‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 9 sur 128 · I. Le maréchal de Villeroy · texte numérisé non relu

I. Le maréchal de Villeroy

coboni s'est retiré à Parme ; il passa par Lyon au mois de septembre dernier, avec M^^^ Flaminia, son épouse,

95 et M. son fils, et ils prirent la peine de me venir voir.

Au reste, monsieur, je ne me dédis point de ce que

je vous ai mandé sur vos propres ouvrages : ils ne

méritent pas moins d'être commentés que ceux des trois

auteurs célèbres qui m'ont passé par les mains, et aux-

100 quels, selon mon avis, les vôtres ne sont pas inférieurs. Mais, à vous parler franchement, je ne crois pas qu'un tel commentaire doive partir des mains de l'auteur même. Un auteur est trop gêné en parlant de soi et de ses ouvrages ; il n'oserait hasarder presque rien de person-

105 nel ; il ne peut lâcher tout au plus que quelques éclaircissements étrangers et indirects, et ce ne sont pas ceuxlà qui sont les plus intéressants pour le public et pour lui-même. Je suis persuadé que si M. Despréaux, par exemple, avait voulu donner des éclaircissements sur ses

iio œuvres, toute la besogne aurait été réduite peut-être à la valeur d'une feuille d'impression. Voyez quelle sécheresse ! J'en puis parler avec quelque sorte de certitude, car j'ai en mon pouvoir un exemplaire de ses œuvres, sur lequel M. Le Verrier avait commencé à barbouiller

115 quelques observations fort mal digérées. M. Despréaux en fut indigné, et les ayant toutes effacées de sa main, il y substitua d'autres notes de sa façon, dont la plus longue n'a que trois ou quatre lignes, mais il ne voulut jamais rendre l'exemplaire à M. Le Verrier, disant qu'il

120 l'avait jeté au feu. Cependant, après la mort de M. Despréaux, ce livre m'a été remis avec la plupart de ses autres papiers, suivant son intention ». De là je conclus

I. Ce précieux exemplaire, venu récemmentauxmainsdcM.Lachèvre a fourni l'occjsion de l'ouvrage suivant : Les satires de Boilcau commentées

Corr. Rousseau et Brossette, II. }

que c'est à l'auteur même à donner les matériaux du commentaire, mais que c'est à l'ami à les mettre en œuvre.

25 Nous parlerons une autre fois plus amplement de cela; ma lettre n'est déjà que trop longue pour vous ennuyer ; mais pardonnez au plaisir que j'ai de m'entretenir avec vous. Je le ferais plus souvent puisque vous me l'avez permis, sans les misérables fonctions auxquelles je suis

130 dévoué sans cesse et sans fin. Elles finiront pourtant avec l'année que nous courons ; mais ce qui ne finira qu'avec ma vie, c'est la tendre et sincère estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc.

Ma lettre étant sur le point de partir, j'en ai reçu une

155 de M. l'abbé d'Olivet, par laquelle il me mande que vous lui avez écrit au sujet de mes remarques sur Molière et de l'ouvrage que vous méditez. Cela me fait comprendre que vous y travaillez sérieusement, et je vais travailler sérieusement aussi pour mériter l'honneur de cette

140 association.

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