‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 130 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

Paris, le 17 août 1851.

Je vous remercie mille fois, mon cher ami, des bonnes et douces paroles que vous me dites, et de l'intérêt que vous prenez à ma chétive santé. Je voudrais de tout mon cœur aller essayer de la rélabUr près de vous ; le plaisir de vous voir y ferait plus que le voyage et le changement d'air. Malheureusement, il n'y a pas moyen de quitter ma galère ; j'y suis enchaîné et rivé, comme Prométhée sur son roc. Au Heu de prendre un peu de repos, je vais me trouver, pendant deux mois, plus surchargé que jamais, par le départ du pauvre abbé Gerbet dont l'état m'inquiète, et que j'ai décidé à partir pour la Bretagne, dans l'espérance que le mouvement et la distraction lui feront quelque bien. Je me propose de voir demain M'"*' de Coriolis avant de retourner à Juilly : ce sont des moments bien doux que ceux qu'elle me permet de passer près d'elle ; pourquoi faut-il qu'ils soient si courts? Vous voyez ce qui se fait et ce qui se dit dans la Chambre : c'est un crescendo de bêtise et d'infamie dont Dieu seul connaît le dernier terme. Tout se prépare pour une nouvelle crise ; Dieu veuille qu'elle no soit pas terrible! Les royalistes, d'un autre côté, sont au moins aussi fous que jamais; vous en savez quelque

chose, \h où vous êtes ' . l*artont où je suis, il y a quelqu'un qui vous est bien teiidrenieiit dévoué.

r,34. - A MONSEIGNEUU I. \ M h UDSCII 1 NI,

ANCIFN NONCE A PARIS.

Paris, 5 septembre 1851, Monseigneur,

On vient de me communiquer une lettre, écrite de Savoie, par un prêtre respectable, dans laquelle se trouvent ces mots:

« Monseigneur L. s'est plaint amèrement de M. de L. à l'é- « vêque d'Anneci, en présence de plusieurs ecclésiastiques. (( Voici ses propres paroles : « Aux premiers jours de Tappa- « rition de son journal, je le fis demander ; je le suppliai de « ne pas en poursuivre la publication ; il me répondit comme (( un ange ; il me promit tout, et ne tint pas parole. Je le conte sidéré comme un des plus grands ennemis de l'Église. Il a « égaré l'esprit de plusieurs ecclésiastiques belges, qui, sous « prétexte que l'évêque ne peut attenter à leurs droits politi- « ques, ne lui rendent pas l'obéissance promise, » etc.

L'auteur de cette lettre invite à la publier avec son nom, afin de donner lieu à une justification nécessaire. J'ai cru devoir demander qu'on retardât cette publication, jusqu'à ce que vous fussiez instruit des propos qu'on vous prête, et auxquels je me reprocherais d'ajouter la moindre foi, dans la profonde conviction où je suis que vous êtes incapable d'avancer des faits matériellement faux, et connus de vous pour tels.

Vous savez parfaitement que toutes les fois que j'ai eu l'honneur de vous voir, je suis allé chez vous de moi-même, sans que jamais vous m'ayez demandé; que jamais vous ne m'avez témoigné môme le simple désir que V Avenir cessât de pa-

' ... « Venez ici. Peul-ùlre rcdrosscrez-vous renlcnilemcnt de nos gens (les royalistes de Toulouse) qui s'entêtent à confondre le passif A\ec Y actif. Ainsi Ibnl-ils leur budget. Aussi voyez le bol ordre qui règne dans leurs all'aires. » — M. de Coriolis à Lamennais. Toulouse, 5 août 1851.

raître ; que, dès lore^ je n'ai pu ni vous rien promettre à cet égard, ni par conséquent manquer à ma promesse ; qu'à la vérité, vous eussiez souhaité que nous n'eussions pas séparé la cause que nous défendions des intérêts personnels d'Henri V ; mais que c'est là aussi l'unique observation que vous nous ayez faite pendant plusieurs mois ; enfin, que la dernière fois où j'eus l'honneur de causer avec vous, vous vous bornâtes, sans d'ailleurs vous expliquer davantage, à me répéter à plusieurs reprises, que « vous approuviez nos doctrines théologiques, mais que vous n'approuviez pas nos principes politiques. » Voilà, personne ne le sait mieux que vous, l'exacte et pure vérité sur ce qui s'est passé entre nous relativement à V Avenir. Je ne puis donc croire, un seul instant, aux paroles qu'on vous attribue. Quant à ce qui concerne les ecclésiastiques belges, je ne saurais croire non plus que vous ayez pu porter contre moi des accusations d'une nature si grave, sans être certain qu'elles reposaient sur des faits avérés. Or, j'atteste que ces faits n'existent pas, et n'ont même jamais pu exister, puisque, excepté deux ou trois lettres insignifiantes que j'ai reçues de la Belgique, à de longues distances, je n'ai jamais eu de relations avec aucun ecclésiastique de ce pays.

Qu'après cela, monseigneur, vous ayez dit que « j'étais à vos yeux l'un des plus grands ennemis de l'Église, » — comme il n'y aurait rien au delà d'une pareille injure, pour un chrétien et pour un prêtre, — supposer qu'elle soit, en effet, sorlie de votre bouche, sans en avoir la preuve incontestable, est une chose dont la seule pensée m'effrayerait.

Cependant il n'est pas douteux que les bruits dont je viens de vous parler, circulent en Savoie, et ne tarderont pas à circuler ailleurs. Ils tiennent probablement à ce système de calomnies dont on cherche, depuis quelque temps, à me rendre la victime. Et comme, pour rien au monde, vous ne voudriez, monseigneur, favoriser, même involontairement, ces calomnies odieuses, la conscience, l'honneur, tout me fait un devoir de penser que vous me mettrez à même de confondre, le plus tôt possible, celles qui se répandent sous votre nom. La réputation d'un prêtre n'appartient pas seulement à

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lui, elle appartioiit encore et surtout à l'K^^lise; c'est pourquoi je croirai ne rien (l(!voir iié^dii^^cr jjour défendrcî la inieiine. J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, etc.

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