X LA VIE ET LES TRAVAUX
peu de mois, il connaissait Marmontel, Laharpe, d'Àlembert. Bientôt même il était admis dans la familiarité de Diderot, qui tenait encore à Paris le sceptre de la conversation. C'était débuter par les grandes entrées. Ses relations avec les chefs des encyclopédistes ne nous sont connues que par les récits qu'il en faisait quelquefois et par des notes retrouvées dans ses cahiers. Il n'avait pu entendre , sans en être profondément remué, la parole de Diderot, cet homme étrange chez qui la conviction semblait s'allier au sophisme, la folie à l'éloquence, le cynisme à la bonhomie. Il étudiait les arts pour être digne de lui parler de ses Salons; il s'occupait des questions sociales, afin de s'élever à lui par un autre côté ; peu à peu, enfin, pour le suivre, il se laissait aller, du moins il s'en accuse, à l'entraînement du flot philosophique. Il était difficile, on le comprend, qu'un jeune homme récemment arrivé de la province et tombé, par une bonne fortune inattendue, dans cette enivrante atmosphère, se garantît complètement des séductions qui subjuguaient une société déjà blasée. N'était-il pas à cet âge où, pour peu qu'on relâche les rênes, l'esprit s'échappe en courses folles sans se détourner des obstacles, sans respecter les barrières? Diderot, d'ailleurs, l'accueillait avec bonté ; il lui ouvrait de toutes parts des vues nouvelles, l'encourageait dans ses travaux, et ne dédaignait pas de proposer à son ardeur impatiente certains