XVHI LA VIE ET LES TRAVAUX
même, le découragement secret du génie et comme un de ces scrupules virgiliens qui vouent les épopées aux flammes?
Il n'avait pas toutefois cédé sans combattre aux influences qui devaient ainsi le modifier. Je retrouve, dans quelques lettres adressées par lui de Londres à son contradicteur, la trace de leurs débats. Conduit en Angleterre, vers la fin de 1785, pai- le projet, bientôt abandonné, d'une Revue littéraire qu'ils avaient espéré de fonder en commun, il gourmandait assez vivement M. Joubert sur son goût pour les écrivains d'outre- Manche :
« Les idées changent étrangement quand on habite « Londres, » lui écrivait-il. « Vous avez entendu dire « quelquefois que Richardson était moins admiré des « Anglais que de nous; mais on est loin de vous avoir « tout appris. Le fait est que Richardson est à peine lu « aujourd'hui. On le trouve hors de nature, sans élo- « quence et surchargé de longueurs. Paméla est dans « le mépris; Clémentine seule fait lire Grandisson, et « Clarisse est mise fort au-dessous de tous les romans « de Fielding, sans exception. Voilà la vérité; le con- « traire n'est que mensonge. A Paris je n'oserais parler « de ce que j'entends à Londres : on me prendrait « infailliblement pour un homme de mauvaise foi « Shakspeare seul conserve ses honneurs. Cependant « les Écossais n'ont pas pour cet auteur la même véné-