CORRESPOND ANGE
demain dans cette dernière ville, suiv»e mes tristes affaires, qui ne seront pas finies de sitôt, et qui même, selon toutes les apparences, fatigueront le reste de ma vie; la vôtre continue d'être cruellement tourmentée par les inquiétudes que vous donne la comtesse Louise. J'espérais dernièrement que le mieux se déciderait; mais il paraît que la Providence veut encore vous éprouver tous. Je consulterai quelque médecin surice que vous me demandez, et si j'en reçois une réponse raisonnable, je vous en ferai part. Que vous dire encore? Patience : c'est le mot de la terre; il se traduit plus haut dans le mot de joie. C'est tout ce que nous savons de la langue du ciel. Il y a quelque espérance d'éviter la guerre, au moins une guerre immédiate: remercions-en Dieu. Les catastrophes que faisait craindre le procès des ministres paraissent aussi moins imminentes depuis quelques jours ^ Si aux deux extrémités de notre société (les extrêmes se touchent) on ne trouvait pas les royahstesetlesjacobins,lapaixintérieurene serait pas troublée, et l'ordre s'établirait, pour ainsi dire, de lui-même; car presque tout le monde le désire et en sent le besoin. Notre gouvernement est doux, et veut être juste; mais, à mon avis, il comprend mal sa position, et ceci peut amener de nouvelles secousses. Les gens à prophéties contribuent aussi, pour leur part, à troubler les esprits faibles. Cela fait plus d'une sorte de mal, en inquiétant les uns, et en empêchant les autres de se rallier à un ordre de choses qu'ils croient devoir finir à jour fixe; et, en ce genre, il n'est point de si absurde extravagance qui ne se loge à merveille dans certaines têtes plus extravagantes encore : vous en connaissez et j'en connais un assez grand nombre de ce modèle.
* Cinq jours après, le 18 octobre, une tentative fut faite pour enlever les ministres prisonniers, que le gouvernsment, on le savait, voulait soustraire à une condamnation capitale. Le général Daumesnil, gouverneur de Vincennes, lit mettre en batterie, à cette occasion, quatre pièces d'artillerie chargées à mitraille, et les journaux annoncèrent, avec une certaine emphase, qu'il comptait s'en servir contre les fous qui renouvelleraient l'attaque du 18 octobre. Ce fut justement à l'occasion de ces troubles populaires qu'éclata une scission marquée entre le minisire de l'intérieur (M. Guizot) et le préfet de la Seine (M. Odilon Barrot), laquelle amena peu après la retraite de MM. de Broglie, Guizot et Mole.
Si VOUS voulez avoir une idée tle ce ({ue la France «gagnerait au rctoui' de Charles X , voici un mot de lui. On parlait en sa présence de M. de Poli^niac. « Il m'a, dit-il, fait régner un an de plus. » Voyez ce qu'il lui faudrait pour régner deux ans. Dieu a bien lait toutes choses.
Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de la comtesse Louise; j'ai si grand besoin de la savoir mieux! et non-seulement pour elle, mais pour vous, et M. de Senfît '.