‹ Correspondance de Henri RegnaultChapitre 18 sur 26 · AU CAPITAINE STEINMETZ · texte numérisé non relu

AU CAPITAINE STEINMETZ

16" régiment de guerre

69" bataillon, compagnie.

18 janvier 1871.

Mon cher Capitaine, Je vous écris afin de mieux vous exposer les raisons qui m'ont fait persévérer, après mûre réflexion, dans ma ferme résolution de rester sim-

pie garde. Je vous remercie néanmoins de vos bonnes inienlions à mon égard, et je suis heureux de la confiance dont vous voulez bien m'honorer. Je crois pouvoir la mériter par mon entier dévoument et ma parfaite soumission, aussi bien en restant simple soldat, qu'en devenant votre souslieutenant.

Je sais que les qualités de sang-froid et de respectdu devoirque vous me reconnaissez auraient fait de moi en peu de temps, grâce à votre bonne direction, un officier passable. Mais je crains que mon peu d'expérience dans le service militaire ne m'expose à recevoir, de temps en temps, des leçons de ceux qui, sous mes ordres comme sousofficiers et caporaux, en sauraient plus que moi, et qui, sous beaucoup de rapports, seraient plus dignes et aussi capables de remplir le grade que vous me proposez.

Ensuite, je suis certain que je pourrai vous écouter encore mieux en restant simple garde. Mon exemple peut rendre plus de services que mon commandement. Décidé à supporter, sans broncher, les fatigues et les ennuis du métier, sans en éviter aucun, à être le premier aux corvées et le premier au feu, j'espère entraîner à ma suite ceux de mes camarades qui seraient portés à se plaindre et à hésiter. Nous sommes plusieurs

dans le même cas, animés des mômes sentiments, mais nous ne serons jamais assez nombreux, Croycz- Yousquela résignation et la bonne volonté de M. Belhmont n'aient pas été d'un grand effet vis-à-vis de beaucoup d'entre nous?

Je n'ai pas la prétention de le valoir, ni d*elre doué d'une parole assez entraînante pour convertir en bons les mauvais. Seulement je suis plus jeune. J'ai meilleure santé, autant de courage, autant de patriotisme que lui, et le respect de la discipline.

Vous avez en moi un bon soldat ; ne le perdez pas pour en faire un officier médiocre...

Et pourtant le métier de soldat était parfois bien pénible dans cet hiver si rigoureux ; une lettre que Regnault adresse à sa fiancée, nous laisse entrevoir quelques-unes des fatigues qu'il avait à supporter.

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