‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de SourdisChapitre 95 sur 160 · LET. DE M. L'ARCH. DE BORD. —FÉVRIER · texte numérisé non relu

LET. DE M. L'ARCH. DE BORD. —FÉVRIER

d'en envoyer le mAnoire à mon frère , afin qu'il vous en informât bien au long et qu'il sût de son éminence quel ordre elle désiore y apporter.

Ces deux lettres du roi à M. de Bordeaux sont relatives aux projets de la campagne qui allait s'ouvrir et au départ de M. Fabio Scotti.

A M. L'4RCH£VÊQUB DE BORDEAUX.

De Paria, le i5 février 1637.

Monsieur l'archevêque de Bordeaux , encore que je n'aie jamais rien souhaite avec plus de passion que de secourir à temps mon cousin le duc de Parme , comme vous l'avez assez vu par les commandements i^itërës que je vous ai faits sur ce sujet et à tous ceux qui y devaient agir avec vous ^ néanmoins^ ayant eu avis que mondit cousin , pressé par les nécessites de ses places, a fait un accommodement avec les Espagnols, •par lequel ils lui doivent rendre ce qu'ils ont occupé dans son État, moyennant cela , il s'oblige à la neutralité , j'ai jugé que je n'avais pas sujet d'être mal satisfait de ce traité , puisque mondit cousin en particulier y trouve aon compte , et que cependant les préparatifs qui ont été faits pour son secours ne pouvantdésormais y servir, il fallait penser a les employer utilement et à profiter de l'occasion d'entreprendre le recouvrement des lies, qui semble se rendre favorable parla diminution que j'apprends que le duc de Fernandine y a faite des garnisons, s'en retournanten Espagne, parles incommoditésextrémesqu'ellessoulTrent, par- la confiance dans laquelle il y a apparence qu'elles sont» qu'on ne les attaquera pas après que l'entreprise qu'on y avait faite a manqué et le bruit qui a couru que l'embarquement qui était fait était pour Parme, et par l'éloignement du secours qu'elles pouvaient attendre. C'est pourquoi je vous dépêche ce courrier en diligence pour vous témoi- , gner comme la réputation de mes armes et le bien de mon service me font désirer que vous avisiez, avec mon cousin le comte d'Haroourt , ce qui se pourra entreprendre sur les iles , où je vois d'autant plus d'es*.

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përanoes de succès que les ennemis , croyant les desseins précédents romfRis, ne penseront présentement qu'à s'opposw à la descente de mes troi]^>es dans la côte d'Italie. Je sais bien que si l'on s'arrête à ne vouloir paé tenter cette entreprise sans avoir toutes les commodités que l'on y peut souliaiter^ elle ne sera pas trouvée sans difficultés ; mais il semble que la surprise, exécutée avec diligence, union et conduite, peut en suppléer les manquements; et bien que je ne vous veuille rien prescrire déterminément pour cette attaque , toutefois, je vous dirai que , si elle est possible , je désire extrêmement que vous la fassiez avec mondit cousin, comme chose tres^ivantageuse à mon service, vous y employant en ce qui dépendra de vous; vu même que le plus mauvais événement que l'on en poisse oraitidre est de ne point prendre ce que l'on attaquera, sans qu'il en arrive beaucoup de perte« J'ajouterai à cela que si vous exécutez cette entreprise , mon intention est que le àieur de Castelan y fiisse la charge de maréchal-d«Hîamp , et que le sieur de Baume y ait tel emploi honorable où 4'on jugera qu'il pourra mieux servir. Au surplus, je serai bien aise qu'a^mB cette occasion vous me reveniez trouver et rameniez avec vous les vaisseaux queje vous ai ordonné, par l'ordre de mes précédentes, ramener en ces mers de' deçà , après que le secours de Parme serait fait. C'est œ que je vous dirai par cette lettre, me promettant bien qu'a« sujet dont je vous écris vov me donnerez tous .les effets que je puis attendre de votre affection à mon service» Et sur ce, je prie Dieu vous avoir, mon<sieur l'archevêque de Bordeaux , en sa sainte garde.

LOUIS

SUBLBT.

A M. L'ARCHBVâQUB DB BORDEAUX.

De Vcmillcs» k T9 Mviier led^.

Monsé l'archevêque de Bordeaux , vous aurez déjà reçu une dépêche demoi sur les premiers avis du traité de neutralité qu'a fait mon cousin le duc de Parme avec les Espagnols. Maintenant que cette notivelle m'a

LETTRE DU ftOI, — TÉVRIER 1637. 287

été sufiLsammeut confirmée et même par ce qu'en a écrit le siéur comte Fabîo Scotti^ et qu'il .ajoute à cela que sur cette occasion l'on a touIu l'empêcher de sortir de ma tIUc de Toulon , je vous fais cette lettre pour vous dire que ledit sieur «comte Scotti demeure en pleine et entière liberté d'aller et venir où il voudra , et particuljièrement d'aller trouver son maître quand et ainsi qu'il estimera le devoir faire; voulant même que vous l'assistiez pour cet effet en tout ce qui pourra dépendre de vous, n'ayant pas de pi^ontentement du procédé de mondit cousin en cet acconunodement , auquel il montre ne s'être porté que par la nécessité de ses places , et sans aucune mauvaise volonté contre mçn service. Et quant à mes sentiments sur l'emploi de mon armée navale , n'ayant rien à vous dire de plus que ce que vous aurez vu par ma précédente , je ne vous ferai celle-ci plus longnç que pour prier Dieu vous ^voir, monsieur l'archevêque de Bordeavx , en sa sainte gard^. LOUIS.

SUBLBT.

Cette dépêche de M. de Sabi^an est relative à la situation particulière de différents États de l'Italie depuis Taccpramodemeiit de M. le duc de Parme.

A M. L'ARGHBVÊQUB DE BORDEAUX.

De Gènes, le 19 f^?rier 1637.

Monsieur ,

J'ai reçu le 16 la faveur des vôtres du 8 de ce moi», l'une desquelles, pour m'en servir au besoin, sur le sujet du secours, n'était point datée, et ensemble les copies de l'abolition; et je suis sur le point, après en avoir envoyé deux à Livoume, de trouver moyen d'y envoyer exprès un bomme assuré, et qui sache jouer son jeu , et à Naples, qui sans éclat fasse pénétrer de l'un à l'autre aux capitaines, patrons et mariniers , et reconnaisse laurs dispositions. Je vous écris ce que La ramée m'a mandé et la réponse que je lui ai faite pour empêcher qu^l ne s'en aille à Malte faute de moyens de servir et subsister par delà ,

parce que ce ne sera pas un bon expédient pour retirer les autres, que -de yoir le repentir et le retour d'un, qui semblait être intelligent, capable, delà langue et du pays, et de service. Je crois que si M. le marécbal de Vitry ne l'eût arrêté comme il a fait , il aurait plus eu de quoi être satisfait. Pepuis, j'ai reçu deux lettres de ^^*, qui se plaint bien fort qu'il n'ait pas eu un sou, et dépense son argent an cabaret sans espoir de servir, ni de satisfaction , ni pouvoir revenir ; après ce, dit^il, avait témoigné d'être ut^e et passionné. de servir; et se {^int de moi de ne l'avoir envoyé à la cour tout droit, et dit qu'il n'attend qu'une réponse de moi pour s'en revenir. Dans son paquet il y avait des lettres pour Livourne que j'ai ouvertes, et dedans j'ai vu qu'il écrivait que, s'en allant k Paris pour avoir cei*tain pardon ou grâce, il avait été arrêté et pris de messieurs de l'armée navale, et que , comme Français , il ne peut moins qu'y servir si on le lui commande ; témoigne que ladite armée se Ta mettre en état tel qu'on aura sujet de la redouter, que la soldatesque, canons et marinerie est tel qu'il n'a jamais rien vu de semblable ]^ et leJx>ut plein de bonne volonté et pouvoir de bien faire , et que les voyant bien forts il leur en dira davantage. J'ai cru de là qu'il n'a point de mauvais dessein, mais de se rendre utile pour retourner en France, et j'estime qu'il est de bonne condition , mais que quelque mauvaise afiaire l'a porté dehors. Je crois , monsieur , qu'il sera à propos , ne l'employant point , de le traiter au moins avec satisfaction , et il me semble qu'on pomTait lui en donner une médiocre, et lui en faire espérer une grande et emploi, à condition de bien exécuter ce que vous lui ferez entendre , par delà, pour exécuter deçà : Reconnaître l'état et dessein de l'armement naval du grand-<luc et de Naples, et doucement retirer de tous les services, tant des galères-vaisseaux, les Français ; car s'il le veut, il le pouiTa mieux que nul autre, étant reconnu avoir toujours servi Paris; et étant à Livourne , il- pourrait trouver mille prétextes et avoir passeport pour aller à Porto-Longone et Parme pendant que les capitaines , patrons et mariniers sont plus en terre que sur les galères-vaisseaux. Faisant cela fidèlement, il méritera contentement , et ne le faisant pas, il n'aura pas sujet de se plaindre de la médiocre satisfaction cpi'il aura

eue , la récompense ayant été réservée après quelques effets de service ; lui témoignant grande confiance sur le bien que je vous ai dit de lui. Et ainsi il faudrait lui payer seulement ce qu'il a pu dépeilser en son voyage et secours et lui donner quelque chose pour entreprendre ce dessein , mais peu , réservant le tout à la réussite. Et encore pourrait-il reconnaître tous les lieux qu'il verra; mais je ne voudrais pas lui confier que parmi plusieurs autres ceux sur qui vous aurtez dessein. En tout cas, onliasarde peu, et difficilement peut-on feîre pénétrer l'abolition H tous et sam connaissance l'un des autres, sans exposer oelui qui l'entreprendra, cjui ne sera pas a couvert comme celui-ci , qu'il semble que vous ne pouvez plus reteliir ni licencier sans quelque contentement ; et je ciH)is qu'il sera bien aise de retourner à Livourne en tirer ce qu'il y a pour se retirer en France. Je sais que M. de Bordeaux fait plus qu'il ne peut pour la subsistance de tout ce qui touche l'armée, et qu'il lui est malaisé de remédier à toul et contenter tous; mais si ceux que S^bran envoie avec peine revenaient mal satisfaits, ils gâteront plus en un jour que Sabran n'avancera en cent. A cette heure, je crois que vous aurez reçu les deux miennes : l'une du 6 , l'autre du 8 , s'il me semble ; l'une par une barque , l'autre par une felouque, sur. l'inopiné accommodement du duc de Parme pendant qu'il faisait solliciter de toute part le secours , et que selon les bons ordres du roi et au-delk de ce que le comte Scotti avait demandé pour lui, comme je lui ai mandé, il était en si bon état embarqué prêt à faire voile. Depuis ,* l'on dît ici que le comte Scotti étant embarcjué avec toutes choses nécessaires et ses hardes méme^ reçut l'avis de l'accommodement et aussitôt débarqua sa vaisselle, qui est Tenue, et s'en venait aussi, si on ne l'eût arrêté jusques à l'ordre du roi, à qui j'ai envoyé la lettre de son altesse et ma réponse. J'ai fait voir ici que je croyais bien que, après un si puissant armement à qui il n'y avait rien à désirer que de combattre , et à qui rien ne pouvait être malaisé , non tant pour le nombre qui était suffisant, comme pour le choix des troupes, il y avait peu d'apparence que le comte Scotti dût revenir sans rendre compte au roi de ce changement, et que peut-être personne n'avouerait que son altesse eût du consentir à chose si éloignée de ce que il pro** I. 37

mettait^ sans en ayoîr k conaentement du roi. Je voua assure , comme je vous l'ai écrite que tous ceux qui ont passé de* sa part en ProTence etdelà ici^ Tont fait sans me Totr^ et qu'un nommé Castellinay maître d'hÀtel de son altesse, est ici envoyé du comte Scotti depuis six semaines sans me voir; il l'a voulu faire depuis quatre jours : je lui ai (ait dire que s'il n'a des lettres de son altesse ou a me dire quelque chose de sa part , je ne le voulais point voir^ en ayant en assea de loisir. Et si dès lors son altesse et le comte Scotti n'étaient point encore disposés à un accommodement > je ne sais conmient exfdiquer cette procédure, après que, depuis deux ans, personne n'est venu; de quelle qualité qu'il soit, à Gènes, de sa part, que je ne les* aie traités el logés jusques aux coursiers et piétons , pour rendre leur affaire et passages plus secrets.

Les Espagnols publient fort peu les conditions , soit qu'elles soient trop avantageuses, soit qu'ils aient dessein , comme ils qnt accoutumé, à les interpréter, ou ne tenir pas : ce que la teneur de ratifioation d'Espagne nous apprendra.

Mais cependant les Français sont hors de son État , et la garnison , quoique italienne ou florentine , payée des deniers de l'Espagne. Les loups mangèrent les brebis quand ils eurent convenu avec elles de. les chasser. Je suis averti de bonne part que on lui rend tout, et aussi les biens de Naples; et les arrérages , qu'on lui permet de les rendre au grand-duc , et que les Espagnols effacent l'oUigation qu'ils prétendaient du duc de Parme, de ne mettre point de gouverneur au château de Plaisance sans l'agrément de celui de Milan; que l'Espagnol paie 8,000 écus le mois pour deux ans-, ou tant que la guerre durera , pour l'entretenement de 2,000 hommes en ses places, à condition que nul chef ni soldat soit suspect à l'Espagne , qui a déclaré que nul soldat italien ni chef florentin sera suspect; et que son altesse n'a jamais voulu consentir à aucun parti ni emploi contre la France, nuûs que, par l'article secret, il a promis de donner tous passages à l'E^gne pour la défense de ses terres en Italie et le refuser à ceux qui les voudront assaillir. J'y puis être trompé, mais voilà ce que j'en sais d'un lieu qui le doit savoir ; et l'Espagnol le pressait , tant pom* la crainte du secours

que pour rendre le roi mal satisfiut de son altesse d'un consentement si prompt, si hors de temps, et qui fait tort à sa générosité, puisqu'il avait des armes si redoutables en main. Je tous assure que toute la nécessité consistait en un peu de cherté au bois et au yin , et néanmoins le meilleur ne coûtait cpie neuf sous de France le pot. Voyez s'il y a de la nécessité de se presser ainsi ; et l'on dit ici que son altesse * montra une lettre de M. Scotti à M. de Saint-Paul par laquelle il mandait que, en six régiments, il n'y ayait pas 1,500 hommes, mais elle devait éti^ Inen sèche ou bien fausse. S'il est encore là, vous pourrez savoir de lui mieux le détail, car je ne lui écris plus, et lui fais en* tendre , si vous l'avez agréable, ce que je vous écris , vous assurant que si son altesse y a de l'utilité, qui sera bien douteuse , il y a peu de gloire , laquelle on donne tout entière à sa majesté d'une sincère protection. Sur ce , le papier me feit finir et vous accuser d'être sans fin ,

Monsieur ,

Votre très-humble et obéissant serviteur,

Sàbràn.

P. S, J'ai donné mes dépêches à Francesco Fmnura , qui m^est venu defoander un passeport pour aller sûrement en Provence porter, dit-il , des dépêches à M. le comte Scotti. Je k hu ai donné à condition de le iaii« mer à Antihes, Toulon et Cannes.: il va trouver, s'il peut , le comte Scotti, auquel M. de Sabran n'écrit plus, car le commerce doit, il me semble, être rompu. On m'écrit de Milan que ceux d'Es* pagne ne veulent point publier les conditions que la ratification ne soit venue. Souvenez-vous que le duc de Parme sera trompé , et qu'il aura besoin du roi.

Je vous ai donné avis , par mes deux précédentes , que l'on attendait ici , à la fin de ce mois infailliblement , six ou sept cents caisses de réaux sur les six galères de Doria qui sont allées en Espagne ; et je vous assure que, en quelque état que soit l'armée navale , on ne s'en efiraiera que par des effets , et si les vaisseaux ont à «acéooter, l'absence des galères y aidera.

J'attendrai vos commodités et vos ordres pour le sépulcre que vous désirez et étoifes , et vous servirai partout de tout mon cœur et puissance. On ne m'a pas mandé de la cour que de l'armée navale on leur ait écrit que son altesse de Parme ne pouvait être secourue que par diversion ; mais on m*a écrit que je ne le devais pas écrire. Vous savez ce que )'ai écrit.

Je n'écris que deux lignes k M. le comte d'Harcourt , que l'on me dit ici être parti

pour la cour; si cela n'est pas , je tous supplie, comme je le lui écris, lui faire part des nouvelles. Les Espagnols menacent à cette heure la Yalteliue, et promettent aux Grisons la leur rendre , et ne désirer que la liberté des passages à toute l'Italie , qu'ils disent que nous voulons seuls. M. le duc de Créquy est rappelé en cour. Je ne croîs pas qu'il y retourne.

Le roi engage M. de Bordeaux à tenter de nouveau lattaque des îles , après son retour des côtes de Sardaigne, si les circonstances le permettent ; et il lui envoie en même temps 1 état des vaisseaux et galères qui doivent rester en levant ou repasser en ponant.

A H. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

De Paris, le aS février 1637.

Mons. l'archevêque de Bordeaux ^ je veux espéi^r qu'enfin le bonheur de mes armes vous mettra en main quelque occasion pour les employer plus utilement qu'elles ne l'ont été jusques Ici , de sorte que si la résolution que vous avez prise de descendre en Sardaigne est suivie de cpielque bon succès^ je m'assure que vous n'oublierez rien pour en tirer tout l'avantage possible; et, bien que je ne doute pas qu'avant d'entreprendre ce voyage , vous n'ayez pourvu à ce qui vous pouvait être nécessaire pour le faire réussir , soit par le moyen du fonds que j'avais ordonné pour le secours de mon cousin le duc de Parme, soit par celui des vivres que les procureurs de mon pays de Provence ont enfin résolu de donner aux troupes que j'avais destinées au service de mondit cousin, je vous dirai d'abondant : que je trouve bon que vous vous serviez du nouveau fonds que je vous ai fait naguères porter, prévoyant que s'il arrivait changement au dessein du voyage de Parme, le voisinage et l'objet présent dés îles Sainte-Marguerite et Saint- Honorat , joint aux avis de la faiblesse de ceux qui en ont la garde , vous pourraient porter à employer les troupes embarquées et toutes préparées au coDiibat , à en tenter la conquête, que vous savez importer

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