‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 82 sur 160 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

LETTRE DU ROI À M. l'archevêque de bordeaux.

De Paris, le ao janvier 1637.

Mons. Tarchevéque de Bordeaux , ne Toyant pas que le secours de mon cousin le duc de Parme s'ayance autant qu'il importe et que je le désire, je renvoie le sieur de Baume en Provence pour en presser incessamment l'exécution , et faire cesser toutes les longueurs et toutes les difficultés qui s'y pourraient rencontrer ; sur quoi , comme sur tout ce ^ qu'il vous dira de mgi part, même pour les choses qui vous touchent , et particulièrement sur ce qui concerne votre accommodement avec mon cousin le maréchal de Yitry, je veux que vous lui donniez tout entière créance ; et comme il a une particulière intelligence en tout ce qui peut contribuer au succès du dessein dudit secom^, mon intention est que vous fassiez cas de ses avis ^ et le considérerez en tout ce qui s'offrira paivdelà comme une personne en qui j'ai toute confiance. En me remettant sur lui de ce que je pourrais vous écrire, je prie Dieu vous avoir, mons. l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte et digne garde.

LOUIS

Sublet.

Les dépêches suivantes de M. de Sabran à MM. de Bouthil* lier, le comte d'Harcourt et de Bordeaux, sont relatives aux affaires d'Italie , et principalement de l'État de Parme , que les troupes espagnoles pressaient vivement, ce qui faisait craindre que le duc de Parme ne pût différer plus long-temps son accommodement avec l'Espagne.

EXTRAIT D'UNE LETTBE DE M. DE SABRAN

A Ml DE Boumujn.

Da i8 janyicr 1637.

J'ai reçu enfin, par les lettres de MM. le comte d'Harcourt et de Bordeaux, l'avis des ordres que vous me mandez aussi pour le secours de M. le duc de Parme ; mais je Tois toujours par leurs lettres et celles de M. le maréchal de Vitry, qu'il y a de la crainte que ce dessein n*ëvanouisse, comme celui des îles, ou, pour le moins, que le nerf de guerre qui y est destiné ne s'afFaiblisse par les nécessités que peut produire le retaixlement. M. le duc de Créquy me mande que les deux cents chevaux qui se doivent rendre aux quatre cents de M. le duc de Rohan doivent être k présent en Provence , ce qui pourra faciliter ce passage , pour lequel le débarquement sera malaisé , et auquefnéanmoins l'on ne trouvera point d'obstacles de la part de cette république, qui n'en sera avertie qu'en le prenant; cependant, pour détourner l'opinion qu'on en a par le bruit des nouveaux préparatifs de Parmée navale , je persuade à ceux qui en recherchent la cause que l'attaque des lies ou de Monaco en est le sujet. Pendant la retraite des galères ennemies , le d«c de Ferrandina ne se pouvant engoulfer ' avec ses galères pour Barcelone , a été contraint de retourner en Yay . Tout cela n'empêchera pas que l'exécution dudit secours ne soit aussi pénible que glorieuse ; mais il y aurait plus de blâme de ne la tenter pas que de l'exposer à tout péril , en une nécessité de seconder la constance de ce pritice 'èes eflRets de ce qu'on lui a promis, qve toute l'Italie considère.

Une lettre m'a été montrée «n confiance , qu'un secrétaire d'état de FlppmiQe a écrite ici à celui qui tient avec lui correspondance , par laqueUe il lui mande que ledit, sieur duc de Parme n'est point encore accommodé , et qu'il serait fort nécessaire pour le bien de l'Italie que ledit duc et quelques autres pinces s'accommodassent avec l'Espagne. De là vous connaissez , monsieur , la vérité de ce que je vous ai écrit par ma précédente, que le grand-duc se rend le plus grand solliciteur

' Entrer dans le golfe.

de tous, pour rendre avantageuse la réputation et les affaires d'Espagne en Italie, pour y assurer les sienne», ce que peutr-être vous ne jugerez pas mal à propos de faire connaître à son résident; car je sais d'ailleurs que c'est avec crainte de rendre la France trop offensée par des pratiques si éloignées de l'apparence, qu'il feint néanmoins quelque neutralité , l'Espagnol se servant de tout ce qu'it a , et de ses soldats, non seulement en ce qui touche le Milanais, mais en Sicile, Sardaigne et Naples, et par tout eu il en peut avoir besoin.

Pandolfini , pour la quatre ou cinquième fois, est revenu à Milan et retourné à Plaisance , sans que le comte de Garpegno , non plus que nul autre (a ce que m^ écrit le résident de Venise), ait pu rien pénétrer de ses négociations, ni de lui, ni des ministres d'Espagne qui servent pai^eçà le roi avec union, secret et réussite. Ledit comte, dégoûté de cette défiance des deux parts , s'est inopinément licencié du marquis de Leganes et de don Francisco de Melos et retiré à Bologne , après avoir été sollicité par les Espagnols de faire quelque proposition , et qu'elle serait bien reçue , et répondu qu'il ne pouvait traiter sans savoir en quel état étaient les choses et sans nouvel ordre de sa sainteté.

Monsieur l'archevêque de Bordeaux me manda qu'il m'enverrait l'abolition imprimée en faveur des pilotes , patrons et capitaines qui sont au service étranger : je l'attends , monsieur, de vous ou de lui , pour incontinent envoyer quelqu'un exprès à Livoume , Porto-Longone et Naples , qui sans éclat en fasse voir le contenu aux intéressés, afin que pendant que les vaisseaux ne sont point préparés , ni les galères , on les puisse soustraire de l'ennemi, qui en a un extrême besoin; vous assurant que presque tous les chefs des galères du grand-duc , 'qui s'étaient sauvés des débris , sont morts après leur retraite. Si chacun travaille mieux par-deçà , avec plus de cœur et de sincérité que l'on n'a fait l'année passée , le service du roi y est encore pour réussir fort bien , et si le duc de Parme est secouru ( auquel je donne avis par duplicata de l'état présent de son secours). Je n'oi^dierai rien de ce qui peut être espéré par tous de mes soins , affection et fidélité ; sur quoi je finis avec l'espoir de sentir bientôt l'effet de votre protection et moyens de subsister ici , et demeure éternellement , etc.

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