‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 109 sur 128 · CCXVII. — Rousseau a Louis Racine · texte numérisé non relu

CCXVII. — Rousseau a Louis Racine

A Bruxelles, le 28 juin 1739.

Vous avez pris le bon parti, monsieur, en recourant au quinquina pour vous délivrer de votre fièvre. Avec ce secours on n'a que faire de médecins. Je suis persuadé que

5 la vue de M. Dupleix achèvera de vous purifier le sang, très fâché néanmoins de me voir obligé de renoncer à la même consolation dont j'aurais bien besoin dans les accès d'ennui et de mélancolie dont je suis tourmenté et dont j'ai peur à la fin de tomber dans l'inconvénient de tour-

10 menter les autres, car rien n'est plus ennuyeux qu'un ennuyé.

La ville de Bruxelles a enfin l'honneur de posséder l'illustre Voltaire et l'incomparable Emilie. Us n'ont pas encore fait beaucoup de sottises ici, n'y ayant passé que

15 six jours à deux reprises. Ils ont avec eux un mathématicien qui passe pour merveilleux. M"'<^ du Châteleta loué une maison pour trois mois.

Corr. Rousseau et Brosse l te, II. 18

Je suis ravi de l'alliance illustre que M. Dupleix vient de contracter. Je vous supplie quand vous le verrez de 20 vouloir bien lui témoigner la part que j'y prends et le sensible intérêt qui m'attache à tout ce qui le touche.

Ce que je sais du voyage de l'abbé Desfontaines en cette ville est qu'il a assuré M. le prince de Ligne dînant avec lui chez M. Destouteville qu'il y viendrait passer as trois mois. Ce serait effectivement une grande ressource pour moi. Il vient de donner le dernier coup de massue au tortionnaire critique de feu M. votre père.

Je suis plus impatient de voir votre poème de la Religion imprimé que d'imprimer mes poésies dont je crois 30 que le public se passera bien d'ici à quelques années. Je ne sais non plus que vous ce que c'est que ce poème de VÉducation, non plus qu'un certain Roman du siège de Calais dont j'entends parler assez diversement depuis quelques jours.

33 Vous me faites un grand plaisir en m'apprenant que M. Aved avance votre portrait et que M. Hardion a été content du mien. Je ne doute point non plus que vous que notre ami M. Aved ne remplace un jour les Rigauds et les Largillières sur lesquels nous ne devons plus comp- 40 ter.

M^^ Racine trouvera ici, si vous me le permettez,

les assurances de mon très humble respect et vous celles

de l'attachement inviolable avec lequel je serai toute ma

vie, monsieur, votre très humble et très obéissant servi-

45 teur, Rousseau.

Voilà nos amis de la Société, le P. Brumoy et le P.

Bougeant, bien dispersés, l'un à Arras, l'autre à La Flèche.

Et vive la politique qui se coupe les bras pour se guérir

du mal de tête ! Je vous quitte pour aller assister à une

50 fonction bien douloureuse pour moi. C'est le service de

la princesse héréditaire de Taxis qui vient de mourir à l'âge de 26 ans et laisse son illustre famille dans une affliction qui me désespère.

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