000 fr. par mois n'est pas capable de la faire

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subsister, quand même on le paierait à jour nommé , d'amant qu'auparavant que cela soit converti on bisouit et chairs salées , le mois sera expiré. Cela pourrait servir, en quelque sorte^ pour des vaisseaux qu'on veut qui ne bougent du port ; mais pour une armée qui est nécessitée de revenir tous les mois au port pour quérir sa subsistance , cela ne se voit jamais. Si vous me pouviez domier le temps de vous aller entrer t^nir huit jours, j'estime que je vous détromperais de plusieura choses sur lesquelles je vois que vous*faites des fondements certains ; vous en pouvez faire sur mon obéissance et sur ma passion à vous servir , vous protestant qu'il n'y a homme au monde qui vous honore phia véritablement que moi : c'est ,

Monsieur,

Votre très-humble serviteur*

Les lettres suivantes, de MM. de Sabran, de Gaërapin et d'Emery à M. de Bordeaux sont relatives au coup de main sur Final , auquel il faut renoncer.

A M. L'archevêque de bordeaux.

Monsieur ,

Depuia ce que je me* suis donné l'bonneur de voua écrire par la voie du frère du cavalier qui était près de vous , je vqus. ai envoyé plus au long en ckiffre tout ce qui s'est passé cette année par ici sur le sujet des pratiques pour Final , et ce que j'aurais concerté présentement avec ce capitaine Semm, duquel^ à vou» dire vrai^ je ne promets que de l'artifice; mais au mpins j'en découvrirai le net et empédieraî. qu'en ne sfattende plus à toutes les propositions de tant de gens. j et sL je piMs.j<e l'obligerai d'aller vers. M. de Bordeaux^ où il conférera aveeBei^toletto^ afin que M. de Bordeaux voie plus clair.

Les Espagnols ont jeté dans Final sept compagnies. d'AUemands et Espagnols ou Napolitains, à ce que l'on m'écrit de Savone, et à l'arrivée

de MM. les ducs de SaToie et de Créqui , ils ont fui de nuit le dimanche vers Alexandrie. Vcnis aviez connu que l'avis que vous porta mon piéton que j'attends était fort véritable , puisque les galère» ennemies, à ce qu'on m'éerit , sont parties de Monaco le 5 ou 6 pour escorter audelà de la Provence celle qui porte don Melchior Borgia. Elles ont bien peur de rencontrer les nôtres , mais je vois qu'elles tiennent toujours à quelque chose. J'ai demanda à ce porteur piéton de Marseille pourquoi il n'avait pas reçu un commandement "pour Gènes, puisqu'il m'est bien venu avertir si je voulais, et il m'a dit que ceux qui l'avaient dépêché, et m'a nommé un honune de Marseille, lui ont défendu d'avertir personne de son départ. Il y a ici un gentilhomme génois nommé Favarchier, qui est venu bien informé de Languedoc , de Provence et de l'état de notre armée navale, et a dit que nous ne manquons pas de mariniers , mais de soldatesque , et que les galères demeuraient faute d'argent. Tous les piétons qui viennent sans lettre des ministres devraient bien être empêchés de passer de Marseille à Antibes sans ]»*endre lettre d'aucun de vous autres messieurs qui commandez en mer ou terre, et principalement le prince de Monaco et ces messieurs ayant tant d'espions par-delà.

Ce cardinal Saint-Sixte que les Espagnols voulaient iaire pape est mort et est allé préparer les logis à deux cardinaux qui sont bien malades en Espagne. Le pape a dit qu'il fallait bien qu'il partit puisqu'il s'était embarqué. L'on croit que sa sainteté attend l'événement de la maladie de ces deux cardinaux avant que d'entendre à une promotion, afin de contenter les princes. Votre, etc.

Sabran.

Gène», ce ii septembre iSSy.

LETTRE DE M. D'ÉMERY

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Monsieur ,

L'on a trouvé la difficulté de ne pouvoir approcher les vaisseaux du lieu proposé n essentielle que n'ayant pu trouver d'expédients pour

la lever capables d'èmpécher que ies galères ennemies ne pussent en un temps calme jeter dans la place les secours nécessaires , que cette raison et les autres dont tous informera le sieur Guérapin , ont fiiit résoudre M. le duc de Savoie à ne plus penser à ce dessein ni d'attendre plus long-temps à employer Tannée d'Italie à d'autres effets, pour ne pas laisser consommer les troupes inutilement. J'ai tous les regrets du monde que ce rencontit^ m'ôte l'espérance que j'avais de servir avec vous le roi en ce dessein; j'espère, pour ma satisfaction^ qu'il arrivera quelque autre occasion de le faire, qui me sera toujours bien agréable si elle me donne le moyen de vous assurer que je suis ^

Monsieur ,

Votre très-humble serviteur,

d'Émery«

ATario, ce 1 6 septembre 1637.

LETTRE DE M. GUÉRAPIN.

A M. l'archevêque DE BORDEAUX.

Monseigneur ,

Toutes choses étaient disposées en Italie pour l'exécution du dessein que vous savez : M. de Savoie avait fait avancer les troupes du roi dans les lagunes à une journée de Final, sous prétexte de couvrir cette frontière et de faire tête aux ennemis qui étaient dans rAlexandrie. M. d'Ëmery avait établi des magasins de blé et de munitions de guerre à Mondovi pour la subsistance du siège. Les lettres de change pour les dépenses nécessaires étaient acceptées et l'on n'attendait que les troupes du Languedoc et Dauphiné destinées pour cette exécution de l'armée navale, avec les galères pour la favoriser et empêcher le secours par mer. Mais son altesse ayant appris que les troupes de Languedoc étaient arrêtées, que celles de Dauphiné avaient passé, que les galères ne pouvaient être en état qu'à la fin de ce mois , qu'en ce même temps les victuailles des vaisseaux finissaient, et que quelque diligence que l'on pût apporter pour la contremander, jl fallait au moins douze ou quinze jours de temps pour cela , et autant pour se rendre au lieu des^

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