CXXX JUGEMENTS LITTERAIRES
nasse ne couronneraient pas assez, et une modération que le suffrage d'un enfant contenterait; qui donnerait tous les biens de ce monde, quoique occupé de ceux de l'autre, pour une louange, et toutes les louanges de la terre pour une des vôtres, ou pour un moment de votre bienveillance et de votre attention; M. Maillet enfin, dont je vous ai parlé plusieurs fois, mais dont le nom, peut-être, vous sera nouveau, parce que la fatalité qui le poursuit, sans qu'il s'en doute, vous aura sûrement rendu sourd ; M. Maillet donc vient d'arriver à Paris. »
On ne nous reprochera pas d'avoir laissé parler longtemps M. Joubert : ce portrait si finement tracé dans un billet d'introduction montre la grâce et la facilité de cet esprit plein d'enjouement et de sympathie malicieuse. Ces lettres sont l'homme même; c'est son cœur, son esprit, sans détours, sans apprêts, et dans M. Joubert l'homme est encore audessus de l'écrivain. Voilà le secret de notre préférence. Les pensées sont exquises ; soit : mais elles sentent encore le laboratoire, et tout en admirant ces gouttes colorées de pure et spiritueuse liqueur, on entrevoit le fourneau et l'alambic.
« Dieu mettra-t-il les belles pensées au rang des belles actions? Ceux qui les ont cherchées, qui s'y plaisent et s'y attachent, auront-ils une récompense? » Voilà ce que se demandait M. Joubert. La réponse nous est facile après avoir lu le recueil de ses pensées, bisons encore après lui et pour lui : « Heureux ceux qui ont une lyre dans le cœur et dans l'esprit une musique qu'exécutent leurs actions l leur vie entière aura été une harmonie conforme aux nomes éternels. »