‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 83 sur 160 · A M. LE COMTB D'HÀRGOURT, GÉNÉRAL DB L' ARMÉE NAVALS · texte numérisé non relu

A M. LE COMTB D'HÀRGOURT, GÉNÉRAL DB L' ARMÉE NAVALS

Monseigneur .

J'ai reçu^ îl y a cinq jours ^ Thonneur de la vôtre du 7, qui m'a soulagé de l'anxiëté et relevé de l'incertitude des bruits divei^ que mon ignorance de ce qui s'était passé en Provence et de l'état de votre artnée avait autorisées; mais je suis marri qu'ils ne se soient trouvés trop véritables des désunions^ des excès et des désordres ensuivis, dont le service et réputation du roi et de ses armes souffrent beaucoup, qiii devaient servir de frein à la passion des animosités particulières, et en arrêter le cours pendant la nécessité d'exécuter promptement l'entre*prise des iles , puisque de propos délibéré , et au préjudice des autres , que le temps fera toujours connaître avoir été plus nécessaires, on s'y . était attaché. J'ai plaint, après le dommage qu'en reçoit l'État, l'at*teinte qu'en a reçue votre générosité, après n'avoir pu, selon son désir, {^'employer aux autres exécutions que l'importance de sauver les États de M. le duc de Parme vous avait persuadées, pour le seid objet de> celle des iles , à laquelle la surprise, au retour de tout autre dessein , facilitait la réussite, qui en toute façon n'étaient de cette nécessité ni de cette conséquence. Et votre déférence et concours de tous vos désirs à pouvoir produire quelque effet pour faciliter cette entreprise, a paru par votre modération d'attendre que vous en ayez perdii tout-àfait l'espoir par le malheur d'autrui , à faire reconnaître la part que vous preniez au juste ressentiment de ce qui s'est passé, par le désir d'en rechercher de la satisfaction à votre courage, puisque le service du roi n'en pouvait recevoir. Il est à craindre , monseigneur , que si l'ai-^ greur qui en reste dans les esprits de tous ne s'adoucit, l'on ne puisse concourir avec une égale affection au dessein de faire réussir plus utilement cet appareil, dont Tinutilité n'a rien rabattu de ce qu'il en coûte au roi et à ses provinces, et que nos ennemis ne s'en prévalent; ce qui me fait prendre la hardiesse ( sous l'espoir qu'elle ne vous sera pas désagi^éable ) de dire qu'il est de toute nécessité d'étouffer tous les ressentiments particuliers, ou en différer les ressentiments, en sorte

que le service du roi puisse être Êiit et sa réputation garantie par le délivrement de M. le duc de Parme ^ et que les fautes passées , les manquements de subsistance des vaisseaux et des galères ( dont toutefois il s'en est consommé sans efiet assez depuis six mois pour en employer un bon en exécution)^ servent au moins pour n'en souffrir plus la dépense inutilement et réunir les coeurs et les forces pour de meilleurs effets; que vous devez cepetidant vous consoler et satisfaire en ce que la vérité et la voix publique vous exemptent de tout le blâme qui en peut revenir sur autrui , et qu'il a été à propos qu'un taers parmi l'excès , qui se trouve grande soit trouvé de votre qualité et générosité. J'ai reçu des lettres de M. le duc de Parme du 1 3. Je le vois si peu ému , quoique si menacé et si pressé ^ qu'il semble que la seule confiance au secours qu'il attend le rassure^

À M. L'ARCHEVÊQUE Dfi BORDEAUX. ,

Monsieur^

Il y a un mois que je ne suis point honoré de vos lettres et plus aussi ; mais, pourvu que les miennes soient arrivées à vous en sûreté^ il me suffit y et je vous supplie^ quand vous m'écrirez, me marquer celles que vous aurez reçues, pour me sortir de peine. Je vous ai écrit quatre fois ce mois-ci. Depuis ce lieutenant déguisé qui a porté Ynes dernières lettres, le sieur de Santa-Gecîlia a passé ici de la part de son altesse de Parme, avant-hier, dépéché à M. le comte Scotti ; mais- il ne me vit point, et je crois que à cette heure j'ai perdu mon crédit en promettant le secours. M. Scottî m'écrit sur ce que Sabran lui avait mandé des difficultés que le retardement avait produites de la saison et des ennemis , qu'il semble que Sabran* veuille encore profiter du délai, que M. de Parme n'en peut plus souffrir aucun, qu'il sait qu'il y a dans Plaisance et Parme du blé à sufiisahce pour ceux qui y sont et pour le secours, et sait où en avoir encore ailleurs. Sabran lui mande que ce qu'il a écrit pour une puissante diversion et pour soutenir I. 33

l'espérance de ce que Ton pourrait juger impossible à cette heure, ccHDine Sabran n'a aucun a^is du duc de Parme il y a plus d'un mois, que c'est k lui à faire Taloir ceux qu'il a et poursuÎTre l'effet de secours selon la nécessité du duc .de Parme et les moyens qu'il doit savoir mieux que nul antre de le porter, et le fiiire subsister^ y ayant bien de l'apparence que de la façon que ceux d'Espagne pressent ce qui reste de l'État de Parme , il ne puisse se donner loisir d'attendre une autre saison. Riyalta a été prise ayec beaucoup moins de résistance qu'on ne croyait, et les 174 Français qui étaient dedans n'ont pu obtenir d'être conduits dans Plaisance,* qu'ils menacent de presser fort; et s'ils ont pris certaine lie auprès des moulins, je crois bien que la nécessité de farine y serait bientôt; mais j.'e»time difficile qu'ils puissent ruiner ces moulins sans s'exposer à la couleyrine du château sous la protection duquel sont lesdits moulins ; si bien que comme ledit Scotti doit être mieux informé, c'est à lui ^ se faire entendre. Sabran lui fait considérer que s'il n'y va avec le secours de la cavalerie, il sera maltraité dans la plaine ; mais il est vrai que toutes incommodités seront toujours plus grandes par le délai, et je crois que M. de Parme n'attend que l'heure d'être secouru pour se résoudre et renvoyer la nécessité de son accommodement sur l'impuissance ou faute de le vouloir secourir, étant hors de toute croyance que quand M* de Parme aurait le, désir de tenir poriser pour attendre le temps d'une diversion , l'impatience et aversion de ceux de Plaisance est trop grande ; et n'est pas croyable que Plaisance et Parme , depuis le temps qu'elles souffrent , puissent demeurer sans nécessité ni encore cinq ou six mois : ce que ledit Scotti doit le mieux savoir.

Les galères de Naples et Sicile se sont arrêtées quelques jours ici pom* avoir le vent favorable , sans lequel leur . chiourme ne les peut porter en leurs secours ordinaires. Le duc de Ferrandina avec dix galères d'Espagne assez misérables est a Savone et Vay , et l'on tient assuré que ne pouvant aller en Espagne qu'avec peine , il réduit les chiourmes de douze galères de Doria k six renforcées ^ pour l'y accompagner ; et les desseins sont si secrets que l'on n'en peut rien pénétrep, mais enfin ils ne se trouveront en cette mer aucun appui puissant de long-temps.

Le fils du comte d'Ognate ^ ambassadeur d'Espagne vers l'emperem* , est ici depuis dix jours, et dit qu'il attend l'élection durci des Romains pour la porter en Espagne ; mais si le duc de Saxe a rappdé , comme l'on dit y ses députés , je doute que son séjour ici ou son yoyage sera long.

Don Francesco de Mdlos n'est pas encore parti pour aller à Cologne : à Naples, on ne parle point d'armement.

Il y a long-temps que je ne me trouye point honoré de tos commandements y la dernière ayant été du 24 du mois passé ; ce que je dis afin que vous voyiez si quelque lettre ne se serait pas égarée. Je vous continue à souhaiter cette nouvelle année prospère , et à moi l'honneur de vos bonnes grâces comme étant sans réserve ,

Monsieur ,

Votre très-humble et obéissant serviteur ,

Sabran.

L'on dit ici , monmeur, force nouvelles différentes de notre armée et de ses desseins , que les galères et tartanes s'en sont allées à Toulon et partie des vaisseaux ; on a voulu aussi que vous , l'Honneur et M. le maréchal lussiez allés à la cour. A tous bruits je n'ai su que répondre , faute d'avis. On vient de dire que quatorze de vos galères étaient en Arassi.

M. le duc de Savoie donne le premier avis des bruits répandus sur raccommodement conventionnel de M. le duc de Parme avec TEspagne.

LETTRE DU DUC DE SAVOIE

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