‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 39 sur 160 · AVIS DU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

AVIS DU DUC DE SAVOIE

SUR lA PROPOSITION DE GOMBLBR LE PORT DE MORGUES ET DE FORTIFIER

MONIGO.

Sur la proposition qui a été faite de combler le port de Morgues et de fortifier M onigo ,

Son altesse croit que le premier, qui est le comblement du port, est de facile exécution et sans péril.

Quant a la fortification de Monigo, son altesse croit qu'il ne faut pas moindre nombre de gens de guerre à fortifier un poste qu'à faire un siège.

La raison est que Mourgues sera secouru comme il le peut être et par mer et par terre, et si on est faible on sera obligé de quitter une fortification commencée; en quoi il li'y aurait pas.moTtls de honte qu'à quitter un siège commencé ; et très-assurément ceux de la république de Gènes donneront passage à des forces venant du Mil%aîs pour le secours de ladite place.

Néanmoins, son altesse s'en remet à ces .messieurs qui sont sur les lieux, et donne ordre à M. le marquis de Bagnasque de contribuer de sa part tout ce qa'il pourra.

Son altesse croyait que TÉtat de Parme pouvait être secouru par l'armée navale de sa majesté en mettant pied à terre à Lerici ' pu à Sestri de Levant, mais elle n'en'e'st pas bien encore informée, et au premier jour elle en fera savoir des nouvelles à ces messieurs.

En cette exécution il se rencontrera toujours la difficulté de rompre avec la république de Gènes.

' Lerici j ville de la dépendance de Gênes , dans le golfe de la Spezzia. 11 y a bon mouillage.

liETTRE DE M. lyÉMERY. — SEPTEMBRE 1636. <M Eiii envoyant cet avis, M. d'£meryy joignit la lettre suivante:

LETTRE DE. M. D'ÉMERY

A M. L'ARCHEVÊQUE JDl|l BORDEAUX.

De Turin, le i" septembre i636.

Monsieur ,

Vous Terrez par le mémoire que je tous euToie que les sentiments 4je

son altesse ne Tont point à fortifier Monigo^ pour ce qu'il ne faut pas

moins de troupes à fortifier un poste' qu'a faire un siége^ et les ennemis

peuvent Tenir à tous du Milanais par les États de Gènes, ne croyant pas

que la république leur refuse le passa^^e ; tous nous ferez néanmoins ,

s'il TOUS plaît, saToir tos résolutions , afin de ne pas perdre de temps

daTantage, et sur ce que tous jugerez du secours de M. le duc de Parme y

qui serait bien glorieux et utile aux affaires du roi, étant trop faibles

de notre part pour le pouToir entreprendre à force ouTcrte. Un cour-

rier qui a pas^ par ici Ta quérir monseigneur le cardinal de Lyon ,

que le. roi a nommé chef de la députation pour aller à Cologne pour

la paix. Les ennemis se retirent de Picardie ; le roi y est allé avec une

paissante armée» Je vous supplie , monsieur , de nous faire , s'il vous

plaît, savoir de vos nouvelles, et de me croire,

Monsieur ,

Votre très-humble serviteur.

d'Émbrt.

Cette lettre de M. de Loynes (tout dévoué d ailleurs à M. de Vitry) donne un tableau fidèle des habitudes et des relations des officiers généraux de la flotte.

A Cannes» le 6 septembre i636.

Monseigneur le maréchal de Vitry ayant appris, par le retour du gentilhomme qu'il avait envoyé au roi , ce qui était des intentions de sa majesté et de monseigneur le cardinal duc touchant l'armée navale, il écrivit incontinent à M. le comte d'Harcourt , à M. l'archevêque de Bor-

deaux , à M. Févéque de Nantes , par le gentilhomme même qu'il avait envoyé au roi^ qui ëtait revenu de la cour avec celui de mondit seigneur le maréchal, pour lui offrir tout ce qui pourrait dépendre de lui et de sa charge, et que s'il s'approchait tant soit peu du cô^ d'Antibes et y en* voyait deux ou trois chaloupes, qu'il s^y rendrait ^a jour et hem*e qu'ils lui marqueraient , et les irait trouver dans leur bord pour conférer avec eux de ce qu'il y aurait à faire pour le service du roi. L'enseigne des gardes de M. le comte d'Harcourt vint le lendemain trouver mondit seigneur et lui rapporter là réponse de ces messieurs à ses lettres , par lesquelles ils le remerciaient de sa bonne volonté, et lui offraient de se i^ndre au lieu qu'il leur marquerait; à quoi mondit seigneur répliqua fort courtoisement, et les pria par ses lettres de lui envoyer le lendemain deux ou trois chaloupes à Ântibes, et qu'il s'y rendrait assurément sur les quatre heures après midi, et les irait trouver à leur bord. De fait , le lendemain mercredi 3 dudit mois de septembre , il partit à cheval a deux heures de ce lieu de Cannes, après y avoir donné les ordres nécessaires', accompagné du sieur de Torrenoetde Vallavèze et quelques autres gentilshommes de sa suite eu petit nombre , ayant laissé tout le reste à Cannes , et arriva à Antibes sur les trois heures après midi , et s'étant retiré au château , on aperçut à la mer trois chaloupes qui venaient , que l'on crut être celles qu'il avait deniandées pour aller trouver ces messieurs dans le port de Villefranche , où l'armée navale avait mouillé le jour précédent; et se préparant pour s'aller embarquer dès qu'elles seraient abordées à port , le capitaine des gardes de M. le comte d'Harcourt arriva , qui rendit à monseigneur une sienne lettre par laquelle il lui disait qu'étant en peine du gentilhomme qu'il lui avait envoyé le jour précédent qui n'était pas revenu , il lui renvoyait celui-ci pour apprendre le lieu qu'ils se pourraient voir; mais en effet , ce n'était que pour l'amuser et l'empêcher de s'embarquer pour le venir trouver, car peu de temps après , on vint dire à mondit seigneur que M. le comte d'Harcourt , M. le général des galères , M. de Bordeaux et M. de Nantes étaient au port, sur quoi mondit sieur le maréchal monta à cheval et y accourut , mais il les trouva déjà avancés a la place où il mit pied à terre, et les salua et tous ceux de leur suite, parmi lesquels

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