A M\I)AME LA COMTESSE DE SE.NFFT
Juilly, li janvier 1831.
Il y a un temps infini que je n'ai reçu de vos nouvelles, et je n'ai pu nioi-nièine vous écrire depuis un assez grand nombre de jours, car je suis très-souffrant et plus que jamais accablé d'occupations de toutes sortes. Il faudra que je me rende la semaine prochaine à Paris, où je trouverai de nouvelles fatigues pour me préparera notre procès qui sera appelé le 29. Le jugement par jury, dans les affaires surtout qui tiennent à la politique, étant ce, qu'il y a au monde de plus incertain, il serait très-possible que ma première lettre lût datée de Sainte- Pélagie. Mais qu'importe? Dieu est là comme ailleurs, et là comme ailleurs, et plus qu'ailleurs peut-être, on peut défendre la cause du catholicisme et de la liberté. Que de choses j'aurais à vous dire là-dessus? Quels flots de lumière se répandent chaque jour sur l'avenir du monde ! Et qu'est-ce que cela fait que tant d'hommes, encore esclaves volontaires de leur amour-propre et de leurs préjugés, s'obstinent à fermer les yeux et à contrarier l'action de la Providence? Cette lumière on est-elle moins vive, et cette action moins puissante? Pendant qu'ils disent non, le fidt divin agite dans le monde les élémenls de l'ordre nouveau, et l'œuvre d'en haut s'accomplit. Que fautil de plus?
Je pense que vous pouvez recevoir V Avenir, et que la défense ne vous atteint pas' ; car, enfin, le roi^ a bien une autolité légitime, entière et pleine, sur l'intelligence de ses sujets; il aie droit imprescriptible de penser pour eux, de juger pour eux ; — mais vous n'êles pas du tout ses sujets.
Nous attendons à chaque instant la nomination du Pape. Les uns disent Pacca, les autres Gregorio, et moi je dis celui dont le nom est écrit sur les tables du Pontificat éternel. Pendant que les honunes cherchent. Dieu a déjà trouvé.
* V Avenir, prohibé â Turin.
* De Piémont.
Nous eûmes, il y a quelques jours, une très-belle aurore boréale. Les croyants aux prophéties qui continuent de courir, et qui font du mal dans les provinces, crurent que, pour le coup, c'était le hndement de Paris. A présent, ils assurent qu'il est renvoyé en février.
Que le bon Dieu vous console et vous bénisse durant cette nouvelle année 1 — ce vœu-là sort d'un cœur qui est bien entièrement à vous.