‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 22 sur 142 · XXII LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

XXII LA VIE ET LES TRAVAUX

ment elles ne modifiaient pas son opinion sur les productions de notre langue. 11 est, en effet, deux manières déjuger les livres. L'une consiste à connaître les règles posées par les maîtres, et à appliquer à chaque œuvre une mesure convenue, en dehors de laquelle toute approbation est refusée. L'autre s'occupe moins de la règle observée que du sentiment produit, ou plutôt elle cherche la règle dans le sentiment lui-même. Cette dernière, pleine de périls et pour les esprits vulgaires et pour ceux qu'ont faussés ou de mauvaises passions ou de mauvaises doctrines, est le privilège réservé aux intelligences d'élite qu'aucune préoccupation n'égare. C'était celle de M. Joubert. Si les philosophes, ses maîtres, n'avaient pu l'amener au dédain de l'autorité religieuse ou politique, leurs enseignements du moins lui avaient laissé, du côté de l'art, une singulière indépendance. Il préférait de beaucoup à cette sorte de critique officielle qui s'appuie aveuglément sur la tradition et l'autorité la voix bien écoutée de ses impressions personnelles. La fibre littéraire était d'ailleurs chez lui si facilement émue , et son habileté était telle à en distinguer les plus légers frémissements, que M. de Fontanes, après ces premières luttes, ne tarda guère à l'accepter comme le juge le plus consciencieux et le plus sûr des travaux de l'intelligence.

L'amitié cependant ne se nourrit pas seulement de l'échange des idées. Il faut que les intérêts de la vie y

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