‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 103 sur 128 · CCX. — Brossette a Louis Racine · texte numérisé non relu

CCX. — Brossette a Louis Racine

A Lyon, 29 décembre 1740.

Depuis votre dernière lettre, monsieur, j'ai été attaqué d'un rhume très violent, d'une fluxion et d'un crachement de sang. Tant de maux conjurés contre une poitrine aussi 5 faible que la mienne m'ont réduit à l'extrémité, et je reviens, pour ainsi dire, des portes de la mort. Je commence à me rétablir depuis cinq ou six jours, et je profite du premier intervalle lumineux qui se présente pour vous renouveler les assurances de mon tendre et sincère atta-

10 chement. J'y suis engagé moins par le renouvellement de l'année que parla véritable considération que j'ai pour vous.

Vous m'avez fait un plaisir bien sensible en m'apprenantla résurrection de notre illustre ami M. Rousseau, et

15 quoique cette résurrection soit très imparfaite, suivant ce que vous me mandez, elle ne laisse pas d'être un adoucissement à l'affliction que m'avait causée la nouvelle de sa perte. Quelque soin que j'aie pris de m'informer des circonstances de son nouvel accident, je n'ai trouvé per-

20 sonne qui ait pu m'en instruire. Ainsi, monsieur, j'ai

recours à vous pour en avoir des éclaircissements, comptant bien que vos amis ne vous les ont pas laissé ignorer. Je présume qu'il est actuellement à Bruxelles, si son indisposition a pu permettre lacontinuation de son voyage. Toutes ces incertitudes, tant sur son état que sur le lieu de son séjour m'auraient empêché de lui écrire, quand même ma santé m'aurait permis de le faire. Je vous écris à l'insu de mes médecins qui m'ont défendu toute sorte d'occupation, mais je n'ai pu résister à la tentation de 30 vous entretenir. L'amitié sert souvent d'excuse à de petites débauches, et j'espère que celle-ci, bien loin de nuire à ma santé, contribuera beaucoup à la rétablir. Je suis, etc.

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