DE M. I. JOUBERT. LXXI
sur des détails trop familiers pour conserver quelque intérêt au dehors. Mon excuse se trouve dans l'œuvre même de M. Joubert. Parmi ceux qui la liront, il eu est sans doute qui ne verront qu'elle; d'autres, plus curieux encore de beaux caractères que de belles pensées, voudront remonter de l'œuvre à l'écrivain. C'est pour ces derniers surtout que j'écris, et j'espère qu'ils ne me sauront pas mauvais gré d'avoir aidé leur recherche en leur ouvrant l'intérieur même de la famille de M. Joubert, seule retraite, après tout, où chaque caractère laisse échapper son dernier mot.
On a vu dans quelles circonstances s'était accompli son mariage. Ne trouvant plus de consolations à offrir à une grande douleur, il avait tendu sa main et on l'avait acceptée. Ainsi s'étaient rapprochés deux caractères que séparaient beaucoup de contrastes. Madame Joubert se distinguait par la fermeté de sa raison et la sagacité de son esprit; mais la tendresse de son âme se déguisait sous une sorte de brusquerie rendue piquante par la promptitude et la netteté de tous ses jugements. On retrouvait en elle quelque chose de sa mère, « cette excellente femme qui, sous une écorce « de rudesse très-remarquable , avait le cœur le plus c compatissant, les mains les plus libérales avec l'air « le plus négatif. » Pendant que M. Joubert, à travers les perspectives d'une imagination charmée, envisageait toutes choses au point de vue poétique, sa com-