LET. DE M. L'ARCH. DE BORD. — FÉV
aussi de ne pas laisser dépérir les gens de guerre qui étaient embarqués , d'autant que si on les eût laissés à bord attendant les commandements de votre éminence^ ils eussent consommé les vivres, en sorte qu'on n'eût plus été en état de rien faire quand ils fussent arrivés ; que si on les eût mis à terre, on a appréhendé qu'ils se dissipassent: de sorte que, entre ces deux extrémités, on a résolu de passer en Saixlaigne, tant pour faire vivre les troupes, voir si l'on s'y pourrait établir, que pour donner à penser aux troupes qui sortiront du Parmesan ( lesquelles on espère qui demeureront en suspens attendant les ordres d'Espagne ) s'ils devront secourir leur Sardaîgne ou s'occuper à quelque autre dessein. Quoi qu'il en soit , on sersi en état de se rembarquer toutes fois et quantes on en recevra le commandement, pour aller où voti^ éminence oixlonnera. Ma santé et la permission que vous m'aviez donnée de demeurer à terre, joint à ce que j'avais appris que «vous désiriez que je vous servisse ailleurs, me faisaient désirer de demeurer en ce lieu pour y attendre l'honneur de vos commandements; mais, comme je sus que personne ne voulait marcher sans moi, je me suis embarqué, laissant ici tout mon équipage pour m'y rendre au premier commandement qui me viendra de votre éminence, et cependant je laisse M. Lequeux en ce lieu pour faire radouber le vaisseau du roi et le galion de Guise , et quelques autres qui y restent, qui seront prêts au premier commandement d'aller où vous l'ordonnerez. Les vaisseaux d'Espagne sont toujours au gofTe de Roses en état d'éti^ incommodés quand votre éminence le jugera à propos ; la maladie y est grande, et ceux de terre ne veulent pas souffrir qu'ils aient aucun commerce avec eux.
Durant qu'on radoubait nos vaisseaux , j'ai envoyé une barque à la Guerre, qui a pris un courrier dont j'envoie les paquets. J'espère que je trouverai où je vais moins de contradictions qu'en ce pays pour y servir le roi , ne pensant pas qu'en Barbarie j'y en puisse ti'ouver d'égales.
Je rends compte à M. de Noyers des artifices dont on a usé pour empêcher que le pays ne fournit des vivres , et les ports de mer des barques pour porter les gens de guerre.
282 UVRE n. — CHAP. IIL
M. Lequeux avertit M. de Bordeaux que MM. de Castelan et de Guërapin ont écrit à la cour , pour blâmer le voyage de la flotte française aux côtes de Sardaigne.
LETTRE DE M. LEQUEUX
A M. L'ARGHEVfiQUE DE BORDEAUX, ETC., ETC., A LA RADE.
De Toulon , le 14 iéwiitr lÔS'j»
Monseigneur ,
Je viens d'apprendre que MM. de Castelan et Guënapin ont écrit à la cour, pai^ M. Duplëssis, qui est parti tout présentement, que le voyage que va faire l'armée navale ne se faisait que par votre mouvement; qu'ils avaient protesté que ce n'était point leur sentiment , et choses semblables. Je croyais, par le même courrier, écrire à monseigneur de Noyers le*détail de la résolution de ce voyage et ce qui s'y passa avant-hier chez ^^^, où on m'a dit que vous étiez en résolution de contre-mandér votre dépêche, mais j'ai tjrouvé le sieur Duplessis à cheval, qui ne m'a donné loisir d^écrire. Je vous ai cependant voulu donner cet avis , afin que vous sachiez de quels mets on vous sert , et que vous m'ordonniez, sur ce sujet et sur tout autre occurrence, ce qu'il vous plaira, assuré d'être obéi et servi avec un zèle sans exemple par Votre très-humble et très-obéissant et obligé serviteur,
Leqpeux.
M. le cardinal de Richelieu engage M. de Bordeaux à s'occuper de l'attaque des îles , puisque les troupes destinées au secours de Parme sont devenues inutiles.
LETTRE DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
A M. l'archevêque DE BORDEAUX, TOUCHANT L'ATTAQUE DES tLES.
De Parii, ie i5 ftfrrier i63>7.
Monsieur ,
Les letti^es que vous recevrez du roi touchant ce qu'il estime qu'on peut faire en suite de l'accord que M. le duc de Parme a fait avec les
LETTRE DU GARD. DE RICH. — FÉVRffiR 1637. 283
Espagnols tous feront oonnaitre si partâculièrement ses sentiments sur ce sujets que j'estimerais superflu d'y ajouter aucune chose. Je me contenterai seulement de vous dire que , si tous pouTCE maintenant faire Tattaque des lies selon qu'il tous a été proposé , tous ferez l'action la plus glorieuse du monde ^ et rendrez un serTioe si signalé à sa majesté qu'il sera capable de lui faire oublier tout le passé. En mon particulier, je tous conjure de contribuer k cette fin tout ce qui tous sera possible , tous assurant que je lui ferai Taloir la fiiçon aTCC laquelle TOUS TOUS comporterez en cette occasion , ainsi que tous le sauriez désirer de celui qui est ,
Monsieur , TOtre affectionné comme frère à tous rendre serrice ,
Le Cardinal db Righeliîbu.
P. S. Maintenaot que les troupes de Parme sont embarquées, M. le comte dUarcourt et roua , avez la plus belle occasion du monde d'acquérir de l'honneur, vu que TOUS êtes maîtres absolus des gens de guerre qui sont en Toire embarquement , sans que Toue puisHea dire qne personne tous trouble en vos desseins. Souvenez^-vous que si après qu'on voua aura présenté l'estenf ' plmienra fiiis, vous ne jouiez point du tout , vous serez tenu incapable de tout emploi de conséquence. Je vous ai écrit avec tant de chaleur plusieurs fois pour vous porter k faire quelque chose que je fais conscience de vous en dire davantage*
M. de Bordeaux instruit M. le cardinal de Richelieu des légers différends qui ont eu lieu entre lui et M. d'Harcourt, et lui apprend que ce dernier avait d'ailleurs été si outré de la conduite de M. de Vitry, qu'il avait voulil appeler le maréchal en duel lorsqu'il avait ose lever sa canne sur le prélat.
LETTRE DE M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
A MK' LE CARDINAL DE RIGHSUBU.
Des Iles à'Byèrm , le i5 février i63^.
Jamais il n'y a eu autre colère ni autre division entre monsieur d'Har^ court et moi que celle d'être quelquefois de difiërents avis , dont les
' La bafle, terme de jeu de paume. Ce P. 5. est de la main dit cardinal.
aigreurs n'ont jamais été autres que se faire plus de révérences qu a l'ordinaire; et de falt^ nous n'ayons jamais eu deux logis ni deux tables , quoique depuis le premier- jour de janvier je lui aie toujours fait donner par avance les trois mille francs qu'il a plu à votre éminence lui ordonner pour sa table.
Il est bien vrai qu'ayant amené l'armée dans le port de Toulon , contre la résolution que nous avions prise par écrite et qui pouvait produire un fort mauvais effet, j'en témoignai mécontentement^ comme aussi de l'appel qu'il avait fait faire à monsieur de Yitry contre la parole qu'il m'avait donnée , n'estimant que je dusse espérer de lui la réparation de l'outrage qui m'avait été fait , et ne voulant pas qu'on imputât à cette cause le manquement du service; comme aussi de son côté il a eu quelque mécontentement de moi , de quoi je n'ai pas voulu consentir qu'il disposât des vaisseaux, donnant congé aux capitaines que votre éminence avait établis, sans m'en parler, pour y en mettre d'autres, comme Saint- Amand, son frère et quelques auti^es; mais jamais ces mécontentements n'ont scM*ti de notre chambre; et, hors ceux qui étaient ici de la part du roi , lesquels nous prenions pour arbitres de nos différends , personne n'en a eu connaissance si ce n'est par eux.
Je me persuade que quand vous me ferez l'honneur de m'entendre , que vous agréerez ma procédure en tout , et que vous me plaindrez plutôt que me blâmer; mais je remets à quand j'aurai l'honneur d'être auprès de vous à faire entendre à votre éminence que pom^ ne lui vouloir pas déplaire, j'ai eu plus de mal et de souffrance qu'on ne se le peut imaginer, étant, a l'heure que je vous parle, encore en cet état; monsieur de Gastelan ayant voulu le voyage de Sardaigne avec des violences inimaginables , et maintenant qu'on est parti et qu'on en a donné avis au roi et à vous , parce que monsieur dé Savoie lui mande qu'il le désire auprès de lui, il veut qu'on rompe le voyage. Pour moi, je n'ai autre volonté que de voas servir, et tâcher par mes services et obéissances à vous témoigner que je suis, etc., etc.
J'oubliais à dire à son éminence que dès lé jour que Saint-Etienne et autres oiBciei's du régiment des Iles partirent , je ne manquai pas