CXXIV. — Brossette a Rousseau
A Lyon, ce 5 octobre 173 1.
La lettre, monsieur, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25 juillet, en réponse à la mienne du 12 juin, m'a été rendue dans son temps, et si je ne vous en ai pas $ accusé la réception, c'est par un retour de mauvaise honte, ne voulant pa-s vous faire apercevoir que j'avais attendu six grandes semaines à vous répondre, moi qui voudrais vous écrire tous les jours. La vérité est que mes fonctions m'avaient occupé sans relâche jusqu'à la fin des audiences,
lo et que je n'avais pas eu la liberté de me livrer à la moindre distraction pendant tout ce temps-là.
J'ai montré à M. Racine l'article qui le concerne dans votre lettre, et il a été très sensible aux louanges que vous lui donnez. Non seulement il m'a prié de vous en faire
15 ses remerciements, mais il veut vous les faire lui-même et il m'a fait promettre que je ne vous envoirais point ma lettre sans y joindre celle qu'il veut vous écrire. Comme je ne vous ai parlé qu'en général des beautés de son poème sur la Religion, je crois que vous ne serez pas
20 fâché que je vous mette en état d'en juger vous-même par quelques exemples. Voici comment il décrit les merveilles de la nature dans le i" chant. C'est la Terre qui parle :
Considère cet arbre et l'art qui le fait croître, etc. ^
Voici l'endroit dont je vous ai parlé dans ma précé-
I. Suivent 40 vers du poème. L. Racine dit dans son édition des lettres de Rousseau qu'ils ne sont pas tout .î fait semblables à ceux qui ont été imprimés et que les remarques de Rousseau les lui firent modifier.
dente lettre et que M. -Racine a imité de TibuUe, élégie I : Ne forgeons point ici de chimères mystiques, etc. ^
Extrait d'une lettre écrite d'Aix par M. de Chateaurenard, le dimanche 30 septembre, au sujet de l'affaire qui
30 occupe toute l'Europe :
« Il arriva mercredi (26) un grand événement, favorable aux Cadières. Les partisans du P. Girard prétendaient qu'on ne devait point réitérer la' confrontation entre la Cadière et lui, parce qu'elle avait déjà été faite
35 devant les commissaires, après la rétractation delà Cadière. Mais au moment que les juges furent entrés, l'avocat Chaudon leur présenta une requête par laquelle il demandait au nom de sa partie et des autres coaccusés la confrontation mutuelle. 11 fallut opiner, et le président de
40 Piolan, qui avait toujours paru persuadé de l'innocence du P. Girard, dit qu'ayant servi longtemps à laTournelle, il avait vu souvent que cette confrontation faite en présence des juges éclaircissait tous leurs doutes, et faisait presque toujours la décision du procès. Il ajouta que
4!) rien n'était plus capable de faire connaître au public que les juges cherchaient la vérité. Enfin, il soutint cet avis par des raisons si fortes et si plausibles, qu'il ramena tous ses confrères à son opinion, à la réserve de quatre qui persistèrent à rejeter la confrontation, disant qu'il sem-
50 blait qu'on se défiât de celle qui avait été faite devant les commissaires. A quoi il y eut un des juges qui répondit : « La confrontation que vous avez faite, messieurs, après la rétractation de la Cadière, n'a nulle apparence de confrontation ; c'est bien plutôt un compliment de politesse