‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 148 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

A la Chcnaie, le 27 lévricf 1855.

Je commence, mon cher ami, à m'inquiéter de votre silence; j'ai peur que ces tempêtes et ces pluies qui ne finissent point n'aient eu sur votre santé quelque influence fâche us(î ; car tout le monde s'en est ressenti plus ou moins. Nous faisons, depuis un mois, l'apprentissage de la vie de poisson ; jamais je n'ai rien vu de semblable; les journaux parlent d'inondations de vos côtés, à Toulouse, à Agen, et dans presque tout le Midi : beaucoup de personnes ont péri, dit-on ; pour

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nous, ce n'osl pas notre manière de nous noyer. Le naufrage, oui bien; le naufrage est notre lot; chacun a le sien dans ce monde. Celui des Chambres est de dire des bêtises et d'en faire, mais des bêtises telles qu'il y aura de quoi émerveiller nos neveux, de génération en génération, tant que durera le souvenir de la bienheureuse époque où nous vivons. Je conçois à présent la difficuhé d'une loi d'élection ; on ne trouve pas tout d'un coup un choix d'hommes de cette espèce. Enfin, en(in, on les a trouvés ; et béni soit le jiiste-milieu qui a enrichi la philosophie de l'humanité de celte vérité consolante, qu'il y a du comique partout, même dans le ruisseau, mênje dans l'égout !

Vous avez vu les soins touchants de lord Grey pour faire goûter aux Irlandais la vie paisible et sédentaire K On dirait un de ces anciens sages qui, ayant pénétré profondément dans les mystères de la nature, et connaissant les secrets rapports des astres avec ce qui pense et sent en nous, aurait voulu garantir son peuple des influences sinistres de la nuit. Voilà, je crois, l'objet du bill, qui permet le soleil aux Irlandais, mais leur défend la lune. La lune est suspecte à lord Grey; il ne peut pas gouverner avec la lune; avec la lune, il ne répond pas de la sûreté du pays. Lord Wellington est de même avis, et le seul reproche qu'en cette occasion il croie de son devoir dadresser au ministère, c'est que celui-ci n'ait pas songé plus tôt à prendre des précautions contre la lune; de sorte que la lune court de grands risques, en ce moment, dans la Chambre haute; mais on espère qu'elle sera un peu protégée par l'autre Chambre, ce que Dieu veuille; car, pour moi, je l'avoue à mes risques et périls, j'aime la lune, je m'intéresse à la lune, et je regretterais beaucoup que le parlement supprimât la lune.

Mon cher ami, les vieux pouvoirs jouent de leur reste; ils ont poussé la tyrannie à un te point, que désormais les peuples ne la supporteront pas longtemps; et puissé-je voir apparaître à

' Allusion aux mesures de police prises par le ministère whigj en Anglfelcrre, contre l'agitalion irlandaise toujours croissante, et les désordres nocturnes qu'elle entraînait Le bill de lord Grey porta le nom de bill dt coeHition.

l'horizon, lïiaiiitoiiaiil si soinbro, In prtMiiier rnyon de libcrlù qui aniioiictTa au gonro humain son jour do fAlo! Vous savez par les journaux ce (jue h' Salan du Nord continue de faire contre les malheureux Polonais; et les journaux ne rapportent qu'une faible partie des crimes, jusqu'à présent inouïs sur la terre, de ce monstre couronné. Exmr(j(U Deus!

Adieu, mon cher ami; adressez-moi désormais vos lettres à Dinan, Côtcs-duNord, et aimez-moi toujours connne je vous aime.

ôm. - A El. DOr.TOli DON J L A .N IJ.'.TOUR N A l lli: ',

EN l..\ COI.I.F,r.UT,V DK ^OSTRA SF.NOnA DK Cl'ADXl.LPE PE MECICO.

Eslados-Unitos Aniegicanos.

Dinan, Côles-du-Nord, le 12 mars 1835.

Les indications que vous me demandez, monsieur, vous seront données au bas de cette lettre par mon intime ami M. Gh. de Montalembert, ancien rédacteur de l'Avenir, qui habite Paris, tandis que je vis retiré à la campagne, à cent lieues de la capitale. Je me réjouis extrêmement du projet dont vous me faites part, espérant qu'il résultera beaucoup de bien de son exécution. Le monde est dans une grande crise; partout il l'ait

* Nous donnons ici la leUre à laquelle répond Lamennais.

\ M. LAlîBl'; DK I, AMENXVIS.

«États-Unis mexicains i833i

rt Illuslre monsieur,

rt L.» révolution mexicaine, illustre sous divers titres, a introtluit dans noire pjys atec divers Kuropcens certains principes de la vieille Europe, sans nous donner ni son instruction plébéienne ni l'exemple do ^es grandes vertus. Une société d'ecclésiastiques, au nom desquels je vous écris, voulant former un journal ecclésiastique, désirent se valoir (sic) de l'Avenir ci du Journal des sciinces ecclifsiiisliquesi etc., pour en suivre les principes, qtii sont les lcur>.

« A cet effet, je vous prie de nous indiquer : 1° la voie la plus sûre poui établir une corre^pondance avec la Trance par Vera-li'U:.; 2° un lionune de piobilé pour être, à l'aris, notre chargé d'affaires.

« Depuis di'ux ans, nous avons échoué dans notre entreprise; ce>t p ur cela que nous nous dirigeons \sic) à vous dircctomenl.

« Je suis avec autant d'estime 'lue d'affection, votre dévoué,

J. B. Tdun.^AinK.

effort pour se détaclier d'un passé sans vie, et commencer une ère nouvelle. Rien n'arrêtera ce magnifique mouvement du genre humain dirigé d'en haut par la Providence; mais plusieurs causes le retardent. Le salut de la Société repose sur deux principes qui, hien entendus, en renferment toutes les lois : (( Point de liberté sans religion, » et « point de religion (( sans liberté. » Or, notre vieille Europe est divisée en deux partis, dont l'un veut la liberté sans la religion, et l'autre la rehgion sans la hberté, c'est-à-dire que l'un et l'autre travaillent à réahser l'impossible. Le seul remède était donc de rattacher les catholiques à la cause de la liberté, pour ramener les amis de la liberté au catholicisme. C'est ce que nous avons tenté de faire dans V Avenir, et, je puis le dire, avec un succès qui nous a surpris par son étendue et sa rapidité. Mais, alarmés de nos progrès, les souverains absolus ont cherché à les arrêter; pour cela ils se sont alliés avec l»ome et l'èpiscopat malheureusement imbus de cette pensée que la Religion périrait sans l'appui matériel des puissances de la terre, et en théorie, d'ailleurs, ennemis de la liberté. Pour ne pas nous mettre dans une position catholiquement fausse, il nous a donc fallu suspendre nos travaux, ou du moins en modifier la forme; car ce serait un malheur de plus, et un malheur immense, que de jeter dans l'Église le trouble et la division. Les obstacles que les préjugés, les passions, les intérêts apportent au bien, disparaîtront avec le temps : Dieu interviendra par des moyens qui nous sont inconnus. Jusque-là nous devons, sans abandonner son œuvre, éviter tout ce qui tendrait à relâcher, même momentanément, les sacrés liens de l'unité. Sans aucun doute, il se passe sous nos yeux des choses étranges qui doivent faire gémir profondément, et qui ébranleraient les élus mêmes, si Dieu ne les soutenait. Mais Icb grands scandales annoncent toujours une grande manifestation de la Providence : attendonsla donc avec foi, et hâtons-la par nos prières. J'ai pensé, monsieur, que ce peu de mots, qui peignent fidèlement l'état des choses en Europe, pourrait ne vous être pas tout à fait sans ulihté. Du reste, je ne puis que vous assurer du vif intérêt que je prends à vos travaux, qui seront, je l'tspère, moins contra-

ries que les noires; je serais lieureux de r.ipprcndre de vous, et de eulliver les relations dont je dois les commencements à voire bienveilliuice.

ÔGl. - A MADAME LA C03ITESSE DE SEiNFKT.

La Chênaie, le 15 mars 1853.

Je suis depuis longtemps privé de vos nouvelles, ce ([ui me fait (Plaindre que votre santé n'ait souffert de ce triste hiver si maussade, si pluvieux et si orageux; d'autant plus que j'ai appris qu'il avait régné à Florence une espèce d'épidémie, qui y x exercé d'assez grands ravages. On pai'le aussi de tremblements de terre dans l'Ombrie et la Basse- Ligurie; ceux de l'an dernier ont été terribles. En allant à Home, nous nous arrêtâmes, par un temps de gelée trés-forte, pour voir la belle ou au moins la grande église degli Angeli, à une petite distance d'Assise; quinze jours après, il n'en restait que des ruines, ainsi que du couvent contigu. Forli fut renversé en partie, et à notre retour, plusieurs mois après, les secousses n'avaient |)as encore cessé. Je ne sais ce qui se passe sous ce malheureux jujys, qui fut autrefois si bouleversé par des fléaux semblables : est-ce que les souffrances de ses habitants, passant jusqu'à la terre, y détermineraient des convulsions? Toutes les lettres que je reçois de cette pauvre contrée sont empreintes d'une profonde tristesse, et pleines de sinistres pressentiments. Que chacun l'explique connue il voudra, il y a un fait incontesté : c'est que l'humanité est partout dans un étal extraordinaire d'angoisse. Pour moi, je regarde le temps où nous sonunes, connue les heures de sa Passion : entrez dans les détails, et vous verrez si quelque chose y manque. Le genre humain est sur la croix, et j'en conclus que le salut approche. Uemaniuez, d une autre pari, les rapides changements qui s'opèrent dans les idées : vous ne retrouveriez pas en France une seule de celles que vous y avez laissées, bien que personne presque ne s'aperçoive des profondes modifications que ses opinions ont subies, II. lu

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et snilout sans qu'il on convienne. Mais, lisez les journaux, la Gazette, le Rénovateur, la Quotidienne même, et dites-moi ce qu'on aurait dit, il y a seulement quatre ans, de tout ce qu'ils répètent chaque jour avec une gravité si plaisante; le mouvement de la Société les entraîne malgré eux: ils marchent derrière, mais ils marchent, chargés, ce semble, de constater, à chacune de leurs étapes, que le corps d'armée a passé par là : d'une voix- sourde et pleureuse, et d'une bouche qui grimace, ils répètent les chants de la foule qui les précède, et les laissent au passé comme un adieu, écho larmoyanf d'une voix d'espérance. Considérez ensuite ces péripéties imprévues, qui viennent soudain déconcerter, d'une manière si bizarre, et les partis et leurs mesures si laborieusement préparées. La pétulance courageuse d'une jeune femme, trompée d'ailleurs ou qui se trompait, répand une sorte d'éclat sur une expédition aventureuse, et sa prison même pouvait servir sa cause, plus peut-être que tous ses efforts et que tous les efforts des siens. Qu'arrive-t-il? Elle était venue dire à son infâme oncle : « Rer.dez-moi ma couronne î » et elle finit par lui écrire : « Envoyezmoi une nourrice M » N'est-ce pas là une belle prosopopée? Après cela, pour que rien n'y manque, arrive, les besicles sur le nez, M. le comte de Marcellus, qui déclare que, par respect pour le sacerdoce royal, quand il verrait, il ne verrait pas, quand il entendrait, il n'entendrait pas, et quand il croirait, il ne croirait pas : ce qui touchera profondément la France! Et vous croiriez que tous ces braves gens là sont destinés à gouverner le monde? Us en meurent d'envie, je le crois bien: mais, depuis que l'Hippogriffe s'en est allé, je ne sais pas bien où, et que les voyages dans la lune sont en conséquence devenus difficiles, ils ont peu de chance de réussite. Quant à ce que nous avons, avec un peu d'adresse, cola pourra descendre assez tranquillement le ruisseau; mais au bout du ruisseau est l'ègout, et si cette circonstance n'est pas des plus agréables, ce n'est pas de ma faute, en vérité.

' La grossepse de M"'* la dnclicssc de Berry venait d'être déclarée, au lirand scandale de certains royalistes dont les plus désespérés disaient, avec M. de Marcellus, que, « l'eussent-ils vu, jamais ils n'y croiraient. » Il fallut pourtant et croire et se résigner.

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Mon frère, qui a passé ici en inuliri, vous offre ses afîeclui'U\ hoiimiM^a's. Où sont ces si l)Oiiii(\s soirées passées enst'iiibk' duiis un iiiiln; temps? Dic^u vous a bien éprouvés depuis lors, et moi aussi. Qu'il soil béni de toul î

:,(>). A M. i.i; co.Mii: UK imal fout.

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