A M. DE NOYERS
LUI VISANT QUfe LE CARDINAL DE SAVOIE VEUT ENTRER DANS LE PIEMONT, ET QUE M"* DE SAVOIE A BIEN REÇU LES OFFRES QU'iL LUI A FAITES DE LA PART DU ROI.
A Cannes , le 30 noTembre 1637.
Monsieur,
Le bruit continuant de Fapproche du cardinal de Savoie pour entrer dans le Piémont , joint à l'ordre qu'il est nécessaire de mettre en toutes les garnisons de ces cotes pour leur établissement à peu près de l'état que je vous en ai envoyé en attendant que nous recevions le vôtre précis , m'a obligé de me rendre ici avec messieurs de Champigny ^ de Mareuil, de Nancré, et autres officiers du pays , pour voir ce que nous aurons à faire pour régler les garnisons des lies avec un homme de la part du comte de Garces.
U y a quelque temps que je vous mandai, ce me semble, comme j'avais dépédbé un courrier à madame la duchesse de Savoie pour lui témoigner la part que tous les serviteurs du roi prennent en son accident et pour lui offrir tout ce qui dépendrait de sa majesté en ces pays ici, et de lui obéir en tout ce qu'elle m'ordonnerait; et je vous dirai par celle-ci conune madame a agréé ces civilités et témoigné en être fort obligée au roi, auquel elle en écrit. Je m'assure aussi qu'elle me iait l'honneur de me le mander. Le marquis de Bagnasque, auquel j'ai fait les mêmes offres, les a aussi reçues avec grande joie , d'autant que le cardinal de Savoie est à Alexandrie. Je ne sais si sa majesté et son éminence agréeront mon procédé en ce rencontre , et vous supplie de me le mander.
Le commandeur de Guitaud a fait voir à M^ de Champigny comme il était innocent du vol d'eau de Naples et de senteur, dont vous lui
aTà écrit, puisque c'est un nommé Pontfariant, officier des galères. Ce sont tous jeunes gens qui sont dans ce régiment , et qui font pareils désordres partout où ils sont; ceux qui sont dans Saint-Honorat ayant rompu et volé tous les magasins qui y étaient , dont on a informé il y a long-temps : ce qui nous fait résoudre d'y atoir plutôt une plus faible garnison que de les y laisser davantage, dans les plaintes qu'on nous en fait tous les jours.
Les procureurs du pays paient gaiment aux garnisons ce qui est du fonds du régiment de Y itry et de trois autres régiments ; mais comme la dépense est plus grande, et que tous n'avez point encore réglé ce que vous voulez faire des régiments qui augmentent cette dépense, comme les galères, Vaillac , Saint-André, Glermont-Vertillac et autres, j'ai bien peur qu'il y aura de grandes crieries, et qu'au lieu d'un petit ordre et établissement que nous croyons faire , nous tombions dans le désordre : c'est pourquoi je vous supplie très-humblement d'y mettre la main et de penser de bonne heure à y remédier pour empêcher le mal qui en pourrait arriver.
Nous nous en retournerons le long de la côte voir en quel état sont toutes les places et l'établissement qu'il y faut faire. On souhaiterait bien d'avoir vos ordres pour les y exécuter d'un même temps.
Je vous envoie une lettre du lieutenant de l'amirauté d'Agde , en .attendant que je vous envoie son procès -verbal, par laquelle vous verrez que le port n'y est pas moins bon que je vous l'ai mandé , et que les étrangers ont plus de connaissance de nos ports que nous-mêmes.
Il se glisse ici de grands abus parmi les troupes : d'autant que les officiers voient à présent que la paie est bien réglée , ils font passer quantité de passe-volants en leurs compagnies et apportent des lettres et des brevets du roi pour être payés aussi bien présents qu'absents. Si on ne les passe, vous êtes sans régiments et êtes chargés de leurs corps; passez-les aussi, vous n'avez que des officiers. Si bien que j'estime pour y remédier qu'il faudrait que vous envoyassiez un ordre ou un mot de lettre du roi , par lequel il défende très-expressément de payer que les effectifs, et actuellement seront ceux qui seront malades ou qui auront été blessés dans le service ; et que les compagnies qui ne seraient au-