‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 33 sur 142 · XXXIV LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

XXXIV LA VIE ET LES TRAVAUX

espaces, abordant les éléments, le feu, la terre et le ciel et les eaux, sans trop s'embarrasser des outils de la science, sans charger son bagage de cornues ou d'équerres, de télescopes ou de compas. C'était alors surtout que, confiant aux libres élans de la conjecture, il s'animait d'une sorte d'humeur contre les procédés rigoureux de l'analyse moderne, et cherchait querelle aux savants de lui gâter son univers par toutes sortes d'entraves mises aux allures des esprits voyageurs. On eût dit que, semblable à ces Gentils qui, tout en se soumettant à l'empire de la croix, quand le vrai Dieu apparut au monde dans son austérité douce et nue, pleuraient en secret les poésies de l'Olympe vaincu, il voulait, de sa main tendue en arrière, arrêter l'antiquité dans sa fuite, et s'attachera sa robe pour ne la pas quitter.

Ces regrets cependant, cette haute contemplation ne l'arrachaient pas aux jouissances simples et paisibles du foyer. Il savait allier la vie intérieure à la vie philosophique, le sentiment à la méditation. Son séjour à Villeneuve n'avait rien changé aux habitudes de la famille dans laquelle il venait d'entrer. Elle comptait seulement un frère de plus, frère qu'elle entourait d'une affection chaque jour plus vive, car il n'apportait dans la communauté que désintéressement, égalité d'humeur et bienveillante joie. Nul homme, en pffet, n'avait un commerce plus facile; nul n'était plus doux

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