A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT
Juilly, le 5 décembre 1830.
Deux mots seulement pour ne pas laisser d'interruption dans nos lettres. Ce que vous désirez pour V Avenir sera fait; ce journal produit un effet immense, et qui passe de beaucoup tout ce qu'il était raisonnable d'attendre. J'espère qu'il contribuera puissamment à réconcilier les esprits en France, et à opérer l'affranchissement complet des catholiques. Des associations se forment partout pour réclamer, par toutes les voies légales, les bbertés promises, et qui sont notre droit, comme le droit de tous. Sans doute nous trouvons des oppositions, mais ces oppositions sont notre force, parce que la force ne
' Modène, où liahilail la comtesse Ricciiii, inlimement liée avec la lamille de Senfl't.
se développe que par le combat. Deux de nos numéros ont été saisis; nous avons, Lacordaire et moi, comparu devant le juge d'instruction, et nous ignorons encore si le gouvernement donnera suite à cette affaire ^ Nous n'avons pas à redouter le procès dont on nous menace. L'opinion publique est pour nous, et il sera beau d'avoir à défendre, en présence de la France, la cause de tous les Français. Car ce que nous voulons, ce que nous demandons, ce que nous obtiendrons tôt ou tard, c'est la liberté égale pour tous.
Il y a peu de jours, la guerre paraissait imminente ; aujourd'hui, nous avons de grandes espérances de paix. On parle même d'un traité d'alliance offensive et défensive avec l'Angleterre; si cette nouvelle se vérifie, bien des calamités seront épargnées à la France et à l'Europe.
Prenez courage et comptez sur Dieu. Je "recommande à notre cher comte de ne se point laisser aller à une tristesse extrême qui ne serait pas chrétienne. Nous nous retrouverons tous un jour là où il n'y a plus de larmes, mais le repos, mais la joie; une joie pleine qui ne finit point.