‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 117 sur 238 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

Juilly, 14 février 1851 -

Ce long voyage en cette saison, et souffrante comme vous l'êtes, me donne de l'inquiétude. J'espère, au moins, que vous n'êtes pas tellement pressée que vous ne puissiez prendre quelque repos en route; vous en aurez sûrement besoin. Si ce n'était la fatigue, je ne vous plaindrais pas de quitter Turin; je ne vous plaindrais pas même d'aller habiter quelque Heu tranquille, sous un beau ciel, dans mon cher Orient, et si je pouvais disposer de moi-même, je solliciterais le bonheur d'y être votre aumônier. Mais, hélas! mes voyages sont finis; je le sens au déclin de mes forces ; et des devoirs pénibles autant que nombreux ne tarderont pas à consumer le peu de vie qui me reste. Avec des goûts très-pacifiques, j'aurai passé mes jours dans une guerre continuelle, tant nous sommes maîtrisés par quelque chose de plus fort que nous ! Je vous envoie le recueil de notre procès qui a produit un bien immense ^.

• Du roi de Sardaigne. Voir les noies précédentes.

* Ce procès, ainsi que nous l'avons dit dans une des notes précédentes, s'était terminé par l'acquittement des trois prévenus.

Oh ! que notre chère France ressemble peu à l'idée qu'on s'en est faite, et qu'elle offre de ressources encore, si on savait les reconnaître et en user! C'est le gaUicanisme qui nous a tués et qui nous tue encore. Dès que le cathohcisme se montre tel qu'il est, tel qu'il fut dans les siècles de sa force et de sa grandeur, toutes les âmes se portent vers lui/Il ne dépendrait que du clergé d'opérer des merveilles, et de rapprocher de lui le plus grand nombre de ses ennemis, qui ne demandent qu'à oublier des fautes graves. Mais nous n'en sommes pas encore là, et la lettre du P. Ventura, que je vous envoie avec ma réponse, n'est pas propre à hâter ce moment K Il faut que ce pauvre homme ait perdu la tête. Les gaUicans se sont saisis, avec une joie enragée, de ses paroles, pour relever le courage de leur parti abattu. VAmi, la Gaz-ette, gonflés d'espérance et de venin, sont, en quelques jours, devenus presque des crapauds-géants ; mais ils ont beau faire, leur temps est passé; il ne reviendra plus.

Donnez-moi de vos nouvelles. Deux mots me suffiront. Pourvu que je sache que vous vous portez bien, je serai content.

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