LXX LA VIE ET LES TRAVAUX
temps, des opinions qui, malgré l'exemple du maître, se montraient peu soucieuses de conciliation , il avait le rare bonheur d'arriver au terme de la vie sans avoir perdu une des amitiés formées pendant la route.
Il me serait doux de m'étendre sur ces liaisons en ie plus longs détails ; mais la publicité a des bornes qu'il faut savoir respecter : je ne veux pas exposer à l'indifférence de la foule des noms qui nous sont demeurés chers, et je m'arrête, satisfait d'avoir pu montrer M. Joubert encore une fois entouré de ses plus illustres amis. Il m'a semblé que je le devais à plus d'un titre, car si c'a été la gloire de sa vie d'être aimé d'eux, un jour peut-être ce sera une part de leur gloire d'avoir été aimés de lui. Pouvais-je d'ailleurs raconter une existence où les faits tiennent si peu de place, sans donner le premier rang aux affections qui l'ont occupée? Homme de lettres, je me serais avant tout efforcé de reconstruire par l'analyse l'histoire de cette haute intelligence , j'aurais insisté davantage sur les influences qui l'ont dominée et sur celles qu'elle est destinée à répandre; mais étranger, sinon par les goûts et les travaux de ma jeunesse, du moins par les devoirs qui sont survenus depuis, aux habitudes de la critique littéraire, j'ai dû me borner à retracer les souvenirs dont je vivais environné. Peut-être, pour uu grand nombre d'esprits, ne me serai-je point assez éloigné du foyer; peut-être aurai-je retenu l'attention