‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 102 sur 128 · CCIX. — Louis Racine a Brossette · texte numérisé non relu

CCIX. — Louis Racine a Brossette

A Soissons, ce 26 novembre 1740.

Notre ami, mon cher monsieur, n'est point encore au nombre des morts, mais je ne le compte pas cependant au nombre des vivants. Il est tombé en paralysie; je ne 5 sais si son esprit vit encore, mais il ne peut apparemment dicter une lettre, puisque je ne reçois point de ses nouvelles. J'avais bien prévu que nos beaux esprits l'insulteraient, quand ils ne le craindraient plus. Voici l'épitaphe que l'un d'eux a faite et qu'on m'a envoyée de 10 Paris :

Ci-gît le malheureux Rousseau.

Le Brabant fut sa tombe et Paris son berceau. Voici l'histoire de sa vie Qui fut trop longue de moitié :

15 II fut trente ans digne d'envie

Et trente ans digne de pitié.

Cela est mauvais et faux.

Quand il sera temps de rassembler ses lettres, j'ai des amis qui en ont et qui pourront m*en faire part.

20 Vous ne me parlez pas de votre Boileau ; quand paraîtra-t-il ?J'ai peur qu'il n'ait beaucoup de peine à entrer à Paris. L'abbé Desfontaines, en rendant compte de la nouvelle édition de la veuve Alix, n'en ayant pas parlé assez avantageusement, vient d'essuyer une mauvaise affaire.

25 On a arrêté le privilège de ses Observations. Je suis, etc.

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