‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 6 sur 128 · CIX. — Brossette a Voltaire · texte numérisé non relu

CIX. — Brossette a Voltaire

A Lyon, ce 24 février 173 1.

Il y a plus d'un mois, monsieur, que je reçus une lettre sans date et sans signature, par laquelle on me donnait avis que vous m'aviez envoyé un exemplaire de

5 votre Henriade, mais que le mauvais état de votre santé ne vous permettait pas de m'écrire vous-même. Votre présent est arrivé dans son temps, et je l'ai reçu avec tous les sentiments de la plus vive reconnaissance. Ces motifs sont d'autant plus justes, qu'outre le mérite de ce poème,

jo qui est un des plus beaux ouvrages que nous ayons en notre langue, vous savez que je n'ai jamais rien fait qui put me rendre digne de cette distinction. Quoique je sois

extrêmement sensible au plaisir d'avoir des preuves de votre amitié, je puis vous assurer, monsieur, que je l'ai

15 été davantage au chagrin d'apprendre votre indisposition. La santé d'un homme tel que vous, monsieur, est un bien auquel le public est intéressé : vous l'enrichissez tous les jours de nouvelles productions qui augmentent notre estime, nos obligations, et j'ose dire notre tendresse,

20 envers vous. Je m'estimerais heureux, monsieur, si je pouvais vous marquer par des effets bien sensibles la sincère vénération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.

ex. — Brossette a Chauve lin.

A Lyon, ce 26 février 173 1.

Monsieur, la lettre dont vous m'avez honoré m'apprend que vos libraires de Paris ont formé le dessein de faire une édition in-40 des œuvres de Molière et qu'on souhai- 5 terait d'y insérer les notes que j'ai faites sur cet auteur. Il est vrai, monsieur, que j'ai recueilli depuis longtemps tout ce que j'ai cru pouvoir servir à l'éclaircissement ou à l'illustration de ses œuvres comme je l'ai fait à l'égard de celles de Boileau et de Régnier. Si mes découvertes

10 sont aussi heureuses et aussi utiles qu'elles sont amples, je me ferai un plaisir de les communiquer ; mais il s'en faut bien qu'elles soient en état de paraître aujourd'hui, et par malheur je suis actuellement attaché à des fonctions municipales qui m'occupent tout le reste de cette

15 année et qui m'empêcheront pendant ce temps-là de

tourner les yeux vers aucun objet étranger. Je ne puis donc penser à la révision de mes notes que Tannée prochaine, et l'attention que vous y voulez bien donner sera un nouveau motif d'émulation pour moi.

20 Je suis avec une sincère et profonde vénération, monsieur, etc.

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