CLXXVI. — Le p. Brumoy a Brossette
A Paris, le 25 octobre 1734.
Monsieur, diverses parties de campagne où je me suis trouvé engagé jusqu'à présent m'ont empêché de recevoir
Corr. Rousseau et Brossette, II. ij
de bonne heure votre obligeante lettre, et d'y répondre 5 aussitôt que je l'aurais dû. J'attendais de plus une occasion que j'ai manquée. J'aime mieux ne pas différer plus longtemps que d'en attendre une autre qui tarde trop. Notre petite société littéraire est très sensible, aussi bien que moi, à vos remerciements au sujet de l'affreux ouvrage lo dont le P. Bougeant a parlé comme le public, car l'extrait est de lui et nous n'avons fait que concerter ensemble la manière dont on parlerait de vous sans vous commettre. Je suis charmé, monsieur, que vous en soyez content, et je voudrais de tout mon cœur trouver quelque autre 15 occasion moins fâcheuse de vous marquer à quel point je vous honore comme homme de lettres et comme homme d'honneur. Je n'ose dire encore comme ami, cependant la manière dont vous en usez en m'adressant votre écrit sur M. Despréaux est une preuve, non seule- 20 ment de la plus exacte probité, mais même d'amitié et de confiance pour nous. Nous y répondrons, monsieur, en l'insérant dans notre journal. Au moins, le P. Rouillé qui a soin des nouvelles littéraires me l'a promis et me prie de vous le mander de sa part. Cela est trop juste en toutes 2$ manières, et me le parait encore davantage par l'estime singulière que je fais d'un poète que quelques-uns de nos modernes ont vainement voulu dégrader du haut rang qu'il tient et qu'il tiendra toujours sur le Parnasse. A l'égard de nos prédécesseurs, oubliez, s'il vous plaît, leurs 30 fautes ou leurs méprises. Nous sommes tellement déterminés à les corriger et à nous en préserver, que nous serons toujours prêts nous-mêmes à écouter et à suivre les avis de quiconque voudra bien nous donner des conseils, quand même ils ne seraient pas aussi polis et aussi 35 aimables que les vôtres. M. l'abbé Chalus sait nos dispositions sur cet article. Il n'ignore pas non plus mes senti-
ments sur ce qui vous regarde. Je vous prie, monsieur, de l'écouter sur cela, sans trop le croire sur ce qu'il veut bien vous dire d'obligeant sur mon compte. Je ne puis
40 toutefois que lui en savoir gré, et vous me ferez plaisir, quand vous le verrez, de l'assurer que nous ne l'oublions pomt, le P. Rouillé et moi. J'ai vu ici en passant M. son frère et nous nous sommes fort entretenus de lui chez M. Coignard. J'ai l'honneur d'être avec autant d'estime
45 que de respect, monsieur, votre très humble et très obéissant sers'iteur.
Brumoy, J.