‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 140 sur 238 · AU MI^ME · texte numérisé non relu

AU MI^ME

A la Chênaie, le 9 octobre 1832

Bien que voire dernière lettre, mon cher ami, soit encore datée de Bagnères, comme vous n'avez pas, je pense, l'intention d'y passer ni le mois de novembre, ni même la fin d'octobre, je vous adresse cette mienne réponse à Toulouse, où j'espère qu'elle vous trouvera bien rétabli et bien disposé à vous réjouir, l'hiver prochain, des nouvelles bouffonneries qu'on nous prépare sans aucun doute. Il y aurait trop à gémir, si on ne riait pas : rions donc! Pourtant j'ai quelque peine à croire que nous assistions à une comédie; car, dans toute comédie, on finit, tant bien que mal, par s'entendre, et ce n'est pas là notre cas, m'est avis. On me citera, pour preuve du contraire, Grégoire XVI et Nicolas. C'est vrai, je le reconnais, ceux-là s'entendent; les ukases sont d'accord avec les brefs, et les brefs avec les ukases : il faut le confesser, c'est là de la bonne et légitime comédie, selon toutes les régies d'Aristote et de M. de la Harpe. Seulement les Polonais pourraient demander qu'on l'appelât plutôt tragédie; mais, comme ils ne demandent

uns répétant avec impudence qu'il en résulte quelque avantage pour la Religion. »

Ces impudents, notons-le bien, sont les rédacteurs de l'Avenir, non nommés, mais clairement désignés.

« Que tous, poursuit l'Encyclique, considèrent que, suivant l'avis de l'Apôtre, il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu. Ainsi celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordre de Dieu. Les lois divines et humaines s'élèvent contre ceux qui s'efforcent d'ébranler, par des trames honteuses de révolte et de sédition, la fidélité aux Princes, et de les précipiter du irône... Les premiers chrétiens, au milieu de la fureur des persécutions, surent cependant bien servir les empereurs... Ces beaux exemples de soumission inviolable aux primes, suite nécessaire des préceptes de la Iicligion chrélierine, condamnent la détestable insolence et la méchanceté de ceux qui, tout enflammés de l'ardeur immodérée d'une liberté audacieuse, s'appliquent à ébranler et à renverserions les droits des puissances, tandis qu'au fond ils n'apportent aux peuples que l'incerlitude sous le masque delà Liberté. »

Il faudrait citer d'un bout à l'autre ce document inouï, si l'on voulait montrer tout ce qu'il a de révoltant pour la conscience humaine, et d'antipa- Unque aux notions modernes de droit et de liberté.

rien, attendu qu'on les a gracieusement délivrés delà nunquam satis execranda ^ liberté de parler et d'écrire, nous n'aurons point à discuter cette question délicate; j'en suis aise, car je craindrais qu'elle ne me brouillât encore plus avec les RR. PP. Jésuites et M. de Toulouse. J'ai déjà sur le corps cinquantesix de ses censures : — c'est bien assez.

Quosvultperderej Jupiter dementat. Paroles effrayantes de vérité, et qu'à chaque instant tout rappelle, à l'époque où nous vivons. Empereurs, czars, rois absolus, rois constitutionnels, et les autres que je ne nomme pas, voyez comme ils s'en vont tous, et comme ils ont l'air d'être pressés de s'en aller, tant ils sont attentifs à ne pas manquer une seule des sottises qui peuvent assurer et hâter leur départ. Oh! la belle procession ! Rangez-vous un peu, que je la voie passer. Adieu, bonnes gens! partez ! — puisque cela vous plaît, cela me plaît aussi. Après tout, je crois que vous avez raison : que feriez-vous des peuples, désormais, et qu'est-ce que les peuples feraient de vous? vos mutuels rapports tournent à l'aigre; vous les massacrez, ils vous coupent la tête; cela finit par ennuyer; gardez votre tête, et allez-vous-en! c'est le plus sage, de beaucoup. N'écoutez point les méchants esprits qui vous disent qu'une tête impériale, royale, princière, ducale, etc., n'a de prix que parce qui est dessus, et non par ce qui est dedans. Le dedans n'est pas grand'chose, je le veux; mais le dessus est encore moins, par le temps qui court. Andate diinque, andate, ehuon viaggio!

J'aurais voulu vous parler un peu du nouveau ministère; mais le sujet est grave ^, et l'espace me manque. Il faut d'ailleurs que je réfléchisse à la session qui va s'ouvrir, et qui sera

* Epitliète latine donnée à la liberté de la presse par la fameuse Encyclique de Grégoire XVI.

'^ Le ministère dit du 11 octobre, formé sous l'influence de M. de Tallfvrand, pour continuer la politique qu'on pouvait croire descendue au tombeau avec Casimir Périer, — « sauf ce point capital, dit un écrivain politique, c'est que le nouveau cabinet ne dédaignait pas la liante expérience du roi Louis- IMiilippe. » — Il paraîtrait, de là, que M. Casimir Périer n'en avait pas fait tout le cas imaginable. Les minislres étaient : le maréchal Soult à la Cuerre, président du conseil, le duc de Broglie aux Affaires étrangères, M. Humann aux. Finances, M. Thiers à l'Intérieur, M. Guizot à l'Instruction publique, M. Barlhe à la Justice et aux Cultes.

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si bollo, si iriiporfaiite pour h; rnonchs loqnol s'afformira sur sonjustemiliru, conitne Louis-lMiilippu quand il s'asseoit; car on sait maintenant qipil n'y a d'autre manière solide de s'asseoir, pour les rois comme pour les sujets, que de s'asseoir sur son juste-milieu : — c'est la découverte du siècle.

Veuillez faire agréer mes respectueux honnriages à madame de Coriolis, et mes compliments à M. votre fils. Adressez-moi toujours vos lettres rue Saint-Germain des Prés, n** 10 bis, et croyez, mon ami, que personne ne vous est plus tendrement dévoué que

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