CONSIDÉRATIONS
Il sera nécessaire de savoir le temps précis que les troupes de Tarmée navale seront prêtes pour préparer celles que l'on enverra d'ici pour y joindre.
Étant arrivées en Vay^ il en faudra donner avis afin que l'on puisse faire marcher celles d'ici.
U sera nécessaire que l'on aille fort en Vay , pour y faire croire que l'on s'y achemine pour attaquer Finale^ afin de ne donner point temps aux ennemis de juger qu'on a dessein de secourir M. de Parme , car comme lesdits ennemis voudront se mettre en état de secourir Finale ,
ils diminueront d'autant de troupes les lieux par lesquels on aura à passer , et les ennemis étant incertains de ce que Ton voudra faire ; cela les obligera à ne dégarnir plusieurs ports, et facilitera d'autant plus le dessein quel'on aura pour le secours de M. le duc de Parme.
Envoyant ce secours , il sera aussi nécessaire de laisser un bon nombre de vaisseaux en Vay, pour faire croire d'autant plus aux ennemis que l'on a dessein contre Finale , et l'on détachera de ladite armée les vais* seaux que l'on jugera à propos pour embarquer le noinbre des troupes que l'on enverra à Parme afin de les débarquer es lieux que l'on a marqués par le mémoire que l'on a mandé.
Ce pendant que tout ceci se met en état^ il faut envoyer des personnes capables pour reconnaître les chemins nécessaires pour un tel dessein, y étant le seul moyen de le bien exécuter que d'avoir des personnes pratiques des lieux par où on doit passer ;
Comme aussi résoudre la personne qui devra conduire ces troupes et avoir le commandement pour exécuter ce dessein.
Pourvoir aux navires nécessaires ou aux bateaux pour l'embarquement de la cavalerie.
Et penser aussi au temps et aux forces nécessaires pour l'affaire de Monaco et pour le dessein de secourir M. le duc de Parme , afin qu'une entreprise n'empêche l'autre ; et discerner le temps qu'on doit agir en l'une et en l'autre, et penser aux personnes qui y doivent être employées.
Il est nécessaire d'envoyer ici quelqu'un On désire savoir de son altesse royale avec lequel on puisse traiter de cette en- si elle jugera à propos d'envoyer deux treprise , que l'on estime fort faisable , et mille hommes à Finale , sous la conduite son altesse royale a des moyens de la faci- d'un bon cbef pour en iaire l'entreprise , b'ter, comme elle fera entendre. et l'armée navale mettra pied à terre avec
trois mille hommes et autant de canon que l'on voudra. On n'estime cette entreprise que de cinq ou six jours , et d'autant plus facile que les ennemis étant du côté du Parmesan , il leur faudra du temps à mettre un corps puissant pour s'opposer à te dessein.
Dans cette dépèche M. de Manty continue de donner le journal de sa navigation.
a m. l'arggevêque de bordeaux.
Monseigneur ,
C'a été avec un extrême regret que nous nous sommes si long-temps détenus'^ mais je tous ai ci-devant écrit le sujet : nous ayons le capitaine Giron, leqael pourtant, s*il se <%it rencontré quelque peu de beau temps, je crois qu'il fût venu avec nous; mais n'en ayant eu guères et encore bien rude , je crois qu'il n'eût pas osé hasarder avec son navire , qui ne peut souffrir le tangage , et sa mâture qui ne vaut rien. Je l'avais assisté de tout ce qui m'avait été possible pour l'aider à sortir et crois qu'il n'a pas tenu à lui : vous pouvez , monseigneur, lui mander ce qu'il doit devenir.
Le sieur de Valeins est demeuré fort malade à Toulon ; je fis mettre une partie de son équipage dans l'hôpital , et l'infection est trouvée si grande dans son navire , que depuis ceux que j'en ai ôtés , il est encore rechu quarante ou cinquante , n'étant plus presque en état de lever les ancres.
Je m'en vais assembler tous les capitaines que le calme a un peu séparés. Je leur proposerai vos ordres et crois qu'ils se disposeront à faire tout ce que vous leur commandez. Je dirai par même moyen au sieur Boisjoly qu'il vous rende compte de son voyage, mais je crois qu'i] ne nous dira pas grandes nouvelles.
Je crois que vous avez su que les navires qui furent en Espagne furent mouillés à la Ciotat; tant il y a qu'ils n'ont rien vu, à ce qu'ils disent, et ne forent que jusqu'à l'Ile qui est devant Garthagène; mais étant assez éloignés du lieu où demeuraient les navires , mal aisément peuvent-ils avoir rien vu.
J'approcherai le plus qu'il me sera possible de Yillefranche pour voir monseigneur le comte et recevoir ses commandements, car pour moi j'ai été toujours très-content de servir , et vous ferai voir , mon-
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seigneur ; qne je le tiens à une fiiteur extraordinaire^ et que je connais par là que vous me faites l'honneur dé me tenir pour votre serviteur. Je vous assure bien que je ne trouverai jamais excuse pour refiiser aucun travail ni de hasarder ma vie pour vous témoigner que je suis ^
Monseigneur ,
Votre très-humble et trèsH>béissant serviteur ,
De Mapity.
P. S. S^I voin pl&h»it, monseigneur, nous remphcierde deiacbotis navires celui du sieur Biron et k Sûint^tan , et de Itois ou quatre barques tpe soos avons îct ^ nous Mfrioas plus de noyens de fcm quelque diose de bon , là ou cela ne «ertque d'empêchement. Pour les tartanes que vous crojez que nous ajons arec nous , nous n'avons eu que cette frégate que vous nous avez envoyée, qui nous quitta du premier jour, et depuis nous ne l'avons pas vue.
M. rarcbevêque de Bordeaux ayant écrit au roi , qu'il croyait enfin le moment opportun pour l'attaque des îles , sa majesté lui répondit la lettre suivante :
A. M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, TÉMOBClNAMT LA JOIE QU'IL A DE LA RÉSOLUTION DE L' ATTAQUE DES tLES , APRÈS* LAQUELLE IL FAUDRA SECOU- RIR PARME , ET CEPENDANT NE TEMOIGNER AUCUN RESSENTIMENT A GÊNES NI A FLORENCE.
De ChantiUj, le a aovembre i6S6.
M ons. l'archevêque de Bordeaux, j'ai reçu un très-grand plaisir d'apprendre comme l'attaque des iles de Sainte-Marguerite et Saint-Honorat a été absolument résolue , et comme il a été donné ordre, avec toute sorte de promptitude et de prévoyance, aux préparatifs nécessaires pour cette entreprise , qai est à la vérité une des plus hardies qui se puisse faire , mais aussi est-elle la plus importante et la plus glorieuse à laquelle mes armées puissent être à présent employées j et -comme je sais que vous avez eu grande part à la résolution , et que je m'assure que vous n'avancez pas moins en l'accomplissement de tout ce dessein,