‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 116 sur 238 · A M. LE COMTE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SENFFT

Juilly, le 18 janvier 1831.

Votre lettre, mon ami bien-aimé, est venue adoucir des souffrances très-vives, accompagnées d une fièvre presque continue qui me fatigue depuis plusieurs jours. Je bénis de toute mon âme la divine Providence qui vous envoie, après tant de douleurs et de tant de sortes, ce soulagement inattendu^; c'en est un grand pour moi, car je ne saurais vous dire combien de fois, le jour et la nuit, songeant à vous, je combinais des plans, sinon de bonheur, au moins de repos ; et ce n'était, hélas! que des rêves. Mais enfin la réalité est venue de Celui de qui tout vient, excepté le mal, et, encore une fois, je lui rends mille actions de grâces du fond de mon pauvre cœur à moitié flétri par l'âge et le chagrin.

J'aurais une infinité de choses à vous dire sur ce qui se passe en Europe. La vraie liberté, celle où est le salut, trouve ici des obstacles sans nombre et de tous lescôlés; elle en trouve dans le Pouvoir; elle en trouve dans le clergé, dans les royalistes, dans les niais et dans les hypocrites de libéralisme; cependant elle fait des progrès, de rapides progrès, et d'ici à peu d'années vous verrez un étonnant changement dans le inonde. Oh ! si l'on savait voir et prévoir, là !

Vous connaissez l'évêque de Saint-Brieuc. Bien entendu il

* M. de Senflt, rappelé de Turin à Vienne, allait recevoir une nouvelle mission diplomatique. Il fut ultérieurement envoyé à Florence.

est (le l'avis du R . de S. • sur V Avenir; il vient de faire un Mandement conti'e lui ; mais c(î Mandement ne elian^'era pas l'opinion de son diocèse;, qui est diamétralement opposée. Ce bonhomme n'y voit autre chose que « de se ixiidre agréable au gouvernement. » Or, conduit par cette idée fixe, que pensezvous qu'il ait imaginé? Il a renoncé au titre de Monseigneur comme trop féodal, et \\ veut qu'on l'appelle mon liévérend Père en Dieu. Nous en avons une soixantaine à peu près de cette force. Vous qui les connaissez, vous ne devineriez pas jusqu'où va leur bassesse et leur servilité : ils vendraient l'Église, non pour trente^ mais pour \in denier. Eh bien, qu'ils la vendent donc ! — ils ne la livreront pas, du moins; je vous le jure!

Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de M'"^ de Senfft; ce que vous me dites de sa santé m'inquiète.

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