A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT
Rome, le 12 avril 1852.
Je ne vous dirai jamais assez combien votre affection m'est prépieuse et douce, et combien les nouvelles marques que
d'Autriche.» Elle ajoutait, avec plus de raison^ que la présence des soldats français et l'apparition du drapeau tricolore ne pourrait qu'augmenter l'agitation politique des Légations. M. de Saint-Aulaire répondit simplement que la tlolte française étant déjà partie, il n'était plus possible de Tarrêter. Ancône fut occupé de fotce, le 25 février, nos sapeurs ayant brisé à coups de hache les portes encore fermées.
L'occupation dAncône eut, en somme, pour résultat de rendre le Saint- Père plus facile sur certaines concessions diplomatiques : la reconnaissance de Léopold pour roi des Belges, la dispense de mariage qui lui permit d'épouser Louise d'Orléans, etc., etc.
' Lettre supprimée ; — A M. de Potter. Rome, le 2 avril 1852. — Lamennais entretient le célèbre agitateur belge d'un projet d'association pour la réforme de la Société. Il en avait rédigé le progranmie. M. de Potter en avait foriimlé le règlement organique. Ils furent, à eux deux, les seuls membres qu'elle ait jamais compté.
VOUS m'en donnez dans voire dernière lettre m'ont touché. Mais, en môme temps, cette lettre, visiblement écrite sous l'influence d'itlées su^^gérées, est tellement loin des faits, en ce qui touche mes sentinienls et ma position, — tellement en dehors des réalités que personne n'oserait, au moins publiquement, révoquer en doute, — que je n'ai rien, absolument rien à y répondre. Si vous me conjuriez sérieusement de ne pas [)oignarder mon fi'ère, que voulez-vous que je disse à cela'.' Si celte pensée était venue de vous, j'é[)rouverais sans doute un sentiment qu'il me serait difficile de réprimer; mais jamais, jamais on ne me persuaderait que vous pussiez en concevoir de semblable !
Encore une fois, donc, je ne vois, dans tout co que vous m'écrivez, que le mouvement de votre cœur, qui sera toujours bon, pur et noble. Le reste, je le renvoie à ceux, quels qu'ils soient, auxquels il appartient : qu'il rentre d'où il est sorti ; il y sera bien caché, car il y a des âmes dont on détourne ses regards, comme on les détourne d'un cloaqne.
Je prie Dieu de vous soutenir, de vous consoler, et de répandre sur vous et sur M. de Senfft ses bénédictions les plus abondantes.