‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 17 sur 142 · DE M. J. JOUBERT. XVII · texte numérisé non relu

DE M. J. JOUBERT. XVII

lui suffisait, quand l'élégance et la forme avaient été données ; son approbation n'attendait pas que la statue s'animât et frémît sous le ciseau de Pygmalion.

Quoi qu'il en soit des dissidences qui séparaient les deux amis, leur mutuelle estime se chargeait de les adoucir, et les fondait, si je puis dire, en nuances insensibles. M. Joubert aimait les vers de M. de Fontanes plus que M. de Fontanes ne les aimait lui-même, et celui-ci, charmé, tout en le combattant, de la franchise et de l'originalité de ses doctrines, y puisait des idées nouvelles qui devaient, même à son insu, modifier plus tard les règles de sa critique. Ainsi, lorsqu'au début du siècle suivant quelques esprits chagrins de l'aréopage académique attaquèrent si vivement l'auteur d'Atala et des Martyrs, il en embrassa la défense avec une ardeur qu'alimentaient moins encore peut-être ses sentiments pour la personne du grand écrivain que les perspectives plus larges, les convictions plus libres que M. Joubert avait dès longtemps ouvertes ou préparées à son esprit. Bien plus, le temps n'était point éloigné où , par un de ces retours qui n'appartiennent qu'aux esprits sincères, M. de Fontanes devenait un des plus vifs admirateurs de Shakspeare, de Richardson, de lord Byron lui-même... Et qui pourrait affirmer que, vers les dernières années de sa vie, quand ses amis lui reprochaient de négliger sa gloire, il n'y avait pas, dans cet abandon de la muse, un excès de sévérité pour lui»

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