‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 141 sur 238 · A M. DE C0UX · texte numérisé non relu

A M. DE C0UX

A la Chênaie, le 20 octobre 1832.

Dans la sincérité d'un zèle tout catholique (qui le sait mieux que vous, mon cher ami?) nous avions essayé de défendre l'Église en un des plus grands périls où, de l'aveu de tous, elle se soit trouvée depuis son origine peut-être. Le Souve-

* Lettre supprimée : — A ili"»*' la baronne Champy. La Chênaie, 14 octobre 1852. — Quoique condamné pour quelque temps à une inaction nécessaire à quelques égards, Lamennais se représente comme « croyant plus que jamais aux idées que ses amis et lui ont répandues pendant plus de dix-huit mois. »

^ La lettre suivante fut écrite pour répondre à une communication de M. de Coux, un des rédacteurs de l'Avenir. Cette communication était ainsi conçue :

M. DE coux \ LAMENNAIS.

« Paris, le 15 octobre 1833.

« Je sors à l'instant de chez M. l'abbé Garribaldi, amlileur du Nonce et le remplaçant ici; M. l'ahhé Dauhrée m'accompagnait, et c'est à la prière de M. l'abbé Mathieu que notre visite s'est faite.

« M. Garribaldi m'a dit « qu'il était chargé par le Souverain Pontife de vous « exprimer toute la satisfaction que lui avaient causée votre déclaration et celle « de vos collaborateurs; qu'il était pleinement satisfait de votre soumission, et « que si vous jugiez à propos soit de lui écrire (au Pape), soit d'écrire au cardinal « Pacca, vous rcccvrie/. une réponse qui vous ferait à la foi» honneur et plaisir. »

« La mémoire de M. Daubrée, comme la mienne, a retenu ces mots. Je dois ajouter que M. Garribaldi >embl il e\prin»er surtout le désir (|Ui' votre lettre (si vous juui'z à propos d'en écrire uni ), fût adressée au Souverain Ponliff.

« Ceci aiuaii-il quelqu(! rapp>M'l avec le prétendu niécontoatement du .souverain Pontife ù l'égard de l'Empereur de Ru>&ie? »

rain Pontife a désapprouvé notre action; nous nous sommes arrêtés : c'était notre devoir ; et autant je me réjouis de la satisfaction que le Saint-Pére a éprouvée de cet acte d'obéissance, autant je suis loin de m'en faire un mérite : nous avons agi en catholiques, voilà tout ^ . Or, à présent que le danger paraît devenir plus alarmant de jour en jour, et d'heure en heure ; à présent que la haine du catholicisme et la haine de Rome s'accroît incessamment, avec une rapidité sans exemple ; à présent que les âmes sont partout pénétrées des prévisions les plus désolantes, des plus sinistres pressentiments, que dirais-je au Saint-Père, et quelles paroles lui adresserais-je du fond de mon inexprimable douleur? La sienne, je n'en doute pas, est encore plus vive, et mon silence doit la respecter. Aux approches des maux qui se préparent, de la tempête qui ébranlera la chrétienté jusqu'en ses fondements, je ne désire qu'une chose, être oublié dans mon obscure retraite ; je ne goûte qu'une consolation, celle de prier aux pieds de la Croix. Tels sont mes sentiments, mon cher ami, et je me trompe fort si ce ne sont pas aussi les vôtres. Je vous réitère l'assurance de mon inviolable et tendre attachement.

* ... Le P. Touche vous croyait alors à Venise. Bientôt votre adhésion, datée de Paris ne nous laissa plus de doutes sur le lieu où vous vous trouviez. Elle a retenti partout avec un concert d'éloges, mais peut-être encore plus fort dans ce diocèse. Tous les curés étaient en retraite à Gap, et ils demandèrent à l'évêque de chanter un Te Dewn, ad hoc. Vos amis et vos ennemis triomphaient également; rien de mieux, et de plus rare. Je n'ai lu ni aux uns ni aux autres les lettres de Coriolis où il me disait que, « comme Galilée, « en vous relevant, vous aviez dit : Perd, si muove! — Et dans une autre : « — Il est soumis, mais à mille lieues d'être convaincu. » Mon bon ami, il est temps, pour vous comme pour la Religion, que cette controverse cesse absolument. Pauvres gens ! je vous le répète, vous vous battez dans une maison qui brûle. Personne ne cherche la vérité, mais les ennemis de tout établissement religieux en aiment le scandale. Vous avez beau caresser les opinions libérales : pas un de ceux qui les professent ne veulent de vos doctrines. Voyez où en sont les catholiques en Belgique. Rentrez, cher ami, dans votre carrière littéraire et religieuse, mais rentrez-y sans y mêler la politique qui vous a fait tant de mal. En vérité, sans être accusé de rancune, vous pourriez la bouder.» — M. de Vitrolles à Lamennais. Vitrolles, le 28 octobre 1832.

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