‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 84 sur 128 · CXC. — Rousseau a Brossette · texte numérisé non relu

CXC. — Rousseau a Brossette

A Bruxelles, le 3 mars 1739.

Ce n'est point, monsieur, la privation des nouvelles

politiques ni littéraires qui m'a fait regretter la longue

interruption de notre commerce depuis l'année 1736. C'est

5 l'intérêt seul que je prends à votre santé, et à tout ce qui

vous touche, qui m'a fait regarder comme un vrai sup-

plice de ne point recevoir de vos nouvelles. Vous avez su sans doute que j'ai été affligé, l'an passé, du même accident qui vous a frappé depuis, et que je ressens d'au- 10 tant plus vivement que je sais mieux ce qu'en vaut Faune.

Gnarus et ipse mali miseris succurrere disco.

Vous vous apercevrez aisément au changement de mon écriture de celui qui est arrivé en ma personne ; mais

is mon cœur toujours le même pour mes amis ne se ressent point de la débilité de mes forces. Croyez donc que je prends toujours la même part que j'ai toujours prise à tout ce qui vous regarde. J'attends avec impatience votre nouvelle édition du commentaire sur Boileau. Je suis

20 bien persuadé que son succès sera plus heureux que n'a été celui de mon voyage à Paris, dont M. Racine peut vous rendre compte et où j'ai trouvé, parmi une corruption presque générale, des vertus qui me feront toujours regretter l'exil auquel je me suis condamné pour le reste

25 de ma vie. Elle sera consacrée jusqu'au bout, quoi qu'il arrive, aux sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je suis inviolablement, monsieur, votre, etc.

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