DE M. J. JOUBERT. LXIX
caractère et sa personne ; il reprochait, avec une grâce charmante, à M. de Clausel de se laisser détourner, par les tourbillons du moment, de sa primitive et pacifique destination; enfin, écrivant à un Anglais de ses amis, M. Frisell, homme plein de science, que lui avait rendu cher un cœur excellent caché sous dc dehors sévères, il disait, au sujet d'un des articles magistraux du Conservateur : « 11 a fait ici beaucoup « de bruit, et peut-être beaucoup de bien; mais qui « le sait? » A ces indices, et malgré quelques colères passagères dont je rencontre les traces çà et là, il me semble qu'il regardait un peu la politique comme audessous de lui quant aux passions qu'elle engendre, comme au-dessus des hommes quant aux règles éternelles et aux forces suprêmes qui la dominent. Il aimait à ne s'en point mêler, et s'irritait de voir à tant de gens la prétention contraire. Mais son irritation était toute philosophique. Ces passions stériles, « ces voracités « sans proie, » ainsi qu'il les avait énergiquement signalées dans une lettre à madame de Beaumont, étaient à ses yeux un mal digne de pitié, une sorte d'infirmité morale qu'il fallait plaindre sans lui subordonner ses affections. Les siennes n'en éprouvaient point d'atteinte, et si quelques amis, comme son jeune parent M. Mérilhou, comme M. Mole, ou mon père luimême, le visitaient plus rarement, moins attirés peutêtre dans un salon qu'envahissaient, en ces derniers