Cette phrase est biffée
avis, est entièrement dans le goût et dans le style de Perse,
80 et vous avez affecté d'y enfermer moins de mots que de sens-y on ne peut rien voir de mieux frappé que le portrait du poète que vous avez eu en vue, et s'il était bien avisé, il profiterait des leçons que vous lui donnez, au lieu de se répandre en injures grossières, qui le déshonorent sans
85 diminuer votre réputation.
L'épître à M. Rollin est d'un caractère différent, mais tout le monde la regarde comme un de vos chefs-d'œuvre, et elle vous a été dictée par Horace pour le style et par Plutarque pour les sentiments. A l'égard de l'épître à
90 Thalie, elle m'a fait un plaisir infini, parce qu'elle regarde Molière, sur qui vous savez que j'ai de grands desseins ; je m'imagine qu'elle contient une partie des réflexions que vous m'avez dit avoir faites autrefois sur cet illustre écrivain.
95 Je ne puis m'empécher de vous dire, monsieur, que vos trois épîtres, l'une satirique, l'autre historique et la troisième morale, m'ont rappelé une pensée dont j'ai déjà eu l'honneur de vous faire part et qui me vient toutes les fois que je lis un de vos ouvrages : c'est que, s'ils ne sont 100 accompagnés de quelques notes, pour faire connaître à la postérité et même à la plupart de nos compatriotes les personnes, les écrits, les faits, auxquels vous faites allusion, vos ouvrages perdront une partie de leur mérite. Par exemple, dans votre épître au P. Brumoy : Un Nourisson
105 du Parnasse avoués etc., c'est sans doute l'auteur du Vert- Vert, quelques-uns pensent que c'est le P. Du Cerceau. Qui est cette Fée autrefois sœur professe dans Amathonte ? Etc. Pour moi Véclat dont je brille aujourd'hui vient de moi seul, etc. Cet endroit sera beaucoup plus intéressant pour
iio ceux qui apprendront par une note que Voltaire a tenu souvent de pareils discours, comme on me l'a assuré. Je
me rappelle à ce sujet ce que j'ai dit dans la préface de mon commentaire sur Boileau, car j'en suis toujours pour les commentaires. « Quelle satisfaction, ai-je dit, et
115 quel avantage ne serait-ce pas pour nous, si les anciens avaient laissé des éclaircissements de cette sorte, sur Horace, sur Perse, sur Juvénal ! S'ils nous avaient instruits sur une infinité de faits, d'usages, de portraits, d'allusions que nous ignorons aujourd'hui, que l'on ignorera tou-
120 jours, et dont néanmoins l'explication donnerait un grand jour à ces auteurs. »
Mais à propos de commentaire, vous n'ignorez pas que depuis une année on a fait à Paris une édition du mien, lequel on a affecté de mutiler d'un bout à l'autre de la
12S manière la plus pitoyable et la moins sensée. Passe pour cela : mais le motif que l'éditeur donne de cette ridicule mutilation n'est point obligeant. Il dit que les notes de ce vaste commentaire sont trop amples^ et par conséquent inutiles. Cette raison est si évidemment fausse que le
130 libraire Alix, qui a fait cette édition, me fit écrire plusieurs fois, il y a deux ou trois ans, par Coignard, son confrère, pour me prier de lui envoyer les additions considérables que j'ai faites à mes notes, afin de les insérer dans une nouvelle édition qu'il voulait faire. Je les lui
IÎ5 refusai pour bonnes raisons, et lui, pour se venger de ce refus, et ne pouvant avoir mes augmentations, il a fait des retranchements qui ont rendu mon commentaire un véritable squelette et un monstre. Le plaisant de l'affaire est que, dans V Avertissement du libraire, l'éditeur approuve la
140 longueur des notes que l'on fait sur les ouvrages historiques ; et il n'a pas vu, ou n'a pas voulu voir, que les ouvrages satiriques, tels que ceux de M. Despréaux, pleins de caractères et de personnalités, sont des ouvrages purement historiques, et que les notes qu'on y fait ne sau-
I \ ) raient être trop étendues, pourvu q u'elles soient nouvelles, instructives, et qu'elles aillent en droiture à Téclaircissement des faits. J'ose me flatter que mes remarques ont quelques-unes de ces qualités, depuis que vous m'avez dit, dans une de vos lettres, que mes notes étaient tournées
I yo uniquement au profit des lecteurs et débarrassées de toutes ces vaines superfluités, qui, au lieu d'éclairer le texte, ne font que dégoûter de la critique. Dans une autre lettre, monsieur, votre politesse vous a dicté un éloge que ma raison et ma conscience me défendent toujours d'adopter:
i>) c'est quand vous m'avez dit, quant au style, que si vous aviez à faire des notes, vous ne dédaigneriez pas de prendre les miennes pour modèles. Cet éloge me fait rougir, en vérité, mais en le réduisant à sa juste valeur, il signifie au moins que vous ne désapprouvez pas mon com-
160 mentaire. Votre approbation a été confirmée par les suffrages du public, et je me mets peu en peine qu'un petit libraire ait entrepris de me déshonorer en défigurant mon ouvrage, dont on voit néanmoins qu'il fait assez de cas pour l'imprimer.
16) Or, monsieur, vous auriez peut-être bien de la peine à deviner celui que l'on dit être l'auteur de cette injurieuse mutilation. Quoique mes amis de Paris m'aient assuré de toutes parts et bien positivement que c'est M. l'abbé d'Olivet, je refuse absolument ma croyance à un fait de
[70 cette nature, premièrement parce qu'il le désavoue comme un sacrilège, et même plus fort ; en second lieu, parce qu'autrefois, et depuis vingt-cinq ans, il faisait profession d'être le meilleur de mes amis, comme j'étais des siens, et il n'est ni croyable ni possible qu'un ami soit capable
175 d'une telle perfidie. Cependant je me souviens d'avoir ouï dire à une dame fort spirituelle que, dans l'amitié la mieux acquise et la mieux méritée, il faut faire un fonds
de constance et de vertu pour en pouvoir soutenir la perte.
180 Pour vous donner une idée de cette belle édition, je vous marquerai ici deux ou trois fautes grossières parmi un grand nombre d'autres. Dans la note sur le vers 126 de la satire X, on lit que Port-Poyal, monastère de religieuses près Versailles, est nommé YAbhaye de Saint-Cyr.
185 N'y a-t-il pas bien du rapport entre Port-Royal et Saint- Cyr ? Et d'ailleurs on confond Port-Royal des Champs avec Port-Royal de la ville. A la fin de la première note sur l'épître III, il est dit qu'à la révocation de Vèdit de Nantes (c'est-à-dire en 1685) /^ ministre Claude se retira à
190 la Haye, où il mourut, dit-on, le 16 janvier i6y6. Il y a ici deux bévues remarquables : i^onfait mourir ce ministre àLa Haye en 1676, c'est-à-dire neuf ans avant qu'il s'y fut retiré ; 2° la véritable date de la mort est 1687 et non pas 1676.
195 Qjaoique ma lettre soit déjà trop longue, je ne la veux point finir sans vous parler d'un ouvrage qui vous intéresse et dont vous trouverez ici une copie ^ C'est une ode qu'un de nos académiciens de Lyon, homme d'esprit et de goût, a composée depuis peu à votre honneur et gloire.
200 Cette pièce servira du moins à vous faire connaître les sentiments que nous avons ici pour vous et de quelle manière nous pensons sur votre compte. Vous savez depuis longtemps que je suis plus que personne, et le plus sincèrement du monde, monsieur, votre, etc.
I. Cette ode, en huit strophes, a été transcrite en effet à la suite de la lettre ; mais le nom de l'auteur a été biffé si fortement qu'il est impossible de le lire.