DE M. J. JOUBERT. XXIII
Irouvent leur compte aussi bien que ceux de l'esprit. Sans doute il n'est pas rare de rencontrer dans la région des lettres des hommes habiles à peindre toutes les passions, toutes les tendresses, et pourtant assez robustes, à l'endroit du cœur, pour n'en éprouver sérieusement aucune : sortes d'histrions qui ne quittent guère l'habit de parade pour le déshabillé de l'intimité, et qui, du théâtre où la foule les contemple, daignent rarement descendre aux faiblesses pratiques des affections privées et des secrets dévouements. Peut-être, au surplus, littérairement parlant, ne faut-il pas s'en plaindre. Il est des mouvements de l'âme qui ne peuvent être bien vus et bien décrits qu'à distance , des émotions qui ne seraient fertiles qu'en lieux communs, si l'analyse n'avait plus de part à leur expression que le sentiment; et il me semble qu'en ce cas l'écrivain a la main plus sûre en copiant ce qu'il voit qu'en montrant ce qu'il éprouve, comme le peintre réussit mieux à faire le portrait des autres que le sien. Mais l'âme de M. Joubert n'était pas à ce point dégagée. L'intérêt de ses amis était pour lui l'objet d'une préoccupation constante. Ce n'était pas assez, à son gré, que M. de Fontanes fit bien les vers et jugeât bien des livres; il s'inquiétait du bonheur de l'homme autant que de la gloire de l'écrivain. Ainsi que le rappelle cette strophe amicale que je citais en commençant, la sérénité de son âme tempérait ce qu'avait d'un peu