‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 114 sur 142 · M. EUGÈNE POITOU · texte numérisé non relu

M. EUGÈNE POITOU

Joubert était né en 1754, dans le Périgord. ]Après avoir professé chez les Doctrinaires, obligé par sa mauvaise santé de renoncera l'enseignement, il vint encore jeune à Paris et y vécut quelque temps dans le monde des lettrés et des philosophes. Là, il connut particulièrement Marmontel, La Harpe, Diderot, d'Alembert. 11 semble que le courant des idées et des mœurs du siècle l'ait un moment entraîné. Dans ses pensées détachées, il fait de rares et lointaines allusions à cette époque de troubles et d'égarements de sa jeunesse : t Mes découvertes, dit-il quelque part, et chacun a les siennes, m'ont ramené aux préjugés. » — Et d'ailleurs : « Mon âme habite un lieu par où les passions ont passé, je les ai toutes connues. »

Diderot, ce génie étrange et fougueux, mêlé de fumée et de flamme, l'avait charmé d'abord, mais le désenchantement fut prompt; Joubert avait l'esprit trop juste et le goût trop fin pour être longtemps séduit par l'emphase et les théories creuses du philosophe. Vers le même temps, il se liait avec Fontanes, et de ce jour naissait entre eux une amitié qui devait durer loute la vie: la conformité de l'âge, la communauté des goûts et des sentiments, un même amour des lettres, un même culte de l'antiquité et des sévères traditions, tout rapprochait, ces deux hommes faits pour se comprendre et s'aiïuer, mai? dont l'un, avec moins d'éclat, était singulièrement

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