‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 48 sur 128 · CLII. — Brossette a Barrillot · texte numérisé non relu

CLII. — Brossette a Barrillot

A Lyon, ce 28 janvier 1733.

La lettre, monsieur, que vous m'avez écrite d'Amsterdam le 12 de ce mois m'a été envoyée par M. Fabri. Je commence par l'article qui vous intéresse le plus, je veux 5 dire la nouvelle édition de Boileau avec mes remarques. Toute réflexion faite, je crois que vous ne ferez pas mal

de faire cette édition à Genève, après l'assurance que vous avez de MM. les libraires d'Amsterdam et de la Haye qu'ils ne l'imprimeront pas ; car comme vous dites

10 fort bien, le meilleur livre du monde tombe dans une espèce de discrédit quand il est multiplié par un trop grand nombre d'éditions. Mais si vous êtes assuré de MM. les libraires de Hollande, qu'est-ce qui vous assure que ceux de Paris ne contreferont pas votre édition dès

15 qu'elle paraîtra ? Je juge de l'avenir par le passé, et vous avez vu que ces messieurs ont réimprimé, quoique fort mal, notre première édition, sur le privilège que le S"" Esprit Billiot, successeur de Thierry, en a obtenu depuis quelques années. Vous savez aussi qu'ils sont

20 actuellement dans le dessein d'en faire une nouvelle. Quoi qu'il en soit, je tacherai de mettre la dernière main à mon ouvrage, afin que vous soyez en état de faire travailler après votre retour à Genève.

Tandis que vous êtes à Amsterdam, je vous prie de

2) savoir positivement le nom de l'auteur des additions à mes notes, qui furent insérées dans la belle édition in-folio faite en 171 8 chez David Mortier. Vous m'écrivîtes en ce temps-là que ces additions étaient du savant Le Clerc ; vous pouvez aisément vous assurer mieux de cette cir-

50 constance, dont je suis bien aise d'être instruit précisément.

J'accepte avec plaisir l'offre que vous me faites de m*envoyer une copie du libelle de l'abbé Lenglet. Vous jugez bien, monsieur, qu'un ouvrage de ce caractère,

î> qu'il a voulu faire passer sous mon nom, doit exciter ma curiosité. Ma satisfaction serait complète si vous pouviez en obtenir les feuilles mêmes du libraire, en vous rendant caution pour moi que je n'en ferai aucun usage et qu'elles ne sortiront pas de mes mains. Eh ! quel usage en pour-

40 rai-je faire, moi qui ai un si grand intérêt que cette infâme production ne paraisse ? Si j'avais l'honneur de connaître ce libraire, je lui écrirais moi-même pour le prier de satisfaire ma curiosité; mais j'espère que vous obtiendrez cette faveur de lui. Je voudrais que ce fût le

45 même qui souhaite d'avoir une copie du portrait de M. Rousseau; je me déterminerais plus volontiers à le lui procurer. Mandez-moi ses intentions là-dessus, comme par exemple, s'il veut que cette copie soit de la même grandeur que l'original ou plus petite, car l'original a

50 environ deux pieds de hauteur; s'il veut que la copie soit en couleurs, comme l'original, ou en simple camaïeu noir et blanc. J'ai vu bien des graveurs préférer cette dernière manière, parce qu'elle imite l'estampe, et qu'il est, dit-on, plus facile de graver d'après le camaïeu. Ce sont

55 des choses sur lesquelles il faut consulter M. Picart,dont les talents ne sauraient être trop loués et que je regarde comme le plus habile homme du siècle. Puisque nous sommes sur son chapitre, prenez la peine de savoir s'il n'est pas fils du fameux Etienne Picart, surnommé le

■60 Romain, qui était membre de l'Académie de peinture et de sculpture, qui quitta Paris en 1710 pour aller demeurer en Hollande, et qui mourut à Amsterdam, le 12 novembre 1721, dans sa quatre-vingt-dixième année' ; enfin d'où vient le surnom de Romain donné au père et au fils.

65 Quand vous aurez reçu les instructions de M. Picart, touchant la forme du portrait, j'y ferai conformer le peintre que nous emploierons ici pour la copie. L'original est de Van Schuppen, premier peintre de l'Empereur. J'ai l'honneur d'être, etc.

I. Bernard Picard (1663-1733) était bien le fils d'Etienne Picard (1631- 1721), surnommé le Romain, à cause de son long séjour à Rome.

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