‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 91 sur 128 · CXCVIII. — Brossette a Louis Racine · texte numérisé non relu

CXCVIII. — Brossette a Louis Racine

Lyon, ce i^r juin 1740.

On imprime actuellement, monsieur, la dernière édition de mon commentaire sur les œuvres de M. Despréaux, dans laquelle je fais des augmentations et des change- 5 ments considérables. Une partie de ces additions consiste en un grand nombre de lettres, dont la plupart avaient été écrites à M. votre père par M. Despréaux, pendant le voyage qu'il fit en 1687 à Bourbon pour y aller prendre les eaux. Dans une de ces lettres, datée du 2 septembre

10 1687, il est fait mention de vous, monsieur, au sujet d'une maladie que vous aviez en ce temps-là et dont M. votre père informait son ami. M. Despréaux lui mandait en réponse : « Je suis bien fâché de la juste inquiétude que vous donne la fièvre de M. votre jeune

15 fils. J'espère que cela ne sera rien; mais si quelque chose me fait craindre pour lui, c'est le nombre des bonnes qualités qu'il a, puisque je n'ai jamais vu d'enfant de son âge si accompli en toutes choses. » Ce portrait qui vous convient si bien me donnera occasion de faire mention

20 de vous dans mes notes. J'y parlerai de votre poème sur la Grâce, de celui de la Religion et de ceux de vos autres ouvrages qui seront venus à ma connaissance ; mais pour cela j'ai besoin de votre aide et il faudra que vous me donniez une idée de ce que vous souhaitez que je dise.

25 Je voudrais savoir votre nom dé baptême et l'âge que vous aviez dans le temps auquel M. Despréaux écrivait sa lettre.

Mais à propos de votre poème de la Religion, je vous avais prié par une de mes précédentes lettres de m'en donner des nouvelles ; comme vous n'avez point satisfait

so à cette question, je vous prie encore aujourd'hui de me

mander où vous en êtes à cet égard, et quand nous aurons

le plaisir de voir un ouvrage si digne de louanges, et qui

me parut si beau, quand vous m'en fîtes la lecture.

J'oubliais de vous dire que les copies que j'ai des lettres

s 5 de M. Despréaux à M. Racine sont de la main de M. votre frère, et corrigées par M. Despréaux lui-même. 11 serait à souhaiter qu'on pût recouvrer les lettres que M, votre père avait écrites à M. Despréaux : cela ferait une suite fort agréable. Parmi les lettres de M. Despréaux, il

40 y en a une datée du 3 juin i<n93, dans laquelle il mande à M. votre père que Madame Racine lui avait fait l'honneur d'aller souper chez lui avec toute sa petite et agréable famille. Vous étiez sans doute de cette partie qui se passa, dit-il, fort gaiement, à quoi il ajoute ce qui suit et

45 qui regarde, à ce que je crois, M. votre frère : « J'entretins fort M. votre fils, qui, à mon sens, croît toujours en esprit et en mérite. Il me montra une traduction qu'il a faite d'une harangue de Tite Livc, et j'en fus content. Je crois non seulement qu'il sera habile pour les lettres, mais

50 qu'il aura la conversation agréable, parce qu'en effet il pense beaucoup et qu'il conçoit fort vivement tout ce qu'on lui dit. »

Comme il y a dix ou onze ans que je n'ai vu M. votre frère, je vous prie de m'apprendre l'état de sa santé, à

S S laquelle je m'intéresse beaucoup.

Avant que de finir ma lettre, je vous dirai que j'écrivis, il y a plus d'un mois, à M. Rousseau, par un de mes amis de Lyon qui devait aller à Bruxelles ; mais je crois que ma lettre ne lui a pas encore été rendue, puisque je n'ai

60 pas de réponse. La dernière fois qu'il m'écrivit, il me faisait une peinture si vive et si toucliante de ses indispositions, que j'en fus extrêmement affligé.

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