LXXII LA VIE ET LES TRAVAUX
pagne, par une de ces bonnes fortunes qu'il faudrait souhaitera tous les gens de lettres, s'attachait à ne considérer la vie que du côté pratique et jo^ nalier. De là s'élevaient entre eux des discussions fréquentes, et qui pourtant n'étaient pas sans grâce, tant ils y apportaient l'un et l'autre de sincérité et de tendresse mutuelle. Il y avait des jours d'ailleurs où, maîtresse d'elle-même comme toutes les femmes fortes, madame Joubert se plaisait à disputer avec son mari de complaisance et d'aimable abandon; c'étaient ceux où la souffrance venait visiter quelqu'un des siens. Il fallait voir alors comme, près du patient, son œil se faisait serein, sa voix caressante et son propos encourageant. Il semblait qu'elle devînt plus heureuse en se sentant nécessaire , et qu'une occasion nouvelle offerte à son dévouement lui rendît les illusions d'une autre époque.
M. Joubert tarda peu à être père. Son journal dira mieux que moi la joie que <,et événement jetait en son âme. Qu'on me permette d'en copier quelques lignes :
« 9 avril. Mon fils est né dans la nuit du 8 au 9, à « deux heures un quart après minuit. Qu'il se sou- « vienne un jour des douleurs de sa mère !
« 10 avril. On a présenté l'enfant aux hommes pu» « blics et l'on a fait constater authentiquement son « existence. Au retour, il a été porté chez les amis et « les voisins curieux de le voir. Tous sans doute lui « ont souhaité des jours heureux. Qu'il soit bienveil-