SAINTE-MARGUERITE ET SAINT-HONORAT
4 Le 19 octobre i636.
Mons. l'archevêque de Bordeaux , le sieur de Loynes^ qui arriva hier près de moi , m'a lait savoir comme ensuite du voyage que vous avez
' Spezzia on Especia, golfe situé sur la est aa N. et à l'E. de Hle du liez et de la côte d*Iulie , à TE. de Gênes dans k, golfe roche de Yade. de Gênes , an N.-O. de Livoorne. Le golfe
fait vers la côte de Gènes avec mon armée navale , tous avez reconnu qu'il ne se pouvait rien entreprendre de plus avantageux à mon service que l'attaque de mes îles de Sainte-«-Marguerite et de Saînt-Honorat , et jugeant avec vous que c'est le meilleilr dessein que mes forces qui sont de ce côté-la puissent entreprendre^ je vous dépêche ce courrier en diligence pour vous dire que j'entends que toutes cdles de mon armée navale et tous les gens de guerre qui se pourront tirer de mon pays de Provence, même ceux qui y doivent être venus de Languedoc, y soient employés , laissant néanmoins dans les places ce que mon cousin le maréchal de Vitry verra être nécessaire pourJeur défense. Et afin de lui donner tout sujet de contribuer , pour la reprise demesdites tles, tout ce qui dépendra de son gouvernement, j'entends qu'il commande de son côté l'attaque qu'il sera avisé qu'il devra entreprendre, comme mon cousin le comte d'Harcourt fera du sien celle dont il se chargera ; et quant au^ moyens de conduire et faire réussir oette entreprise , je me remets à vous et à mesdits cousins de les résoudre ensemble dans k conseil dé guerre , et m'assure que chacun se portera en une occasion si importante et si considérable pour le bien de mes affaires et la réputation de mes armes, avec tout le zèle et l'union que je saurais désirer , qui est tout ce que je vous manderai pour cette fois , vous assurant que j'ai une satisfaction particulière de toute votre conduite dans ledit voyage de mon armée navale , et que vous ne sauriez me rendre vos services en une occasion qui me soit plus à cœur , et où je les estime davantage qu'en celle qui s'offre du recouvrement de mes tles. Et sur ce , je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte et digne garde*
LOUIS
SUBLET
• A M. l'archèyèque de Bordeaux, conseiller en mon conseil d'état, clief des conseils de mon armée nttvale.
Le cardinal de Richelieu, au nom de M. de Noyers, engage pareillement M. de Sourdis à hâter l'attaque des îles.
A M. L' ARCHEVÊQUE P£ BORDEAUX
D'AmieDS, ce i3 pctobre i636.
Celles dont il vous a plu m'honorer requërant une plus ample ré — ponse, et la résolution des îles étant trop pressée pour perdre un moment , son éminence a été d'avis de vous envoyer par ce courrier les expéditions portées par le mémoire de M. de Loynes. Cette enti*eprise importe de beaucoup àJa France et à' la réputation des armes du roi ; mais comme elle se doit exécuter par une armée navale ^ vous savez quelle part y doit prendre son éminence : il faut donc, s'il vous plait , monsieur, faire l'impossible pour la faire réussir, et quC^l'on sache partout que cette flotte aura obtenu la fin de son voyage > qui était de rendre à la France ce que les ennemis lui avaient honteusc^nent ravi. Si les régiments destinés pour Parme peuvent arriver, à^temps, ils feront un aussi bon service en leur passage qu'en leur demeure. Je prie Dieu qu'il conduise le tout à sa gloire , au contentement du roi et de monseigneur le cardinal, et qu'il vous y conserve comme l'en supplie, Monsieur ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
De Noyers.
Malgré les avis de M. d'Émery, qui engageait le gommrnement français à ne pas incommoder M. le duc de Savoie , M. de «Sourdis ayant retenu deux de ses vaisseaux , le {Srince lui écrivit la lettre suivante :
LETTRE DU DUC DE SAVOIE
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
De Turin, ce i4 octobre i636.
Monsieur l'archevêque de Bordeaux , lorsque j'espérais les effets de l'intention que vous aviez donnée de la restitution des deux navires char-
gés de sel pour la fourniture de mes États et tous en remercier , on me fait savoir que tous montrez n'être plus de cette bonne Tolontë , prétendant d'avoir le paiement desdits sels, si on les voudra avoir, de quoi je suis bien ébahi ; car vous ayant fait assurer par «le marquis de Bagnasque que les sels sont pour l'usage de mes États et que le fermier de cette gabelle les a payés^ quoi qu'ait dit celui qui fait la poursuite à son n(mi , qui n'en est pas informé , je n'eusse pas cru que vous l'eussiez mis en doute ; je vous en ai encore voulu assurer par celle-ci y et que les deux vaisseaux ne se seraient point avancés dans mes mers ayant appris l'arrivée de l'armée de sa majesté, si ledit marquis de Bagnasque n'eût engagé sa parole aux patrons d'iceux qu'ils ne seraient point arrivés. Considérez y je vous prie , que cette rétention me porte dommage en mes droits et autres dépenses en conséquence , car les mulets de la conduite sont sur la litière sans travailler, et ne plus ne moins il les faut payer, outre que sur cela je serais de pire condition que tous ceux qui sont serviteurs ^ du roi comme moi , si on m'empêchait dans mes États d'y faire venir ce qui est nécessaire pour la subsistance d'iceux ; mais si on fait ceci pour nécessiter mes fermiers à prendre des sels d'Hyères , il ne faut sinon me prêter des vaisseauiC 'pour en faire charger et les conduire à Y illefranche , et mes fermiers en paieront le prix. Mais que l'on ne retienne pas davantage ceux que l'on a arrêtés , et qui sont payés ; ce que j'espère d'autant plus de votre courtoisie que vous m'avez assuré que l'armée de sa majesté est pour favoriser mes intérêts de ce côté-là, et je vous en aurai particulière obligation, comme vous dira de ma part ledit marquis de Bagnasque , avec désir de vous témoigner, en toutes occasions qui s'en présenteront, que je suis ,
Monsieur l'archevêque de Bordeaux ,
Votre très-affectionné a vous servir,
y. Amédéb.
M. de Noyers, dans la lettre suivante, annonce à M. de Sourdis que M. de Castellane est chargé de la conduite du secours de Parme.
A M. L'AaCHBVâQUE DE BORDEAUX.
D'Amiens, ce i4 octobre i636.
Monsieur ,
Le roi ayant choisi M. de Castellane pour remplir la chaîne de maréchal-de-<;amp qu'avait feu M. le comte d'Âuriac^ son ëminence'» qui l'a pris en sa particulière protection , me commande de tous en donner ayis et de tous prier de lui aider en ce que tous pourrez^
Il est destiné aTCc M. le comte Fabio Scotti pour mener le secours de Parme y de sorte que s'il peut arriTcr assez à temps pour l'attaque des iles , il tous y senrira fort utilement aTCc les régiments qui Tiennent de Languedoc , qui paieront par ce moyen leur passage ^ et de là pourront en peu de jours être portés sur les terres de Gènes, où l'on tient qu'ils peuTent passer mieux qu'en aucun lieu , sans même que la république les^en puisse empêcher.
M. de Bu^jon a promis de donner fond pour la montre * qui doit être faite en entrant dans les états de Parme. Pour la nourriture sur les Taisseaux , la FroTCnce , qu'ils Tont servir à la reprise des iles , ne leur refusera pas du pain , quand ce ne serait que pour s'en défaire et les éloigner de ses côtes. Je prie Dieu qu'il prospère le tout, et me donne un jour le moyen de tous faire connaître eOectiTCment combien je suis ,
Monsieur ,
Votre très-humble et affectionné serTitenr ,
Db Noyers.
Qp exigeait tant de conditions onéreuses , de la part de M. le duc de SaToie, que M. d'Émery, commençant de craindre la
' La lolde des Groupes.
LETTRE DE M. D^ÉMERY. — OCT. 1636. 443
années ; cfu'il estimait être du service du roi , dans ce temps-là , d'en avoir le même nombre qu'eux , et qu'il offrait , si sa majesté lui en voulait soldoyer deux , qu'il en aurait toujours quatre en dessus^ en lui fournissant les corps , qui après la guerre demeureront toujours au roi.
Quant aux vaisseaux qui portaient son sel et le sel qui était dessus , je vous en ai écrit amplement et lui aussi; je vous dirai seulement, monsieur ^ qu'il est important pour le service du roi de lui donner ces petits contentements, et puisque vous l'avez remis en lui et qu'il l'a jugé raisonnable , je vous prie , monsieur , de ne point faire de difficulté k les lui faire i^ndre. Si vous croyez, monsieur, que c'est le service du roi, comme je le crois, de rompre ce commerce qu'il a avec les Espagnols, faites-lui , je vous prie , permettre de lui faire acheter du sel à Hyères : ce sera de l'argent qui demeurera en France , et comme je sais que vous aimez le service du roi et celui de son éminence, je vous dirai librement que tous ces petits services sont nécessaires. Que si vous vouliez lui prêter quelques unes de vos flûtes pour aller quérir ce sel , si cela ne vous incommode, je pense qu'il serait fort à propos, et je sais bien qu'il sera fort approuvé à la cour.
Quant aux blés qu'il demande pour le comté de Nice et ceux d'Oneille , il m'a dit qu'il fera que tous ceux qui devront être portés pour Oneille se déchargeront à Nice, et que vous voyiez tous les moyens capables d'empêcher les abus, qu'il les fera exécuter sur ce sujet. Je vous dirai qu'il ne faut point que vous croyiez qu'il veuille donner du blé k ceux de Gênes; il est en trop mauvais ménage avec pour leur désirer du bien, et si je suis témofn que s'il eût voulu soixante mille écus d'or pour leur en laisser tirer soixante mille sacs du Piémont, qu'il les eût eus. Je TOUS prie, monsieur, de donner ordre et tenir la main aux choses ci-dessus. Nous attendons votre réponse sur le sujet du secours de M. le duc de Parme et du voyage de M. le comte Fabio. Nous n'avons point de nouvelles de France , sinon que de très-bonnes ; nous attendons la prise de Corbie , dont les dehors sont pris il y a fort longtemps , et la retraite de Galas de la Franche-Comté. Je vous baise trèshumblement les mains et suis ,
Monsieitr , votre trèsJimnble et très-ai!èctionné serviteur ,
D'Émbrt.
iU UVRE I. — CHAP. n.
M. de Manty donne les détails saivante sur sa navigation :
A M. L'ARCHEYËQUB DE BORDEAUX.
De Toalon, le 18 octobre i636
Monseigneur ,
Après avoir cherché arec soin et affection de nous acquitter de Tordre qu'il tous avait plu nous donner ^ nous fûmes, avec le vent d'est, qui nous prit au sortir de Villefranche , tirant au sud sud-est; mais voyant la grande dërive, et que les courants nous affalaient, par les conseib de nos pilotes, nous gagnâmes les côtes de Corse, où les courants vont à l'est, et de là, attendant les vents propres pour nous jeter dans les cotes de Gènes , nous rencontrâmes les vents d'est nord-est et d'est si forb» et violents et la mer si mal , qu'après avoir été quelque temps à la cape le sieur Giron y rompit son mât de bourset et celui de beauprë, qui nous obligea de relâcher pour ne le point abandonner, croyant, à vue d'œil et à tous moments, qu'il devait périr. M. le chevalier de Montigny y perdit son éperon et le devant du vaisseau si fort en tr 'ouvert et en plusieurs autres endroits qu'à peine pouvait-on fournir à pomper, conune il fait encore de présent, qui sont des marques de grandes réparations. Le reste des autres vaisseaux se trou-^ vèrent en de telles peines que les mieux accommodés et les plus forts n'étaient pas sans souffrir de grandes incommodités et sans avoir beaucoup de soins pour résister au mauvais temps , mais particulièrement celui dudit sieur Giron , qui s'ouvre partout, de telle sorte qu'à l'heure même que je vous écris toutes ses pompes n'ont aucune relâche , et non pas sans appréhension; si bien, monseigneur, que la Licorne et le Saint-Louis de Saint^Jean-de-Luz sont fort mal , et surtout le Saini- Louis, et de plus nous avons perdu nos chaloupes sans avoir perdu aucun soin d'y remédier ; mais le mauvais temps a surmonté tous nos soins. Six. des navires de l'escadre se sont déroutés , dont nous n'avons appris aucunes nouvelles, lesquels ne' pouvaient avoir que Villefranche, Saint-Tropez et les lies sous le vent, n'ayant point touché en aucun de ces