DE M. J. JOUBERT. LXXXVII
manuscrits que la mort venait de nous livrer, des sources non explorées, des cartons entiers dont on ne s'était point occupé, des lettres, des essais, des brouillons qui pouvaient faire la gloire d'une œuvre toute nouvelle. Au milieu de ces matériaux jusque-là négligés, une révélation inattendue, mais décisive, s'offrait à moi. M. Joubert avait écrit à la hâte, probablement vers la fin de sa vie, une note demeurée incomplète et que je transcris néanmoins, comme un témoignage de ses volontés dernières : « Si je meurs et que je laisse quelques pensées « éparses sur des objets importants, je conjure, au nom « de l'humanité, ceux qui s'en verront les dépositaires « de ne rien supprimer de ce qui s'éloignera des idées « reçues. Je n'aimai pendant ma vie que la vérité; j'ai « lieu de penser que je l'ai vue sur bien de grands objets ; « peut-être un de ces mots que j'aurai jetés à la hâte. . . » Il n'achevait pas ; mais en fallait-il davantage pour prouver qu'il avait compté sur l'avenir? Si la force, la santé, le temps lui avaient manqué, il n'avait point désespéré du moins du zèle de quelque éditeur posthume. La fortune sans doute ne l'avait pas trahi ; une amitié géné- Teuse venait d'exaucer splendidement son dernier vœu, et désormais son œuvre était garantie de l'oubli. Cependant elle n'était pas sauvée tout entière. Après l'association du nom fameux qui devait protéger le sien contre l'abolition du temps, il restait à accomplir une tâche de minutieuses recherches, d'attentive restauration, un