‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 2 sur 128 · Rousseau a écrit par ntégarde laquelle · texte numérisé non relu

Rousseau a écrit par ntégarde laquelle

au lieu de l'adoucir, la rend plus forte et plus piquante.

Ibid., V. 21. Vous remarquez fort bien que ce vers fait

juger que Régnier ne voulait pas être connu, et peut-être

avait-il déguisé à cette intention-là le nom du comte de

105 Cramail qui aurait pu le faire reconnaître.

Ibid., V. 22. Sur ce vers et sur quelques autres semblables, il me semble qu'il serait aisé de justifier Régnier et plusieurs auteurs de son temps du reproche de libertinage. Combien d'expressions beaucoup plus hardies que

iio celle dont il s'agit ici dans Amyot et dans plusieurs autres écrivains irréprochables ? La plupart de ces mots ne sont devenus licencieux qu'à mesure que les mœurs se sont corrompues : ceux qui vivent simplement parlent volontiers de même et ne vont point chercher l'ordure où

115 elle n'est pas. Les gens qui ont fait un crime à M. Despréaux d'avoir nommé la Cornu n'en seront pas estimés plus vertueux. Cette chicanerie affectée sur les mots est la ressource ordinaire du rigorisme et de la fausse pruderie.

120 L'hypocrisie ajoute aux mœurs

Ce qu'elle retranche au langage.

P. 27. C'est dire d'Hésiode une chose trop connue que de marquer simplement qu'il a fait la Théogonie. Vous pourriez marquer le temps où il a vécu et parler de son

125 poème des Œuvres et des Jours qui est l'original des Géorgiques de Virgile.

P. 163. Quand Saint Marc s'habilla des enseignes des Turcs. Ce vers m'a fait souvenir d'un bon mot de M. le prince de Conti en entrant à Notre-Dame au Te Deum

130 qui devait se chanter pour la victoire de la Marsaille. Il tenait M. de Luxembourg par la main, et cette cathédrale se trouvant alors tendue d'un bout à l'autre des drapeaux

que ce général avait pris sur les ennemis à Fleurus, à Steinkerque, et tout récemment à Nerwinde : « Messieurs,

135 dit le Prince, en écartant la foule qui embarrassait la porte, laissez passer le tapissier de Notre-Dame. »

P. 236, V. 170. Et pour finir enfin par un tour du métier. Par un trait du métier serait plus juste. Ce pourrait bien être une faute des imprimeurs.

140 P. 251, satire XVI. Tout le commencement de la é« épître du i" livre d'Horace, Nil admirari, etc., a beaucoup de rapport à celui de cette satire.

P. 256, V. 86. Il y a dans la remarque une faute d'impression considérable sur la qualité d'Enguerrand de

145 Marigny. Il était surintendant des finances de Philippe le Bel et non pas de Philippe-Auguste.

cm. — Brossette a Rousseau.

A Lyon, ce 26 mars 1730.

Ne soyez point en peine, monsieur, de la réception que j'ai faite à votre lettre du 4 de ce mois. Tout ce qui me vient de votre part m'est infiniment cher, et est tou-

5 jours bien reçu en quelque temps qu'il vienne. Ne seraisje point indigne de votre amitié et de la correspondance que vous voulez bien avoir avec moi, si j'attendais vos lettres comme des devoirs et non pas comme des grâces ? J'ai eu si peu de disposition à me plaindre de votre

10 silence, que je vais vous fournir un nouveau moyen de justification envers moi, supposé que vous en eussiez besoin. Pour cet effet, monsieur, je vous avouerai franchement que si j'avais été obligé de vous écrire, depuis

mon départ de Paris, il m'aurait été presque impossible

15 de le faire, et je vous aurais demandé la même indulgence, à cause de la multitude des occupations forcées auxquelles j'ai été livré depuis mon arrivée à Lyon. Les premiers jours furent remplis par une infinité de devoirs, qui étaient les suites indispensables de ma députation à Paris

20 et d'une absence de vingt mois. Au milieu de tous ces embarras, il m'en survint de nouveaux et de plus grands encore par ma nomination à l'échevinage de Lyon, dignité qui m'assujettit à des fonctions, honorables à la vérité, mais plus pénibles que je ne saurais vous l'exprimer. M'y

25 voilà livré pour deux ans, puisque Dieu le veut; après quoi j'espère de revenir à des occupations plus simples et plus tranquilles. Mais pendant ce laborieux intervalle, monsieur, savez-vous bien que vous êtes obligé en conscience de continuer à m'écrire le plus souvent qu'il vous

30 sera possible. Vos lettres seront pour moi un remède infaillible contre les dégoûts, qui sont presque toujours attachés aux emplois publics. Il n'est rien que je ne fasse pour mériter cette attention généreuse de votre part, et vous pouvez compter dès à présent sur ma plus parfaite

35 reconnaissance. Je vous dois déjà bien des remerciements pour la complaisance que vous avez eue de revoir et corriger mes notes sur Régnier. Je n'ai point de regret à mes recherches et je m'en tiens bien récompensé puisqu'elles ne vous déplaisent pas ; mais quoi que vous en

40 puissiez dire, monsieur, je n'oserai croire qu'elles ne vous aient pu fournir que le petit nombre de corrections que vous m'avez envoyées. Telles qu'elles sont, j'en ferai bien mon profit, et surtout je n'oublierai point le Tapissier de Notre-Dame, bon mot qui vient à merveille au

45 vers de Régnier ; si dans la suite il se présentait à votre esprit quelque nouvelle correction ou addition, j'espère que vous ne me la laisseriez pas ignorer.

A l'égard des deux ouvrages que j'ai cités dans mes notes, l'un est imprimé et l'autre ne l'est pas. Celui qui

50 n'est pas imprimé contient les corrections et augmentations de feu M. de La Monnoye sur les Bibliothèques de Du V'erdier et de La Croix du Maine. M. de La Monnoye aurait donné cet ouvrage au public si les libraires lui avaient fait des conditions raisonnables ; mais il m'a

5 s dit cent fois que ces messieurs, prévoyant bien que dans l'âge très avancé où il était, il ne pourrait pas vivre encore longtemps, attendaient sa mort pour avoir son travail à vil prix. Cet ouvrage a passé, avec le reste de sa bibliothèque, au pouvoir de M. Gluck de Saint-Port,

60 conseiller au Parlement, à qui M. de La Monnoye avait vendu tous ses livres et ses manuscrits, sous une rente viagère, s'en étant réservé la jouissance. On ne doute point que cet ouvrage, que j'ai vu plusieurs fois, ne soit bientôt imprimé, et M. Gluck a promis d'en abandonner

6) le profit à M. de La Monnoye le fils '.

La Batrachomyomachie d'Homère, poème en vers français, et en très beaux vers, a été imprimé in-S» chez Giffart en 17 17. Cette traduction est de la façon de feu M. Jean Boivin le cadet, garde de la Bibliothèque du roi,

70 qui s'y était déguisé sous le nom allégorique de Junius Biberius Mero. On a joint à cette traduction un poème héroïque en trois chants, intitulé : les Cerises renversées^ dont voici le sujet. Deux dames, avec un cavalier, passaient dans la rue Saint-Germain l'Auxerrois. Leur carrosse,

75 accroché par une charrette, renversa un panier de cerises. La fruitière et toutes ses voisines se jettèrent aux por-

I. Les notes de L.i Monnoye sur les Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier ont servi à la réédition de ces deux ouvrages donnée par Rigoley de Juvigny (Paris, 1772, in-4'', 6 voL)

tières et saisirent les rênes des chevaux. Il fallut, pour s'en débarrasser, payer le dommage. Voilà tout le sujet du poème. Feu M. Boivin, en me l'envoyant, m'apprit

80 que l'illustre M^'^ Le Hay, auparavant connue sous le nom de M^^^ Chéron, et dont il avait épousé la nièce, était l'auteur de ce poème et que l'aventure qui y était décrite était arrivée à M. Le Hay, son mari, et à elle. Je conserve précieusement un exemplaire qu'elle m'avait

85 donné, en 171 1, de plusieurs psaumes qu'elle avait traduits en vers français et qui, sans les vôtres, seraient les plus beaux que nous ayons en notre langue. Le nom déguisé de Junius Biberius Mero me fait souvenir qu'étant un jour à Auteuil avec M. Despréaux, nous parlions des

90 noms propres latinisés, et il me disait que son nom Boileau n'était pas propre à être mis en latin, parce que les deux syllabes dont il était composé avait le son purement français, et que Bolœus dont on se servait ordinairement ne rendait point exactement ni clairement Boileau.

95 « Quand je serai fâché contre vous, lui dis-je brusquement, je rendrai votre nom en latin par celui de Quintus Furius Bibaculus, ancien poète satirique. » M. Despréaux ne fit que rire de cette petite malice et convint que l'allusion était plaisante, tant par la convenance du mot 100 Bibaculus que par l'application de Quintus Furius. A propos de malice, M. de Lasseré, notre ami, m'a appris une dizaine de vers de votre façon, que je vais transcrire afin que vous me disiez s'ils sont justes.

Or, est monté depuis peu sur leur char 105 Un échappé d'Israël et d'Agar

Qu'on connaît tel à son teint judaïque, A sa figure, à sa mine hébraïque.

« Haro, messieurs, dit ce joli garçon,

Je le connais, il a fait la chanson. » iio Qui te l'a dit ? race de Mardochée,

O nation de tout temps reprochée, Qui les chrétiens par fausse trahison Juges toujours sans droit et sans raison.

Je connais le vieux Israélite * qui est l'original de ce 115 portrait; je sais même quelle est la chanson que vous y indiquez : Juge, qui te déplaces, etc. Je sais encore que ces vers faisaient partie de votre Êpître à Maroi : mais je ne trouve pas la place qu'ils doivent avoir dans cette épître, parce que ces dix vers commençant et finissant par deux 120 vers masculins la liaison des rimes est interrompue, ce qui vient sans doute de ce qu'il manque deux vers féminins au commencement de ce portrait. Je vous prie de me confier l'explication de cette anecdote, et vous me connaissez plus qu'il ne faut pour être assuré que je ne ferai 125 aucun mauvais usage de votre confidence.

Parmi plusieurs éclaircissements que votre ami m'a donnés sur vos ouvrages, il m'a nommé

. . . ces trois louves damnées ** Qui tour à tour à vous mordre acharnées 130 Dans leur fureur semblent s'entrepréter

L'unique dent qui leur a pu rester.

* Samuel Bernard. [Note du manuscrit.]

** Les demoiselles de Louvancourt. [Note du manuscrit.]

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